gruyeresuisse

30/10/2016

Amazing Amazonie : Yann Gross

Yann Gross.jpgYann Gross, « The Jungle Show II », Centre Culturel Suisse de Paris, du 4 Novembre au 4 Décembre 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

Yann Gross 2.jpgL’exposition propose les images d’un périple de cinq ans de Yann Gross à travers l’Amazonie. Plus précisément le long du fleuve Amazone et de ses divers affluents sur les traces d’un conquistador espagnol, Francisco de Orellana de la Colombie au Pérou, du Brésil à l’Équateur. Photos et films illustrent (et bien plus) loin de la seule production d’un reportage, la cohabitation entre tradition et modernité. Ils proposent une réflexion sur la notion de progrès sans tomber dans la mythologie de l’altérité, la quête de l’exotisme ou la croyance « engagée » qu’il existerait dans cette zone une société primitive à sauver.

Yann Gross 3.jpgLe tableau dressé est sans faux-fuyants, dénué de romantisme. Autour de zones de bateaux accrochés au bord du fleuve et de ses affluents jaillit une vie bien différente de ce qui est souvent donné à voir en dilution. Espaces aménagés, prairies artificielles, lotissements préfabriqués grèvent un lieu qui désormais est intégré à la mondialisation galopante. Une fois entrée dans la brèche de l’immense forêt, elle repousse la nature et l’identité locale qui peu à peu se réduisent à une peau de chagrin.

Yann Gross 4.jpgLes portraits prouvent comment deux mondes se rejoignent : une femme nue devenue sex-symbol s’expose en portant un masque de jaguar (entité mythique du Pérou). Un ancien chaman est portier de l’église évangélique de son village, une gagnante d’un concours de beauté illustre la chute de l’Amazonie dans un baroque qui n’a plus rien de typique. Mais Yann Gross se contente astucieusement d’ouvrir les archives du temps et de l’esprit des lieux en perpétuel mouvement.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/10/2016

La poésie, spore aphrodisiaque - Daniel Dezeuze

 

 

Dezeuze.pngAu moment où arrive le temps de tirer la toile - et pas seulement celle que la peinture réclame - les clés qui permettent de la tendre deviennent rares. Ceux qui jadis furent "mâcheurs de coca / ou chercheurs du Yage" se transforment en habituées de "fumettes douces", de "vodkas allongées", ce qui n'empêche pas le peintre poète de remettre les gants ou sa tournée. Délaissant l'image pour les mots Dezeuze la construit autrement. En "lamellés-collés" il rameute des instants d'années.

Dezeuze 2.jpgEncore agile, le poète se veut farceur, marche sur des toits de cloîtres habités "par des nonnes aux vœux légers" (du moins c'est ce qu'il, intrinsèquement, souhaite). Avant de revenir au trou qui de la nuit sexuelle conduit à l'abstinence il convient de se désenfouir pour éliminer de la vie les longues absences. Il utilise autant l'arrogance que la chute, s'émerveille des beautés de la nature compilées dans la dernière partie du livre : "Nervures".

Les euphorbes y ouvrent leurs ombrelles blanches, les uniséminées du Mexique deviennent de "vivaces cucurbitacées / bonnes à cuisiner". Preuve que le nerf dans le végétal est autant fanon que barbe de plumes. Quant à la douceur des femmes elle n'est pas oubliée. Elles demeurent feu sous la neige, légende dorée, appâts à plein temps. Elles rendent la vie si belle qu'il n'existe plus de raison de la prolonger dans l'au-delà. Belle leçon d'inconduite en nos temps où la tombola des religions retrouve un paquet de clients.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Daniel Dezeuze, "Clefs à tendre la toile écrue", Editions Fata Morgana, Fontfroide le Haut, non paginé, 2016.

25/10/2016

La Clandestine : Suspension Regina

Suspensio.pngPour Suspensio Regina création et destruction ne se conçoivent pas l’une sans l’autre. L’artiste découd à sa main le passé pour le recoudre contre l’état d’une société abattue et dont les acteurs de la pensée, de la culture et de l’art restent moins en interaction avec le monde tel qu’il est qu’en contemplation.

Suspensio 2.pngL’acte créateur devient fondamentalement « politique » dans la mesure où il est l’initiation par la femme de conduites qui n’ont rien de rétrécies ou de brouillardeuses. L’artiste revendique un « do it yourself », émet des propositions imprévues qui éloignent des idées confuses, des peurs hagardes.

 

Suspension 3 bon.pngBref elle tient tête à la vie, aux hommes en créant des courants parfaitement tendres et féminins. Ils renouent avec un fascinant original. Face à l’histoire de l’humanité qui a fait subir aux femmes le joug de forces inconscientes ou trop conscientes, elle apprend à vivre par-devers la ruine, dans l’espoir d’une sérénité. Elle refuse les existences recroquevillées et uniquement pour soi. Si bien que quelque chose avance dans son œuvre d’horizon pour les passagères et les passagers de la Terre.

Jean-Paul Gavard-Perret