gruyeresuisse

09/02/2019

Charles Blanc à l'écoute de son époque

Blanc 3.jpgIl faut parfois du temps pour que le regard se libère de ce qu'il avait vu et ce qu'il cherche dans le tableau. Cette opération magique l'artiste bien oublié Charles Blanc (1896-1966) la tentait. Peintre paysagiste il se plaça à l'écoute de l'intérieur des apparences de la ville comme de la nature. Il pénétra le monde tel qu'il est non pour en prendre le contrôle mais pour faire ressentir que chacun lui appartient.

Blanc.jpgL'art pour lui était un moyen de surmonter l'isolement qui s'éprouve derrière la frontière du corps et de l'esprit. Le peintre fit trembler le réel pour en secouer la lassitude. Parfois et dans ses aquarelles de manière plutôt légère et primesautière. Mais dans ses peintures l'oeuvre est plus âpre et profonde. Blanc se dégageait d'un certain style montmartrois de l'aquarelle pour atteindre des territoires plus sombres.

Blanc 2.jpgLe doute permanent imprègne le choix des couleurs sombres pour saisir la lumière à travers l'épaisseur de la nature et de ses "matières". Certes Charles Blanc n'est pas Rouault. Il fait partie des petits maîtres. Mais il eut la faculté d'embrasser l'espace de sorte que le lointain et le proche soit réunis dans la coïncidence des contraires. Si avec l'aquarelle et la peinture la signification est différente toutes deux questionnent l'idée de représentation dans un toucher rendu visible.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08/02/2019

Marion Saupin : le coup du charme

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Marion Saupin aime charmer le voyeur avec lequel elle joue en l'attirant. Elle le désempare sans pour autant devenir sorcière ou Méduse. Elle s'amuse avec le corps des femmes qu'elle scénarise pour l'entrainer dans ses jeux. Il peut se prétendre unique face aux frissons que procure l'artiste.

 

 

 

 

 

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Nulle indécence néanmoins dans les poses. Certes Marion Saupin ne se veut ni femme au foyer ni ménagère, mais si elle ne ménage en rien les charmes féminins il ne s'agit pas de les dévoiler à outrance. Ses portraits offrent des jeux de pistes. Au mieux on peut rêver d'offrir des fleurs à ses modèles mais pas question de s'égarer. L'artiste n'offre que des instants magiques avec toute la distance nécessaire.

 

 

 

 

 

saupin 3.jpgPlus que le fantasme la créatrice met l'intelligence à contribution. Elle fait du corps une vitrine entre ostentation et discrétion. Le diable ne fréquente pas ici l'enfer du sexe mais le paradis des lignes. La beauté physique y ouvre des portes à une beauté intérieure en un humour discret.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Voir le site de l'artiste et Corridor Elephant.

07/02/2019

Les flèches et l'étoile : Eva Magyarosi

Tundra.jpgPaul Ardenne est le commissaire de l’exposition et l'auteur de son titre « Eva Magyarosi, Récits privés » . Il a compris combien dans un tel travail et sous son aspect fantastique tout est né dans la réalité de l'artiste, " la réalité de sa vie, ancrée dans un lieu, une maison, une famille avec trois enfants petits, mais une réalité qu’elle fait vibrer sous nos yeux, et que nous pouvons dès lors partager".

Tundra 2.jpgDans cette exposition  une pièce majeure : "Tundra" - vidéo dont le titre ramène au sens originel de ce mot : une montagne nue, "une montagne vue de dos" comme l'écrit Barbara Polla. Les images en sont soulignées par le son de la nature (musique de Mihaly Vig). Le tout ramène à des expériences premières, vécues à l'époque primale de manière naturelle et sans "voyance". C'est en les reprenant qu'Eva Magyarosi reconstruit son monde originel avec ses peurs et ses défenses. Tout est transformé comme  "Tundra" elle même qui devient le personnage central et d'abord non genré de la vidéo. Il y a là des animaux énigmatiques, un univers étranger au moment où l'enfant se dilue dans l'être adulte. Celui-ci  a filé ou fuité entre les doigts du passé pour ramener - à contre courant de l'innocence - vers le péché

Tundra 3.jpgL'introspection implicite - en puisant dans les émotions du passé et par delà la censure morale - tente de se libérer du présent même si le sentiment du vivre communique avec la mort. Tundra peu à peu devient femme. Ses mains ambigues ramènent à la sensualité comme à la crauté. Les deux sont liées dans cette épopée de flèches et d'étoile noire "symbole de nos rêves, de notre monde intérieur" écrit Barbara Polla. La Genevoise a compris ce qui se joue dans une telle oeuvre en ses "récits privés" : une lutte pour ce qui nous fait - entre animalité et spritualité, anges et démons. Il y a là l'entrée dans un monde qui oblige - de gré ou de force -  à préférer l'état adulte à celui de l'enfance. Les images deviennent dures au moment où le lamento se serait imposé chez beaucoup. Elles se font lyriques plus dans les moments creux que dans les instants de bravoure.

Jean-Paul Gavard-Perret

Eva Magyarosi, "Récits privés", du 7 au 17 février 2019.