gruyeresuisse

15/02/2015

S’en tenir là : Montel par Claire Nicole

 

 

 

 

 

Nicoole bon.pngJean-Claude Montel. « Obscuration lente »,  Bois gravé de Claire Nicole, Passage d’encres, Guern, 2013, 12 €.  Claire Nicole : www.clairenicole.ch

 

 

 

 

 

 

La Médée de Sénèque lançait : « Lorsque le monde sera plus vieux ; un moment viendra où l’Océan déliera les choses ». Pour chacun de nous ce moment existe. Notre océan est sans doute réduit à une flaque mais il n’empêche que la douleur existe. Montel rappelle cette descente aux enfers de la manière la plus pudique qui soit. Le poète n’a pas besoin d’inventer  des territoires fabuleux pour dire la chute et l’attente entre le silence et le cri. La Vaudoise Claire Nicole lui emboîte la pas.

 

 

 

Nicole c..jpgErre la phrase ( du moins ce qu’il en reste) , advient le texte :   « ménage à fond / Sol – mur – plafond / Verres – cendriers / Effacer – effacer / le moindre bruit ». Mais reste aussi le collage de Claire Nicole tel un « son » fondamental où tout se tait lorsque la pression du cri est si intense qu’il ne peut plus sortir et que de toute façon il serait trop vain.  Du cri que Montel porte en lui il ne peut même plus rien dire. Il « obéit » au presque silence, à l’abri des mots. Au moment où la docte ignorance du cœur rejoint le lot des choses et ce qui fait que les mortels sont communs, demeure l’image la plus simple qui les accompagne sans masques ni repères. Elle est comme déchirée par le murmure du poète.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

 

 

 

 

22/01/2015

Superpositions : Nicolas Party

 

 

 

 

 

Party.jpgNicolas Party , Pastel et nu, Cente Culturel Suisse, Paris,  février-mars 2015.

 

 

 

Il existe dans l’œuvre du jeune artiste vaudois (« exilé »  à Bruxelles) le passage palpable d’un passé passionnant contrecarré par le vertige et la folie de l’imaginaire du créateur. Dans une esthétique issue du pop-art et des  graffti il introduitdes sujets classiques : natures mortes, portraits, traités par des maîtres de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Par exemple pour sa « Pièce sur cour » il réinterprète - en grand format et au fusain - des nus de Vallotton sur lesquels il superpose des paysages colorés et encadrés. La tradition se fissure mais sans désir iconoclaste ou bricolage. La légèreté s’éloigne du travail de mémoire pour alimenter un dynamisme. Il polarise l’émancipation de l’imaginaire. L’art n’a plus de forme uniforme : il réforme par normes difformes. Elles sortent des alphabets plastiques appris. Nicolas Party témoigne donc d’une pluralité qui repousse les limites de la représentation. Et si un « interlignage » matriciel initie le travail, les créations s’en dégagent vers un cosmos indomptable. L’artiste prouve qu’il a plus besoin de croire au futur qu’à la sacralisation du passé dans une ivresse des formes et des couleurs.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

16/01/2015

Balthus et les métamorphoses "féliniennes"

 

 

 

 Balthus très bon.jpgBalthus, Rétrospective, 14 janvier – 28 février, Gagosian, Paris

 

 

 

Entre 1936 et 1939, Balthus réalisa les célèbres séries de portraits de Thérèse Blanchard, sa jeune voisine à Paris. Elle y posait souvent seule ou avec son chat. En  Suisse il substitua l'austère décor par des intérieurs colorés dans lesquels des nymphettes s'adonnaient à leur rêverie. Balthus devint un maitre dans l'art de saisir toute l'ambivalence contenue dans l’être et plus particulièrement de la femme encore adolescente ou enfant. Pensives ses jeunes filles à peine écloses ont souvent comme seul compagnon de jeu le chat. Il peut au besoin rameuter une présence « adulte ».

 

 

 

chat.pngDans un travail riche plastiquement riche et ténébreux Balthus s’est amusé à transformer le fier étalon mâle en chat.  Cette métamorphose accentue la fiction narrative des toiles. Le chat démultiplie le masculin dans un fantastique jeu de miroir. Il introduit un rire alimenté par la transgression et une imagerie de contes enfantins. La nudité féminine offerte à ceux qui ne pense qu’à « chat »  ne s'oppose pas à leur volonté affichée mais la double d'un "malin" plaisir. Celles qui se laissent regarder provoquent à la fois le trouble et le rire selon des rackets figuratifs loin de l’érotisme de façade.

 

Balthus très bon 2.pngLe jeu du chat et de la souris en modifie la nature. En insufflant le pouvoir magique au simulacre Balthus prouve que se satisfaire de la présence du mâle est de piètre consolation pour des jeunes filles en pousses tendres. Balthus par la présence fortuite de l’animal nocturne touche à une lumière obscure de l’être.  Sa peinture va ainsi du connu à l'inconnu et pervertit le réel par le conte. Du premier il ne montre que l'ombre en sa théâtralisation. C’est pourquoi l’œuvre demeure si captivante dans ses déviations de figurations et de sens. En particulier dans son approche de la « félixité ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret