gruyeresuisse

09/08/2014

John Armleder au cœur du monde

 

 

 

Armleder.jpgJohn Armleder, Musée National Fernand Léger, Biot,  28 juin – 6 octobre 2014.

 

 

 

John Armleder rameute les formes géométriques les plus simples et leurs assemblages et couleurs pour dialoguer avec les forces du monde.  Contre l’imprévisibilité d’un chaos surgissent des éléments ronds qui paradoxalement n’existent pas isolément. Tout communique et se répond dans des similarités dont les couleurs se transforment et reviennent là où le passage est la seule règle. Apogée et déclin, plein et vide, ombre et lumière, blanc et couleurs permettent la présentation d’un seul cosmos où l’ensemble se concerte et s’harmonise. Tout élément appelle autre chose que lui-même en une tension et un minimalisme d’énergie. De telles œuvres deviennent le raffinement de l’univers qui s’organise au sein de matrices dont le formalisme abstrait n’est pas métaphysique mais donne au monde des situations d’équilibres. La dynamique circulaire crée une polyphonie colorée. Elle met en mouvement l’énergie selon un fonctionnement particulier où raison et sensation ont partie liée pour créer une poésie optique. Elle rejoint autant le champ expérimental que la célébration dégagée des magmas telluriques et du tohu-bohu. Une genèse empreinte de circularité d’appuis créent les signes fluides capables de condenser le vivant dans un univers aussi stable que vibrant. L’oeuvre offre ordre et sens dans une esthétique simple mais insondable et dont la rigueur est synonyme d’ivresse paradoxale.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

29/07/2014

Selon Emile Barret un lent pion n’est pas une lumière

 

 

 

Barret.jpgAncien élève de l’ECAL Emile Barret flirte avec les formes mais ne les épouse jamais. Il propose une œuvre protéiforme aussi macabre que drôle. Le kitsch y fait prospère en yop la ! et en boum ! Parfois il est poétique et enfantin. Parfois radicalement gore. C’est un ravissement pour l’esprit et pour l’œil pour peu que le premier ne soit pas bégueule et  le second coincé. Barret nous amuse mais il va bien au-delà. Il laisse derrière lui la trop simple et franche rigolade. Certes difficile de ne pas voir en ces repas de famille (sous couvert de Sagrada Familia) des territoires de bandes dessinées plus ou moins apocalyptiques où il n’est pas question d’effeuiller la Marguerite (Duras ou Yourcenar). Chez lui l’épique nique la mère veilleuse et fait d’un assassin en herbe un chat  foin.

 

Barret 2.jpgCe Tintin devient donc tonton flingueur. Il se plait à tisser du mauvais coton de toutes les couleurs. Pour river le clou au bon goût, il propose un érotisme partouzard mais seulement avec des mannequins de cire. Néanmoins nulle mousson ne peut l’arrêter. Entre flaque et ciel de lit de vin, armé d’un sexe temps pour marin d’eau douce il peaufine la saucée de klaxons optiques et de canards laquées toxiques sous d’étranges factures. Chez lui mains et jambes ne sont jamais cadenassées. Pire même : elles tombent d’elles-mêmes et ressemblent à des nouilles géantes. Mas contre vans et marais l’œuvre avance entre les bras du Rhône et ceux de Morphée. Elles fomentent rêves et cauchemars dans des mises en scènes minimalistes ou rococos. Des pétroleuses y fonctionnent à l’huile de ricains. Pour les rejoindre chacun joue des coudes avec calme dans la cohue de divers codes mixées de bric et de broc au milieu de paons d’or et de pères oxydés. Mais on en a cure : grâce à l’artiste le juste ment et le roman tique.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

19/06/2014

D’à côté : S.S.(NCF) et vilain dégob

 

 

 

Morel.jpgLes Français ont facilement la dent dure pour leurs voisins. La presse hexagonale traita la votation suisse sur l’immigration avec un dilettantisme narquois. Le pays voit facilement la paille dans l’œil de son voisin mais jamais la poutre dans le sien (cf. victoire de Marine Le Pen aux Européennes). La France se plait à renier son slogan « liberté, égalité, fraternité ». S’il y a belle lurettes que les deux premiers concepts sont une vue de l’esprit : le troisième laissait encore espérer quelques considérations. C’est trop demander aux grenouilles qui n’admirent que les bœufs. Il suffit d’une poignée de conducteurs de trains néo maoïstes (travaillant 24 h effectives par semaine et partant à la retraite à 52 ans) pour bloquer le pays avec l’assentiment de l’extrême droite et de l’extrême gauche... Chacun y va de ses prérogatives quitte à entraîner le pays à sa perte au non d’un fascisme rampant sous oripeaux libertaires.

 

Ce n’est guère mieux de côté de l’art. Vouloir faire passer pour censure le refus d’exposition d’une „œuvre” de Marie Morel est une farce. Ceux qui ont refusé cette „croûte” ne se sont pas posés de question éthique. Ils ont simplement „osé” se limiter à un critère esthétique  et effectuer ce qui ne se fait plus en art : retirer d’un accrochage une pièce parce qu’il s’agit non d’une œuvre pornographique mais d’une immonde  bouse. Saluons-les. Ils osent affirmer un certain goût esthétique dans une période où le nivellement par le bas fait prendre des vessies pour des lanternes et une approximation (qui fait dans le sous conceptuel, le sous art pauvre comme elle fait sous elle) pour le parangon de l’art. Avec une telle litière ce dernier déraille. Quant aux trains ils restent à quais. Preuve que la bêtise comme l’arrogance aiment à se faire savoir. Dans de telles situations de domination ceux qui en jouissent ne comptent que sur la lâcheté des autres. Jusqu’à quand ?  Chacun étant doté d’une cervelle et d’une émotion certains risquent d’en retrouver le mode d’emploi.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

13:04 Publié dans France, Images | Lien permanent | Commentaires (0)