gruyeresuisse

30/07/2016

Felice Varini : machine à voir


Varini 2.jpgFelice Varini, « À ciel ouvert », MAMO, Centre d'art de la Cité Radieuse, Marseille, du 7 juillet u 2 octobre 2016.

Partant du réel Felice Varini transforme la peinture en un spatialisme. Son possible devient vrai dans la réalité. Les partitions indépendantes du créateur suisse ouvrent à une connaissance loin des effets de description par « incrustations » spatiales. Fidèle au Corbusier selon lequel "la maison est une machine à habiter", Varini fait de la peinture une "machine à voir".

Varini 3.jpgPar delà l'imagination et l'entendement l'artiste offre un concevable physique comme une métaphysique. Ecartant les lois duales de l'abstraction et de la figuration surgit un géométrisme conceptuel. Il introduit dans le monde des perceptions des intuitions formelles capables de déplacer le regard.

Varini.jpgLa peinture devient le fruit de la découverte empirique et de la réflexion. Elle crée un langage soumis à ses propres logiques. Son "apesanteur" répond à la lourdeur du monde qu'elle réoriente, reconstruit dans une vision communicable à qui ne passe pas outre ou ne se contente pas d'un regard distrait, réductionniste, chercheur de consensus normatif hâtif. Soudain le têtard distrait devient grenouille contemplative.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/05/2016

Dorothy Iannone l’impénitente “pornographe”

 


Iannone 3.jpgDorothy Iannone, « The Story Of Bern (Or) Showing Colors + The (Ta)Rot Pack + A Cookbook”, du 3 juin au 10 juilllet 2016, Centre Culturel Suisse, Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

Iannone.jpgDepuis le début des années 1960, Dorothy Iannone développe une œuvre subversive, féministe et politiquement incorrecte. Peintures, dessins, collages, sculptures, vidéos et livres d’artistes mêlent mythologie et autobiographie dans un langage coloré et hybride. Le CCS présente  les 70 dessins de « The Story Of Bern (1970), récit illustré sur la censure subie par l’artiste lors de l’exposition collective « Freunde » à la Kunsthalle de Berne, et le facsimilé de The (Ta)Rot Pack (1968-69 / 2016), un jeu de tarots qui évoque sa relation avec l’artiste zurichois Dieter Roth.

Iannone 2.jpgPour Dorothy Iannone la différence entre la pornographie et l'art est simple : l’'art se contemple indéfiniment qu’il suffit de jeter qu'un coup d'œil à la pornographie avant de la laisser. L’artiste retrace la tension entre éros et thanatos, le rêve et la réalité. La pulsion de désir. S’y révèle l’intensité physiologique traitée avec drôlerie. Sans attitude morale, ni jugement la créatrice ouvre la perception pour mettre en porte à faux notre assurance et notre suffisance pour rendre la situation de voyeur inconfortable. Comme toujours lorsque de nouveaux regards sont sollicités, un univers riche se fait jour. Saisie par un sentiment d’implication totale l’artiste est elle-même prisonnière consentante de ses images pour mettre en exergue les corps. Ses œuvres sont des farces mais surtout des actes de résistance.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

23/04/2016

Cecile Hug : l’image à l’oreille

 

HUG.jpgCécile Hug, « Parterre d’oreilles », Galerie Anne Perré, Rouen, du 12 mais au 30 juin 2016.


Il arrive que l’image se fasse entendre. Cécile Hug lutte pour qu’elle « sonne » par un seul point d’apparition. Il faut qu’il soit visible en multiple déclinaison comme l’artiste l’a déjà proposé pour d’autres lieux du corps. Celui-ci reste d’une certaine manière métaphorique et l’interprétation demeurera multiple. L’image parle le silence : mais qu’est-il au juste ? L’instant peut-être où il y a possibilité de dialogue (écoute) mais aussi où le monologue intérieur (ressassement) s’arrête.


HUG BON 3.jpgDans son installation, son tapis d'oreilles, l'artiste fait de cette partie du corps  le bord du silence. L’image permet de voir une mer blanche et crée une tension qui à la fois la perpétue, la resserre. Avec le désir de bouler dedans. Mais tout en créant un éloignement et une distance ironiques. L’oreille devient éponge et nid. Elle absorbe et digère comme d’autres orifices. Elle affirme la nostalgie du et des sens. Le regardeur est aimanté par son champ. Et sa chimère.


HUG bon 4.jpgL’oreille à elle seule fait lever bien des images. Nous ne sommes que ça : silence, bruissement, amour, sens, écoute. Et la « Bête ». Car lorsqu’il est impossible d’analyser le pourquoi et le comment, cela grouille par une seule image. Dans sa sécheresse elle ouvre là où tout claque et envahit. L’oreille devient le « cercle » riche à la fois de sa fin et de son commencement.


Jean-Paul Gavard-Perret