gruyeresuisse

19/01/2017

Dominique Menachem Lardet ou l’étrange visite

Lardet.jpgParcourant les rues de Lyon et des appartements vides, Dominique Menachem Lardet introduit dans les photos qu’elle en tire des failles extraordinaires. Le lieu n’est pas anodin pour elle : la ville est celle ses deux grands-mères. L’une Polonaise, l’autre Bressane se sont rencontrées par l’intermédiaire du mariage de leurs enfants.

Lardet 3.jpgPlutôt que de « figer » le passé, la photographe l’ouvre pour en suivre les traces : elle sait se faire plus petite en sa traversée du réel pour qu’il devienne plus grand. En des structures complexes tout reste offert mais distancié. La photographe n'a cesse d'entrer dans l’intime afin d’en rêver l'altérité. Fantôme ou réalité, « l'autre » qui est aussi une « même » sert d’abri à une identité plurielle. Celle-ci se définit par les montages qui abordent en parallèle les problèmes de la perception visuelle et la découverte du réel.

 

 

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A l’expressionnisme de ce qui est montré se superpose l’impressionnisme de ce que l’artiste suggère. Restent les troubles qui renvoient implicitement à un hors champ significatif. Tout demeure, comme l’écrivait Mallarmé, « à l’état de lueur du temps ». L’exposition devient un écrin labyrinthique. Il impose le questionnement du visible et de l’identité en un hommage à celles qui furent et qui ont fait ce que la photographe est devenue.

Jean-Paul Gavard-Perret

Dominique Menachem Lardet, « Elles deux », galerie Elizabeth Couturier, Lyon 1er ., du 19 janvier au 11 février 2017

01/01/2017

Quand souffle la lueur : Véronique Sablery


Sablery bon 2.jpgLes photos de Véronique Sablery avancent toujours sans tapage et avec divers plans de transparence, de diffraction et de dédoublements. Chaque série séduit par son « grain », sa lumière et ce que la photographe arrache au réel. Dans les séparations qu’elle impose apparaît désormais la griffure à la Cy Twombly pour intensifier la bosse de certaines « neiges ».

Sablery 4.jpgAux glissières rubicondes du monde l’artiste oppose ses chemins d’ivoire. La photographe élimine toute surcharge en accordant à l’image une verticalité qui la sort de l’amorphisme. Sablery.jpgIl s’agit d’introduire dans ces sortes de « colonnes » creuses aux pâleurs de nacre la conquête de la poésie sur le monde tel qu’il est.

Tout est sensitif mais comme distancié en des casemates corallines et des entrelacs. D’où le charme d’une porcelaine qui ouvre le regard à diverses saillies ou errances. Reste la fragilité quasi sonore de la proximité des trésors de grottes ou cœurs profonds aux translucidités sereines de saphir blanc ou rose. Sablery bon.jpg

 

Le geste de bienvenue reste néanmoins contredit par la tension de la biffure. Si bien que lorsque le regard semble «prendre pied » il est renvoyé vers le large.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/12/2016

Pascale Miller : avec le temps

 

Miller 2.pngPascale Miller sait capter la femme selon divers points de vue. Jaillit la sourde ou la lumineuse incandescence du corps et de la vie la plus fragile dans l’intensité du temps. La photographe le remonte parfois comme dans sa série « Le Souvenir de Lily » dont l’érotisme subtil est magnifiquement scénarisé. Mais parfois une simple silhouette prenant la route (ou la voie ferrée) dépasse le réel pour atteindre un univers poétique.

 

Miller 3.jpgDe chaque épreuve surgit un mouvement, un équilibre. Le corps devient autant une ombre, une tache blanche ou un fruit qui accordent au passage du temps et jusqu’à l’absence « en marche » une présence universelle et une pulsation de l’intime au sein d’éléments premiers.

Miller 4.pngL’existence ménage ses appuis sur le sol, monte d’un corps incertain voire caché en une écume d’ombre. Du réel Pascale Miller ose brader la ressemblance au profit d’une apparition de l’insaisissable. Par l’infime la présence est accru. Le corps « unique » apparaît dans une succession d’instants où le blanc surprend le noir comme celui-ci s’empare du premier. Il en va de même lorsque les couleurs font irruption. Dans les deux cas l’artiste déplace le centre de notre émotivité visuelle vers quelque chose de plus profond au sein d'un éternel retour, d'un éternel départ.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pascale Miller, exposition à Corridor Elephant, Paris, décembre 2016 - janvier 2017.