gruyeresuisse

14/07/2017

Le tact et le tactile : Elise Bergamini

Bergamini.jpgLes œuvres d’Elise Bergamini sont des propositions minimales qui tirent des plans sur la comète. Dans le peu se fomente des extensions. Tout est en place pour qu’elles deviennent possibles. L’artiste bâtit des nids suspendus à trois fois rien. Ce qui fait que quelque chose se fomente dans le presque vide. Existe l’organisation de cachettes que rien ne dissimule. Un sein est voilé par l’air libre.

 

 

 

 

Bergamini 2.jpgDe l’air il en existe toujours en de telles œuvres. Il est non marqué mais inclus. Il oriente le dessin. Il est sur quoi celui-ci s’appuie et avec quoi il joue au sein d’une sorte d’apesanteur. Chaque proposition semble une réponse pertinente à une somme d’essais. Tout est dans le tact, en un toucher effusif presque sentimental. Ce dernier convoite les yeux. L’inverse est vrai aussi. Tout semble flotter, tendu, porté. L’image ne décore pas : elle suggère l’intimité.

Jean-Paul Gavard-Perret
Coffret Elise Bergamini Littérature Mineure, Rouen, 2017, 25 E.

11/07/2017

Cathy Bion : entrée dans le lieu par la couleur

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Avec la force de la couleur et ce que Cathy Bion nomme son « instinct » l’aventure du paysage recommence. L’œil s’y étonne de ne pas y retrouver forcément ses marques. L’étendue que l’image déploie est soumise au risque de la force chromatique pour un surcroît de regard par abstraction réelle de la ressemblance. Il s’agit d’entrer dans le lieu par les couleurs. L’opératrice travaille sur l’apparence, touche des mises au point pour que les chromatismes deviennent une zone qui redonne une force au monde.

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Les horizons les épousent. Elles sont déposées selon une vision souvent panoramique. Le traitement de la sensation est ainsi renouvelé. La narration devient la complicité native avec les données primaires. La ressemblance devient étrange et belle en de telles osmoses. Cathy Bion possède ainsi une façon particulière de cueillir l’apparence, d’aimer l’espace et d’en embrayer les instants de suspens, d’errance. Chaque fois une couleur y braque sa lampe en ce que la photographie « fait » au paysage.

Jean-Paul Gavard-Perret

Cathy Bion, "L'instinct de la couleur" à la galerie French Arts Factory, Paris du 11 juillet au 23 septembre 2017.

Méridienne rouge de Fabrice Dang : la diablesse est dans les détails

Dang 3.jpgUne veilleuse rouge est là dans chaque photographie afin de prouver que le diable – ou plutôt la diablesse - est dans les détails. La série « Veilleuse des songes » est donc une recherche photographique pour célébrer la sensualité et la beauté des femmes entre ombre et lumière d'où elles émergent en des intérieurs intimistes et féeriques inspirés par diverses traditions picturales dont l’orientaliste.

Chaque mise en scène devient une « invitation au voyage » baudelairienne. Le photographe crée des pièges moins pour égarer les modèles que le voyeur. Comme l’écrit Suaëna Airault la « femme est un diamant serti dans un écrin de paysages ou dans un décor sophistiqué, autel érigé par l’artiste afin de célébrer sa beauté ». L’harmonie érotisante est incluse dans le faisceau des forces. Elles fusent au même titre qu’une acuité sensorielle accrue, une montée de température, l’assouplissement des articulations et l’apparition d’une femme qui s’abandonne, conquise et délivrée par son rôle.

Dang.jpgFabrice Dang accorde attention à une série d’indices, d’allusions et même de postulats dans ses mises en scènes. Son modèle et lui, en un faisceau énergétique quasi magique, les reçoivent. Le photographe a pris sur lui de reconsidérer tous principes, repères, acquis, habitudes. Leur valeur est remise en cause pour trouver de nouvelles logiques. Il s'agit de mobiliser des connexions intempestives instinctivement, mais enrichie du background de la culture et de la technique acquises au fil du temps. Le photographe veille à conserver cette capacité, il la considère comme une garantie d'une forme d’évanescence propre à sa création.

Dang 2.jpgLes plus sophistiqués des préparatifs « téléportent » en des existences oniriques pour « reprendre » des histoires et souvenirs sur lesquels le silence s’est imposé aux femmes et à leurs désirs. L’émotion est moins tournée vers le passé que le futur. De l’anonymat du passé se crée une énergie par des remises en scènes où tout est réinterprétés en vue d’illustrer et de défendre les obsessions du créateur, son amour des femmes et des images.
Jean-Paul Gavard-Perret

Fabrice Dang, livre « veilleuses des songes » et exposition « Miroir aux Alouettes », du 3 au 22 juillet 2017, Arles.