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21/04/2015

De l’ombre à la lumière et retour : Yves Berger

 

 

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Yves Berger : « Entrevoir » (Space Station, Lausanne), « Mes deux béquilles » (Éditions Art & Fiction, Lausanne)

 

 

 

Caché dans son Faucigny natal Yves Berger (fils du poète John Berger) poursuit un  travail particulier. Sorti de l’école des Beaux-Arts de Genève, il a reçu le prix Stravinsky de la peinture en 2001. Depuis, il a exposé en Europe et en Amérique du nord et a publié entre autres « Mes deux béquilles » (Éditions Art & Fiction) et a codirigé avec John Berger «  Le blaireau et le roi » (Éditions Héros-Limite, Genève). Sa recherche passe par l’épreuve du corps : il s’agit autant de le faire figurer que de l’effacer en un jeu d’illusion où la distance peut entrainer une étrange proximité. L’huile ou la  caséine crée une lumière particulière. Tout joue entre présence et dilution en un théâtre dont les ombres à peine colorées sont les êtres disparus.

 

Berger bon.jpgChaque toile propose une diaphanéité. L’état de matière n’est jamais loin du néant. Les silhouettes deviennent des résurgences. Ouvrant le désordre dans l’ordre du cosmos, elles ont  partie liée avec l’absence et retournent à un état voisin des "dissolving views" de la préhistoire du cinéma. L'objectif paraît évident : voir ce n'est plus percevoir mais "perdre voir". Yves Berger pousse donc toujours plus loin le risque au centre de l'Imaginaire  comme si l’image apparaissait tel un voile qu'il faut déchirer afin d'atteindre les choses (ou le néant) qui se cachent derrière. Ainsi au cœur même de l’effacement quelque chose suit son cours. « entre le meilleur moindre et le meilleur pire, l’inannulable moindre » (Beckett)  devient peinture et hiatus.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18/04/2015

Jean-Pierre Nadau : suspens et démesure

 

 

 

 

 

Nadau.jpgJean-Pierre Nadau, Galerie du Marché, Lausanne

 

L’œuvre de Jean-Pierre Nadau est exceptionnelle et non sans un grain  de folie. L’artiste dessine de manière compulsive sur des grands formats des sortes de plans de ville (Paris par exemple) ou de pictogrammes complexes et fascinant ou tout un monde s’anime nourri de réminiscences diverses. S’élabore et rayonne le réseau de récurrences progressives (films, lectures diverses) en un univers étrange où se croise par exemple Jean Gabin sur un improbable champ de courses comme des figures d'un S.F. encore ignorée. Moins que les restes d’un chaos demeure par fragments la structure d’un moi et d'un monde plus organisé que défait. Le dessin devient l’exacerbation travaillée avec une précision extrême. Il fait de l’artiste qui vit quasiment caché (pour être heureux ?) en Haute-Savoie un graphiste unique. Par le noir la vie grouille, scintille, animée d’une dynamique interne qui rapproche ce travail de l’Art Brut.

 

 

 

Nadeau 2.jpgJean-Pierre Nadau a traversé le miroir narcissique pour transposer l’expérience possiblement traumatique en création avènementielle rarissime. La mélancolie se mêle à une sorte de science-fiction si bien que l’être n’est pas clôturé  sur son propre chagrin. Le  modelage formel finit par avoir raison du passé et trouve une plénitude que certains pourront trouver paradoxale. Tout devient corporel et mystique et il faut des heures pour déchiffrer des œuvres afin d’en apprécier l’humour et la densité. « Sous » les anecdotes  se découvre une vision picaresque du monde : tel un Don Quichotte sans armure et armé de son stylo Nadeau parcourt  le champ (de course – voir plus haut)  de la vie : la tête chauffe, le corps brûle. Reste le battement de mesure de la seule démesure.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

28/03/2015

Seline Baugmarter à la charnière des temps

 

 

 

Seline.jpgSeline Baugmarter,  « Nothing Else », Installation-vidéos, Centre Culturel Suisse,  Paris. du 17 avril au 25 mai 2015.

 

 

 

Pour « Nothing Else » - installation et projection vidéo -, la Zurichoise Seline Baugmarter installée à New-York collabore avec des danseurs professionnels âgés de 40 à 70 ans (Meg Harper, Jon Kinzel, Vicky Shick, Keith Sabado). Elle analyse de manière pragmatique le fonctionnement de la danse en tant que culte de l’éternelle jeunesse. L’artiste y explore la mémoire du corps et illustre comment le mouvement et le style d’un danseur évoluent avec le temps. Seline 2.jpgAux intuitions de la créatrice se superposent ses connaissances intellectuelles. Si Seline Baugmarter refuse dans son œuvre toute emphase lyrique, l’ascèse crée une magie des formes, un toucher particulier qui s’approchent des corps mais sans les abîmer et pour les soulever. Surgit quelque chose de l’ordre du désir. Il s’engouffre en une sorte d’absolu mais tout en rigueur et non sans froideur. Tout le mystère et la force de l’œuvre tient à cette approche. L’image n’est pas du corps mais naît de lui afin qu’en surgisse  une forme de jeunesse qui n’a rien à voir avec la pur « segmentation » du temps que ce terme suppose. Moins « instantanée » qu’instant d’années la photographie implique soudain  un temps plus long. Elle conjugue passé et présent mais sans forcément illusions d’optique : il ne s’agit pas de faire croire à une « éternelle jeunesse » mais à une forme de liberté.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret