gruyeresuisse

18/01/2020

Jacques Monory : écran bleu pour nuit blanche

Monory.jpgEvocatrices de la folie quotidienne ou meurtrière les œuvres bleues (mais parfois roses) de Jacques Monory ont conjugué depuis les années 60  la reproduction fidèle du réel - notamment à travers des images traditionnelles et stéréotypées de la vie américaine - et toute une fantasmagorie onirique. Cette percussion opère une indéniable impression de malaise, un sentiment de fin du monde, comme si les choses, et surtout la lumière et le soleil, étaient soudain devenus fous.

Monory 2.jpgOn se souvient par exemple d’un paysage pour une fois non "made in USA" mais un paysage égyptien avec sphinx et pyramides et comportant un texte comme "dactylographié" dans la toile. Il s'intitule "L’observateur et l’observé". C’est à un renversement ironique des rôles, exploité dans son ambiguïté, que nous convie toutes les œuvres de l'artiste. Elles retracent la position d’un homme qui peint dans le bonheur de sa solitude et qui se figure en peinture pour ne pas mourir de la folie du monde.

Monory 4.jpgSes tableaux miroitent d'une réflexion incisive sur la planète et ses figures à prendre et à jeter, comme l'amour qui dans ses oeuvres se prend et se jette comme un kleenex. C’est pourquoi il faut aimer le bleu de banquise des travaux de l’artiste. Mais il ne faut pas se contenter de glisser dessus. Il convient de regarder ce qui se passe à l’intérieur et de comprendre comment les choses émergent des toiles. Elles donnent au jour une apparences nocturne. Si bien qu'elles demeurent des écrans bleu (ou mauve) de nos nuits blanches.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Monory, Fondation Maeght, du 28 mars au 14 juin 2020.

07/12/2019

Melodie Mousset : extensions

Mousset 2.pngMélodie Mousset, "L'épluchée", Centre Culturel Suisse, Paris, décembre 2019 - février 2020.

Mélodie Mousset utilise son propre corps pour cartographier, indexer et narrer un "je" dont la narration implique le surgissement d'un "moi" mais aussi d'un "ça" car son corps paraît lui échapper tant il est en métamorphose lorsqu'elle cherche à en prendre possession. Afin de le capter elle utilise vidéos, sculptures, installations, performances ou réalité virtuelle.

Mousset.pngTout se passe dans un monde contemporain où la réalité numérique trace, enregistre et analyse les déplacement et désirs de ceux qui deviennent dit-elle des «citoyens transparents». L'univers qu'elle imagine est une surexposition : les corps s'y heurtent, difformes, estropiés, remplis d’organes.

 

Mousset 3.pngToute son oeuvre (dont la vidéo "Intra Aura" (2019) présentée pour la première fois au C.C.S. accompagnée d’éléments sculpturaux disposés dans l’espace d’exposition) est une manière d'échapper à la schizophrénie (peut-être héréditaire) de sa mère. L'art crée  la désincarnation du corps en utilisant des matières détournées de leur fonction première afin que l'artiste se déconstruise elle-même dans le but de se retrouver. Elle a fait  répliquer ses organes vitaux en 3D et en cire en les insérant dans l’histoire de la médecine et la tradition religieuse des ex-votos.

Mousset 5.pngElle s’engouffre parfois dans un réseau de caves souterraines à la recherche de vestiges antiques là où une stalagmite devient l'image minérale-organique d’un corps en construction. Elle a aussi créé un jeu vidéo interactif ("HanaHana") où un désert est peuplé  de mains et ou chacun peu laisser sa marque de passage. Tout s’apparente à une expérience schizoïde de l'espace et du temps au moment où l'artiste devient primitive de son futur en une sur-voyance et une sur-vie.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

25/11/2019

Juan Uslé et la musique des silences

JUslé.jpguan Uslé est un des peintres les plus discrets. Il regarde, lit, observe beaucoup afin de créer une œuvre aussi abstraite qu’expressionniste. Pour lui la peinture est une aventure intérieure liée à l'évolution du monde. Mais sa lecture est une métaphore abstraite là où tout passe par les filtres et les fibres qui vont du noir le plus profond aux couleurs les plus vives.

 

 

 

 

Uslé 2.jpgIl sait par ailleurs que les lois d’harmonie de la peinture répondent à celle de la musique. Il tend chaque toile jusqu’à en faire un support musical, un «pad» pour que les sonorités rebondissent et que la vibration symbole de vie soit favorisée. Et il aime à citer la phrase de Gauguin : « Pensez à la part musicale que prendra désormais la couleur dans la peinture moderne. La couleur qui est sa vibration est à même d’atteindre ce qu’il y a de plus général dans la nature : sa force intérieure. »

Uslé 3.jpgL’accent est donc mis par Uslé sur la partition émotionnelle de la couleur identique à la fonction sensible de la musique. Elle se retrouve dans la suite de tableaux que le peintre décline depuis plusieurs années. Il les peint la nuit en alignant des suites des touches sombres au rythme des battements du cœur. Cherchant un monde unifié, il utilise le mouvement, la fluidité pour s’en approcher au sein de couches géologiques qui se déplacent, se touchent, se mélangent dans le mouvement qui déplace les lignes et crée des horizons.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Juan Uslé, "Lines & Horizons", Lelong & Co, Paris, du 21 novembre au 18 janvier 2020.