gruyeresuisse

09/03/2020

Norbert Bisky : le bal des héros

Bisky.pngNorbert Bisky assume et revendique ce corps gay comme glorieux. Ce sujet érotisé du "même" est présenté sans le faire tomber dans la moindre obscénité. La peinture évoque l'importance de fibres musculaires en s'amusant de tous les codes homos avec une jouissance joyeuse. La scénarisation tient de l'exhibition et de la revendication des stéréotypes de puissance là où les noctambules berlinois ou d'ailleurs brûlent de leurs feux.

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De magnifiques éphèbes la peinture célèbre le "récit plastique". Et de tels héros intiment au regardeur  l'obligation d'être "ravis" en des scénarisations presque "obligées" où il peut glisser. Il n'est donc plus question de couler du verre autour de tels corps pour en faire ceux de défunts momifiés.

 

 

 

Bisky 4.jpgBisky reprend  la "corporéité" à pleines mains loin du repli de l'imaginaire. Le corps renvoie - non sans humour - à une gloire "céleste" de l'image éloignée de toute vision sulpicienne du corps. La figure masculine devient celle des héros d'aventures et de guerres en une célébration païenne. Emergent le réalisme de la nuée déchirée et de la clarté déchiffrable car libre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Norbert Bisky, «Desmadre Berlin», Galerie Templon, Grenier Saint-Lazare, Paris, du 14 mars au 9 mai 2020.

05/03/2020

Non juste un dessin mais un dessin juste : Konrad Klapheck

Klapheck.jpgKonrad Klapheck, "Dessins (1974-2014)", Lelong & Co., du 12 mars au 30 avril 2020

 

 

 

 

 

Klapheck 3.jpgLes titres des dessins de Konrad Klapheck jouent toujours un rôle important en navigant entre l'aporie, la profondeur un un certain humour : Sèche cheveux et sac d'"Avant le départ", la clé enpapaoutée de "L'Apôtre entravé" prouvent comment une idée est traitée par un dessinateur - qui a regénéré un art premier s'il en est - selon des contraintes géométrico formelles rigoureuses qui amènent à une stylisation, une simplification, voire une déformation délibérée des objets, espaces et personnages.

Klapheck 2.jpgSous effet d'apparence de réalité jaillit une forme de réalisme magique même lorsque tout possède le plus mauvais des genres - à savoir le genre humain. Mais chaque image est traitée de manière distanciée et symbolique qui évite toute lourdeur.

L'objet ou le sujet résiste toujours à la représentation basique au profit d'une image capable de désapprendre à voir pour réamorcer un visible qui nous dépasse et n'est pas forcément donné. Pour un tel créateur le dessin s'il est "une chose délectable"  »fait le vide d’un certain "théâtre" du réel afin de lui accorder une autre profondeur. Il s'agit d'éclairer l’esprit dans une fixité particulière où demeure toujours l’impression qu’un mouvement opère.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/02/2020

Alex Hanimann : le même en l'autre

Hanniman.pngAlex Hanimann, "Same But Different", FRAC Grand-Large, Hauts de France, du 16 février au 26 avril 2020.en collaboration avec le Kunstmuseum St Gall (Suisse) et la Villa Merkel à Esslingen (Allemagne) et le soutien de Pro Helvetia.

hanniman 3.pngAlex Hanimann transpose les principes de la photographie dans différents médiums - vidéos, sculptures, peintures ou installations - pour mieux percevoir les nuances et les écarts entre les images, la réalité et ce qui en cette dernière échappe.Tout joue ici entre diverses oppositions : noir et blanc, positif et lnégatif, visible et invisible, champ et hors champ, nommable et inommable.

hanniman 2.pngL'artiste suisse retient des images qui sont des extraits ou des essences de gestes, d’histoires et de souvenirs. Au besoin par le numérique il traffique la trame et la nature des images.Surgit tout un jeu de flipper entre ce que l'on croit voire et ce que l'on projette. L'artiste propose une attraction prégnante et sourdement provocante. A la candeur des images toutes faites répondent une émotion et une perception profondes. Elles se fondent sur équilibre parfait entre formes et sens selon une dualité qui ramène à l’ambiguïté essentielle de toute image.

hanniman 4.pngNulle «littérature» en cela mais de la poésie pure par la conjonction de la photographie et ses nouveaux états. S’y respire un lointain proche. Non sans froideur le réel échappe à l’attraction terrestre. L’artiste emprisonne moins qu’il ne délivre entre capture et liberté, embrassement et syncope, symétries et perspectives. Tout se joue dans le champ de l’ambivalence. Et si le corps a cédé place à son illusion, un mensonge inédit est capable de dire la vérité. Nous ne possédons l’image. Elle nous possède.

Jean-Paul Gavard-Perret