gruyeresuisse

30/09/2016

Space Odyssea de Nelly Haliti


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Haliti 4.pngNelly Haliti, « Jours : mois : années », installation vidéo., Centre Culturel Suisse de Paris jusqu’au 30 octobre 2016.

 

Pour son installation vidéo au C.C.S. Nelly Haliti fait chauffer ses machines : les images défilent, passent d’un écran à l’autre. Une histoire arrive, une autre s’efface, le tout en boucle. Surgit une suite de paysages bulgares silencieux, des mosaïques, du béton en miettes, une poétique de la ruine avec en surimpression sur le site de Buzludzha, un monument construit il y a 35 ans et abandonné. L’installation est créée à partir d’images tournées en 16 mm. Le format lui-même ramène à un temps révolu par le grain et sa lumière. Le format désormais compliqué et suranné nécessite un travail spécifique.

Se retrouve l'obsession de la jeune artiste pour la destruction, la transition et le montage sur fond de nappes sonores. Dans l'expression plastique des images émerge la formation picturale de l'artiste. La bulle du bâtiment bulgare rappelle d'autres figurations que l'artiste a déjà expérimentée à Genève. Le film lui-même devient un abri ouvert et fermé. Il sert de coque et d'écran, de sujet et d'objet à la vidéo. Manière de faire basculer le substrat « documentaire » en une poésie spatiale là où le bâtiment devient un vaisseau du même ordre.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/09/2016

En revenant de l'expo : Ben à Maillol

 

Ben.png« Tout est art ? Ben au musée Maillol », du 14septembre 2016 au 15 janvier 2017.

 

 

 

Ben 2.pngBen a trouvé au Musée Maillol un lieu idéal même s’il a été privé du lot d’assiettes qu’il voulait laisser à la disposition des visiteurs afin qu’il puisse pratiquer de mini-performances à leur main. Si bien que l’exposition ne  contient « peut être pas le Ben libre que j’aurais voulu être » dit l’artiste. Mais qu’importe son « ego » trouve de quoi se repaître et l’artiste peut tenir son débat sur l’art et le pouvoir, l’argent et la gloire. Qu’importe si « les gens ne m’écoutent pas, ils veulent le pitre ». Mais celui-ci continue à faire bouger les lignes et les médias lui font écho : d’Europe 1 à France-Culture (que l’artiste n’hésite pas à fustiger sur l’antenne qui l’invite).

Ben 3.pngLe Franco-suisse prouve que tout reste possible à qui le veut et qu’importe si « trop de Ben tue Ben ». Preuve que Fluxus garde la vie dure. Dans l’exposition, Sixtine ressemble à la fée magique de Cendrillon. Elle tient à la main une baguette magique noire et un carrosse noir peut arriver pour emmener Ben où il doit aller. Et ce avant qu’il ne devienne un empereur ou le moine Citrouille qui s’angoisse toujours. Ben est là sous toutes ses formes : érotomane, ethnique, etc.. Et qu’importe si « personne ne mérite la gloire même pas Jésus ». Elle fait plaisir à l’artiste. Pour autant il n’en fait pas une choucroute. Il en profite pour se faire au passage non seulement « théoricien de l’égo, hâbleur, poète raté, chanteur de blues et pute » mais critique d’art. Pas n’importe lequel : « extra lucide » dit-il. Et il ne se trompe pas et montre qu’il a envie de vérité et rappelle qu’il s’agit toujours de trouver du nouveau. Suivons donc son conseil « Passez voir l’expo ».

Jean-Paul Gavard-Perret

19/09/2016

Magdalenna Satanneck : "le rien au monde que plus aima"

 

magdanela.jpgMagdanela Satanneck pose son corps devant l’immense masse de silence et réinvente le langage de la nudité. Du clair, de l’obscur, du tendre, surgissent les instants du monde où celui-ci se concentre en des points spécifiques de fixation : de la pensée ou de l’inconscient, se perce leur peau fuyante. Restent les plis du coeur, les déchirures de l’âme. Les portraits font leur chemin dans le jeu des miroirs. La beauté est rigueur. A l’horizontalité répond la verticalité. Demeure la folie de tout ce vu, du croire, du croire entrevoir sans stress, sans strass, sans cesse, sans sauce textile.

magdanela4.jpgFace à l’absence, la photographie pose une présence comme celle de l’enfant qui ne vient pas occuper une place auparavant vide si ce n’est celle creusée par le désir. La capter comme le fait Magdalenna Satanneck appelle à exister « sous une apparence fausse de présent » (Mallarmé). Reste un corps en impeccabilité dont le cuisant et le cuivré sont dégagés de tout obscène. Chaque (auto)portrait côtoie moins un débordement qu’un dépassement. Et si créer est une activité esthétique qui se dit à l’infinitif elle travaille en même temps et ici un « je » qui est « le rien au monde que plus aima » la photographie.

magdanela3.jpgElle ramène à l’espace de la déposition s’agissant du corps en tant qu’objet de perte et de résurrection. Le secret vient une fois de plus affirmer son autorité car il est dans le corps. Mais de quel corps s’agit-il De qui est ce corps ? Voilà la question dangereuse puisqu’il s’agit de celle de l’identité. Elle devient une ombre qui ne me suit pas forcément le corps : elle le précède, argumente le silence en un trouble premier pour en éclairer beaucoup d’autres. Magdalenna Satanneck y ajoute les siens : se sont ses « pions » dont elle plus pionnière que pionne.

Jean-Paul Gavard-Perret