gruyeresuisse

11/07/2017

Méridienne rouge de Fabrice Dang : la diablesse est dans les détails

Dang 3.jpgUne veilleuse rouge est là dans chaque photographie afin de prouver que le diable – ou plutôt la diablesse - est dans les détails. La série « Veilleuse des songes » est donc une recherche photographique pour célébrer la sensualité et la beauté des femmes entre ombre et lumière d'où elles émergent en des intérieurs intimistes et féeriques inspirés par diverses traditions picturales dont l’orientaliste.

Chaque mise en scène devient une « invitation au voyage » baudelairienne. Le photographe crée des pièges moins pour égarer les modèles que le voyeur. Comme l’écrit Suaëna Airault la « femme est un diamant serti dans un écrin de paysages ou dans un décor sophistiqué, autel érigé par l’artiste afin de célébrer sa beauté ». L’harmonie érotisante est incluse dans le faisceau des forces. Elles fusent au même titre qu’une acuité sensorielle accrue, une montée de température, l’assouplissement des articulations et l’apparition d’une femme qui s’abandonne, conquise et délivrée par son rôle.

Dang.jpgFabrice Dang accorde attention à une série d’indices, d’allusions et même de postulats dans ses mises en scènes. Son modèle et lui, en un faisceau énergétique quasi magique, les reçoivent. Le photographe a pris sur lui de reconsidérer tous principes, repères, acquis, habitudes. Leur valeur est remise en cause pour trouver de nouvelles logiques. Il s'agit de mobiliser des connexions intempestives instinctivement, mais enrichie du background de la culture et de la technique acquises au fil du temps. Le photographe veille à conserver cette capacité, il la considère comme une garantie d'une forme d’évanescence propre à sa création.

Dang 2.jpgLes plus sophistiqués des préparatifs « téléportent » en des existences oniriques pour « reprendre » des histoires et souvenirs sur lesquels le silence s’est imposé aux femmes et à leurs désirs. L’émotion est moins tournée vers le passé que le futur. De l’anonymat du passé se crée une énergie par des remises en scènes où tout est réinterprétés en vue d’illustrer et de défendre les obsessions du créateur, son amour des femmes et des images.
Jean-Paul Gavard-Perret

Fabrice Dang, livre « veilleuses des songes » et exposition « Miroir aux Alouettes », du 3 au 22 juillet 2017, Arles.

23/06/2017

Marie Mons : Île d’Elle

Marie Mons.jpgDécidée ou subie, la solitude des photographies de Marie Mons est pleine. Elle débride le vide par un nœud de contraintes trouvée dans les lieux nocturnes que la créatrice affectionne. Désormais c’est Islande en sa nuit polaire. La présence des portraits la réanime à travers un double littéraire et existentielle : manière de rappeler la violence dans la dé/repossession. A savoir ce qui touche à l’essentiel de l’être dans sa chair.

Ce double rappelle que la condition d’être n’a pas disparu : il suffit de la qualité d’un lieu, la lumière d’une mise en scène et un sens du rite. Dans la « nuit enfante » comparable aux journées dont parla Rimbaud, là où l’ombre fait barrage l’artiste ouvre à la vision par une révulsion particulière.

Marie Mons 2.jpgManière de faire le vide en quelque sorte mais aussi de faire le pas, renverser les rôles, accepter la perte, permettre s’accéder à la douleur de l’amour. Se mettre ainsi au coeur de la glace parce qu’il y aura toujours le trop brûlant du corps. Et celui de l’île. Il faut y suivre la créatrice en ses métamorphoses et césures, ses jeux d’abstraction et de figuration pour voir un visage qui n’ajoute rien, mais ne retranche rien de l’affolement dont il sort.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie Mons, « I am Aurore Colbert said Marie Mons », ARP2 Publishing. Exposition aux Nuits photographiques de Pierrevert, 27 – 30 Juillet 2017.

 

08/06/2017

Les communautés inavouables de Sonia Sieff


Sieff.jpgChaque épreuve de Sonia Sieff crée une radiance. Par un pur jeu théâtral d'ombre et de lumière surgissent l’incandescence et la solidification d'une "communauté inavouable". Les femmes errent ou s’abandonnent et la photographe propose le travail du songe au sein de la « matière » lumière.

La photographie ne se veut pas un témoignage mais la mise en scène d’une énigme au sein d’oasis de sérénité en bordure du monde. Sonia Sieff en retire les éléments parasites et cherche à rejoindre ses Eve en des éthers vaporeux. Certes - la Genèse l’a appris très tôt - aucun paradis terrestre ne dure.

Sieff 4.pngL’artiste métamorphose le leurre de luxe comme les décors sordides en une simplicité « picturale ». La convention est au service du merveilleux. Le regardeur éprouve le sentiment d’atteindre le plus secret de moments d’intimité Ils deviennent ce « temps à l’état pur » dont parlait Proust. Le monde est suspendu. Les frontières du réel sont disloquées pour permettre une traversée incertaine.

Sieff 2.pngLa photo n’a rien d’innocente. D’ailleurs elle ne l’a jamais été. Sonia Sieff joue avec ce que le regardeur y met. Il peut même croire qu’elle lui offre un troisième œil à la manière de ce que proposent certaines cosmogonies asiatiques. En tout état de cause les photos de l’artiste transforment la femme en un labyrinthe oculaire enlacé. Il permet de croire percevoir des profondeurs cachées.

Jean-Paul Gavard-Perret