gruyeresuisse

27/02/2020

Alex Hanimann : le même en l'autre

Hanniman.pngAlex Hanimann, "Same But Different", FRAC Grand-Large, Hauts de France, du 16 février au 26 avril 2020.en collaboration avec le Kunstmuseum St Gall (Suisse) et la Villa Merkel à Esslingen (Allemagne) et le soutien de Pro Helvetia.

hanniman 3.pngAlex Hanimann transpose les principes de la photographie dans différents médiums - vidéos, sculptures, peintures ou installations - pour mieux percevoir les nuances et les écarts entre les images, la réalité et ce qui en cette dernière échappe.Tout joue ici entre diverses oppositions : noir et blanc, positif et lnégatif, visible et invisible, champ et hors champ, nommable et inommable.

hanniman 2.pngL'artiste suisse retient des images qui sont des extraits ou des essences de gestes, d’histoires et de souvenirs. Au besoin par le numérique il traffique la trame et la nature des images.Surgit tout un jeu de flipper entre ce que l'on croit voire et ce que l'on projette. L'artiste propose une attraction prégnante et sourdement provocante. A la candeur des images toutes faites répondent une émotion et une perception profondes. Elles se fondent sur équilibre parfait entre formes et sens selon une dualité qui ramène à l’ambiguïté essentielle de toute image.

hanniman 4.pngNulle «littérature» en cela mais de la poésie pure par la conjonction de la photographie et ses nouveaux états. S’y respire un lointain proche. Non sans froideur le réel échappe à l’attraction terrestre. L’artiste emprisonne moins qu’il ne délivre entre capture et liberté, embrassement et syncope, symétries et perspectives. Tout se joue dans le champ de l’ambivalence. Et si le corps a cédé place à son illusion, un mensonge inédit est capable de dire la vérité. Nous ne possédons l’image. Elle nous possède.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/02/2020

Les clartés fuyantes de Doïna Vieru

Vieru.jpgDoïna Vieru tente de venir à bout de l'écriture du désastre - chère à Maurice Blanchot - à travers des dessins de  déconstruction et de ravinement par le fusain, l'encre, l'acrylique blanche. Les matrices premières où les mots deviennent illisibles sont soumis à un brassage tellurique -  érotiquement implicite - là où la loi du père est remis en cause puisque les mots ne peuvent plus servir de re-pères..

 

 

Vieru 2.jpgLe geste seul parle dans sa puissance et un brouhaha visuel. Il oblige l’artiste à une reprise et une insistance là où le féminin de l’être se joint à sa force phallique confisquée par les mâles. La densité devient de la sorte ailée. A la perte fait place reprise dans des mouvements qui déplacent les signes. Ce qui tient du culturel ou du social est dépassé au sein d'un travail de persistance qui emporte toute notion de renoncement.

 

Vieru 3.pngLa curiosité et l’émerveillement prennent corps là où « la règle est celle de l’absence de règles, ce qui constitue la règle suprême. » (Shitao). L'artiste fait sienne là où le dessin oblige l'artiste à "une dépuration et une assurance du trait dont la peinture n’a pas besoin" écrit-elle. Mais néanmoins par son aspect premier (un enfant dessine avant d'écrire) cet art primitif crée ce qui peut tenir face aux décréations en cours. La souverainieté du "rien" devient la poésie de l'espace. Elle joue de l'extinction, de la biffure tout en luttant contre la perte et le renoncement par un dédoublement. Il sort de certains mirages pour créer un lieu de métamorphoses aux clartés fuyantes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Doïna Vieru, "Re-écriture du désastre", Galerie de Nesle Paris, à partir du 20 février 2020.

 

29/01/2020

Michel Falempin : descente aux enfers et fièvre de cheval

 

Falempin.jpgMichel Falempin, "Affaires de genres & autres pièces de fantaisies", Co-édition, Héros-Limites, Genève et Eric Pesty Editeur Marseille, 174 p., 18 E., 2020.

Michel Falempin est tel qu'il est et qu'il se rêve. Ou plutôt tel qu'il est rêvé par ses propres songes (rarement creux). Son aura, il la traîne là où le "falot personnage" s'élargit au sein d'hypothèses douteuses jusqu'au stade olympique d'errant qui n'a rien à faire soulever aux portefaix  de la pensée  pyrrhonienne. Exit les subterfuges fussent-ils rationalistes : Falempin ne mange pas de ce pain là  ni d'ailleurs de la brioche hegelienne. A ce prix il préfèrerait élever des chiens.

Falempin 2.pngL'auteur cause ainsi sa perte et cela lui va plutôt bien. Il garde un côté cervantien et dantesque. Etre cavalier à la triste figure lui convient car face aux Zoro-astres de  la platitude il ne dilapide pas l'écriture en affirmant des vérités générales qui n'engagent personne. L'auteur ne se fait pas pour autant humiliant humilié. Il avance mais avec souci de l'espèce dont il est un des membres. Habité comme eux, de ce qui se nomme - faute de mieux - péché originel. Et pas forcément original.

Falempin 3.pngSon texte à l'inverse l'est indubitablement. D'autant que l'auteur ne craint pas de s'engager dans ses spirales souterraines et autres aventures nocturnes où la trivialité répugne ou émeut, c'est selon, dans la traversée de l'Achéron des genres. Les effets de conscience pointent parfois "sous la modalité du faîte alpestre" sans pour autant que le lobbying des hauteurs n'ait une quelconque prise sur le monde de nos abîmes sans nom. Si bien que cette "catabase" est à lire en urgence. Ceux qui savent ce que le beau mot de littérature cache, s'ouvrent à cette ciné-cure intime et fantasmagorique où le don quichotte monte moins sur sa "rassinante" Rossinante que sur les roux seins d'une femme qui hante des "pièces" propices à la disjonction des circonstances.

Jean-Paul Gavard-Perret