gruyeresuisse

19/08/2016

La lumière du nocturne du peintre savoyard Cachoud

 

Cachoud.jpg“The Blue Starry Night - Hommage à Cachoud”, Galerie Mottet (Post-War et Contemporain), Chambéry, 3 septembre – 22 octobre 2016.

 

 

 

Cachoud 3.jpgLe peintre savoyard François Charles Cachoud (1866-1943) est bien oublié. Il modifia pourtant la vision du paysage tout en restant dans une tradition réaliste. Pour ce peintre le paysage n’existe que s’il retourne la vue, interroge le regard qui est sensé le voir. Et ce par le passage du jour à la nuit. Cette mutation inhérente à Cachoud instruit un glissement, une médiation : il fissure énigmatiquement les certitudes trop facilement acquises d’une contemplation fétichiste de la lumière naturelle et la possession carnassière des images qu’elle induit. Il transcende aussi les écoles figuratives de son temps : du réalisme au néo romantisme loin de tout simple effet de « nuit américaine » chère au cinéma.

Cachoud 2.jpgA contempler les tableaux nocturnes de l’artiste la nature dans ses bizarreries et ses différences semble venir au devant de nous comme une baudruche qui se gonfle d’une présence inédite. Les reflets lumineux ouvrent une figure de l’Achéron. Un Achéron paradoxal puisqu’il ne permet plus le passage vers l’enfer mais vers un éden artistique. L’artiste nous fait le confident des opérations les plus secrètes du cycle de la nuit. S’inscrit un ici et ailleurs : une extra - territorialité où le regard fonctionne alors dans une dimension structurante. Cachoud a donc subverti les notions d’ombre et de clarté. Le paysage mute de la simple représentation vers la « re-présentation ». Entre les deux le pas est immense. Elle différencie le travail du faiseur et celui du créateur de formes. Celui-ci renonce à croire à une métaphysique de la transparence

Jean-Paul Gavard-Perret

30/07/2016

Felice Varini : machine à voir


Varini 2.jpgFelice Varini, « À ciel ouvert », MAMO, Centre d'art de la Cité Radieuse, Marseille, du 7 juillet u 2 octobre 2016.

Partant du réel Felice Varini transforme la peinture en un spatialisme. Son possible devient vrai dans la réalité. Les partitions indépendantes du créateur suisse ouvrent à une connaissance loin des effets de description par « incrustations » spatiales. Fidèle au Corbusier selon lequel "la maison est une machine à habiter", Varini fait de la peinture une "machine à voir".

Varini 3.jpgPar delà l'imagination et l'entendement l'artiste offre un concevable physique comme une métaphysique. Ecartant les lois duales de l'abstraction et de la figuration surgit un géométrisme conceptuel. Il introduit dans le monde des perceptions des intuitions formelles capables de déplacer le regard.

Varini.jpgLa peinture devient le fruit de la découverte empirique et de la réflexion. Elle crée un langage soumis à ses propres logiques. Son "apesanteur" répond à la lourdeur du monde qu'elle réoriente, reconstruit dans une vision communicable à qui ne passe pas outre ou ne se contente pas d'un regard distrait, réductionniste, chercheur de consensus normatif hâtif. Soudain le têtard distrait devient grenouille contemplative.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/05/2016

Dorothy Iannone l’impénitente “pornographe”

 


Iannone 3.jpgDorothy Iannone, « The Story Of Bern (Or) Showing Colors + The (Ta)Rot Pack + A Cookbook”, du 3 juin au 10 juilllet 2016, Centre Culturel Suisse, Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

Iannone.jpgDepuis le début des années 1960, Dorothy Iannone développe une œuvre subversive, féministe et politiquement incorrecte. Peintures, dessins, collages, sculptures, vidéos et livres d’artistes mêlent mythologie et autobiographie dans un langage coloré et hybride. Le CCS présente  les 70 dessins de « The Story Of Bern (1970), récit illustré sur la censure subie par l’artiste lors de l’exposition collective « Freunde » à la Kunsthalle de Berne, et le facsimilé de The (Ta)Rot Pack (1968-69 / 2016), un jeu de tarots qui évoque sa relation avec l’artiste zurichois Dieter Roth.

Iannone 2.jpgPour Dorothy Iannone la différence entre la pornographie et l'art est simple : l’'art se contemple indéfiniment qu’il suffit de jeter qu'un coup d'œil à la pornographie avant de la laisser. L’artiste retrace la tension entre éros et thanatos, le rêve et la réalité. La pulsion de désir. S’y révèle l’intensité physiologique traitée avec drôlerie. Sans attitude morale, ni jugement la créatrice ouvre la perception pour mettre en porte à faux notre assurance et notre suffisance pour rendre la situation de voyeur inconfortable. Comme toujours lorsque de nouveaux regards sont sollicités, un univers riche se fait jour. Saisie par un sentiment d’implication totale l’artiste est elle-même prisonnière consentante de ses images pour mettre en exergue les corps. Ses œuvres sont des farces mais surtout des actes de résistance.

Jean-Paul Gavard-Perret