gruyeresuisse

24/11/2019

Arabesques et cambrures : Juliette Pailler

Cailler 2.pngBretonne d'origine,  Juliette Pailler vit dans les Alpes depuis longtemps et vient d'ouvrir une galerie à Chambéry. Elle y propose ses bijoux : pièces multiples ou pièces uniques. Ces dernières sont des broches formées au marteau avec la technique de la dinanderie et illuminées par l’application de feuille d’or, d’argent ou de laque.

Pailler.pngTous ses bijoux, de forme organique ou architecturale, accordent à l’éros un destin particulier et subtil. L'artiste orfèvre en pertube l'économie par le minimalisme de son travail des surfaces et des tiges. Chaque pièce sort de l’instrumentalisation décorative. L'artiste la modifie en simplifiant les «informations » visuelles.

Pailler 3.pngL’apparence, ses feintes et vraisemblances sont remplacées par ce qui tient du spectral ou du symbolique. L'artiste revient aux formes primales. Portées, ces oeuvres s'animent tout en atténuant ce qui inutile. Le bijou n'est plus seulement une arme de séduction ou un fétiche. Il peut se porter sur une peau nue.

Jean-Paul Gavard-Perret

Juliette Pailler Galerie, Rue Basse du Chateau, Chambéry.

20/11/2019

Catherine Bolle au salon Page(s): "transparêtre"

Bolle 3.jpgLe Salon Page(s) de Paris est un des hauts lieux d'exposition des livres d'artistes et de la bibliophilie. La Lausannoise Catherine Bolle et ses éditions Traces y ont toute leur place. La plasticienne reste une des rares créatrices à accorder une dimension exponentielle au livre d'artiste par ses approches typographiques et interventions plastiques.

Bolle 4.pngSont présentés à Paris des livres fascinants de l'éditrice : Henri Meschonnic , "Ma vie dans ma bouche", Israel Eliraz, "La lumière est dans les choses", Sylviane Dupuis, "L’ Ascèse de l’ éclair", Michèle Bolli, "Iliennes, Pierre-alain Tâche, "D’ après l’ Obscur" entre autres et bien sur des livres où Catherine Bolle lie son travail de création plastique et littéraire ("Glaces nomades", "L’Agneau-coeur").

Boll 2.jpgLe choix des oeuvres littéraires et la manière dont la créatrice les scénarise créent des engendrements mutuels. Le texte donne naissance à l'image et réciproquement. Catherine Bolle va toujours plus loin dans un "transparêtre" loin de toute simple propension décorative. D'en haut ou d'en bas, du tréfonds ou du ciel, l'artiste crée des perspectives pour marcher au sein de volutes qui flottent dans un ciel bleu ou de glèbe. En jalons dans des proximités communicantes se créent un écart entre le visible et le peint, le langage et sa représentation afin que se crée une jonction nouvelle entre l'image et le signe.

Jean-Paul Gavard-Perret

Salon de la bibliophilie et du livre d'artiste, Palais de la Femme, Paris, 22-24 novembre 2019.

16/11/2019

Mylène Besson : frontières et frontalités

Besson.jpgMylène Besson prouve que le portrait n’est jamais simple. Le secret n’est pas seulement de savoir comment celui-ci se laisse prendre par l’image, mais comment l’envie d’image s’empare de lui et engendre le geste de création. En conséquence il existe dans les dessins au pastel de l'artiste un mélange de sensualité et d'ascèse. D'où toujours la présence d'un effacement partiel et donc d'une béance là où les regards se croisent par ce que l'oeil "ouvre".

 

Besson 2.jpgLe portrait demande au regardeur et vice versa un "Qui suis-je ?". D'où, par rebond, les questions centrales que pose l'oeuvre de Mylène Besson : « D’où part ce regard ?  » et « Où va-t-il ? ». La plasticienne savoyarde reprend le problème du franchissement de la frontière de l’intime autant par le dévoilement de la nudité que, et ici, celui de "l'oeil".

 

 

Besson 3.jpg

Par le regard que la créatrice porte sur ses "soeurs"  s'opère une plongée sur les racines du plaisir, de la jouissance et de l’angoisse là où, en ce noeud qui s'établit, toute reste en attente de présence de l'autre en un suspens. Et ce dans la distance entre le sujet et ce qu'il voit comme "objet" par effet de chiasme pour exprimer une manière d'être au monde.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mylène Besson, "Dessins", Maison de la Poésie, Annecy, à partir du 16 novembre 2019.