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11/02/2018

Carla Sutera Sardo : les rêveuses

 Carla-Sutera-Sardo 2.jpgDans « Fable » Carla Sutera Sardo met en scène des rêveuses plongées dans le silence de la nature et ce dans des abîmes complexes, furtifs et « fun » entre réalité et imaginaire. La photographe cultive la liberté de mélanger de façon poétique diverses sources et situation. Elle donne ainsi une vision naturelle mais aussi décalée du monde. Son travail traverse des situations les plus variées selon une vision, atypique et prégnante.

Carla-Sutera-Sardo 3.jpgL’artiste crée des œuvres surprenantes sans avoir (ou presque) besoin de retoucher ce qu’elle scénarise. L’art pour autant ne bascule jamais dans l’à-peu-près. Tout est réglé afin que les femmes dérangent l'ordre subrepticement. Elles se transforment au besoin en fées ou se cachent en jouant pour faire peur à Freud et aux phallocrates hystériques.

Carla-Sutera-Sardo.jpgTrouvant de quoi assouvir partout leur besoin de soins, elles se dégagent du monde en devenant cigales et poursuivent des rêves éveillés en des situations qui échappent à toute classification. La photographe transforme le réel en contes – pas forcément immoraux. Ni ceux de la promise vierge au soir des noces et dont l'époux prend la fleur. Les images deviennent une suite de relances. L'artiste y cherche moins à comprendre ce qu'elle voit et ce qui se passe dans le monde (où souvent la femme est réduite à un objet) qu’à créer des utopies où cette dernière se repose, s’amuse.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/02/2018

David Lynch et les languides

Lynch 2.jpgLa Fondation Cartier publie un superbe livre d’une centaine de photographies en noir et blanc et en couleur des nus de David Lynch. Ces clichés sont parfaitement conforme aux visions que révèlent "Twin Peaks" et "Mulholland Drive" (entre autres). Comme toujours l’auteur joue de l’érotisme et d’une forme d’abstraction entre humour et glamour.

Lynch 3.jpgJamais d’outrage dans de telles prises. Même si la proximité est des plus prégnantes Jamais de mépris, de dégoût, de violence mais la fascination pour le corps féminin là où la vieille dépendance de l’homme à son double ne fait jamais défaut. Chez Lynch les femmes le savent et elles en jouent en créant un lien ravageur à la dépendance tacite et délicieuse.

 

Lynch.jpgContrairement à ce qui se passe dans les films du créateur ; le désir est déconnecté de la peur. D’autant que les égéries l’attisent plus qu’elles ne l’éprouvent elles-mêmes. La femme reste chez Lynch l’Eve de la Bible : d’une certaine manière la première « coupable ». Pas question pour autant de pousser plus loin l’ « analyse ». Le charme ne fait que commencer à dévoiler ce qu’il ensemence. Les corps nus mais relativement cachés restent d’une certaine manière « invisibles » selon cette perspective chère à Lynch : le voyage du désir est toujours un déplacement vers l’étrange ou l’étranger. Hypnos est au cœur d’Eros.

Jean-Paul Gavard-Perret

David Lynch, « Nudes », Fondation Cartier pour l’art contemporain, 2018, 55€

 

 

20/12/2017

Voyage, voyage : Lasse Kusk

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Lasse Kusk est un photographe allemand installé à Tokyo. Il vient de créer une série envoûtante et inquiétante dans une salle de bains d’un hôtel de Tokyo avec un modèle (Nabe). Le photographe crée avec elle un étrange dialogue amoureux un rien S.M.. L’image glisse le long du ventre, remonte, découvre une peau diaphane.

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Parfois le corps sous plastique ou cellophane fait masse presque cadavérique. Parfois l’image s’enroule autour du buste ou plonge face à la baignoire et au modèle poussée à une forme d’écoeurement. Des frissons semblent hérisser sa peau. L’angoisse est toujours présente au sein de cette cérémonie secrète.

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Les organes semblent répertoriés entre photos anthropologiques et poésie. Si bien que ce que Kusk remet en jeu s’inscrit toujours sous le sceau du doute. Mais le photographe sait faire éclater de petites unités d’émoi. D’où cette glissade de l'inconnue vers l'inconnu. Sans grand espoir de salut là où néanmoins le désir n’est jamais loin. Demeurent - au sein des couleurs froides - des failles. Font-elles partie du corps, de la narration ou de l’image ?

Jean-Paul Gavard-Perret