gruyeresuisse

19/04/2018

Le « tachisme » de Daniel Orson Ybarra

ybarra2.jpgDaniel Orson Ybarra, « Lightmotiv », à l'Espace Schilling, Neuchâtel, à partir du 9 avril 2018.

Né à Montevideo, Daniel Orson Ybarra a passé son enfance en Uruguay et vit entre Genève et Barcelone depuis près de 30 ans. Il a exposé en Espagne, au Mexique, en France et en Suisse. « Lightmotiv » présente son travail récent. La nature y est une nouvelle fois présente mais selon un tachisme monochrome, dans une large de palette d’émeraude, de rouge, de bleu – manière pour le défenseur des océans de se concentrer sur le caractère infini de l'eau en y insérant différents types d’indices et de nuances.

ybarra.jpgLe monde n’est jamais montré sous forme réaliste. Tout est éclaté de manière presque abstraite, colorée et selon diverses fragmentations. Chaque toile est là pour créer des émotions, ses atmosphères par confettis de lumière. La végétation est donc déconstruite en gammes chromatiques où tout se recompose en explosion de particules où semble vibrer le vivant. Il est aussi dépouillé qu’en suspension en des principes d'harmonie fluide où microcosme et macrocosme  ne font qu’un tant l’hallucination perceptive devient le fruit d’une chimie et d’une physique hors de ses gonds en un effet de filtres mystérieux et poétiques.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/04/2018

Stéphanie Quérité au pied du mur

Quetite.pngDans tout livre il s’agit de savoir qui « parle ». Et ce qui se parle au sein de la langue et dans la confrontation aux autres langues. Il convient en plus de s’interroger de quoi toutes les langues répondent dans leur génie comme dans leur impuissance là où la souveraineté du sujet reste problématique.

L’objet de « L’Hésitation » est d’en trouver les indices pour savoir comment un corps mort se transforme en bouée du même nom. Dans ce but le livre s’emplit de multiples couches : l’auteure se jette dedans, dehors, en un retour, un revenir, un ressentir pour atteindre un double qui ramène à soi-même. Et ce même s’il existe toujours vis-à-vis de soi et des autres une distance qui vient forcément nourrir les fantasmes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphanie Quérité, « L’hésitation », coll. « Les carnets du noctambule », Editions Marie Delarbre, Grignan, 2018, 21 E..

24/03/2018

Astrid Chaffringeon et Claire Morel : les oursins dans le caviar

Chaffringeon.pngIl est des régions où l'on vient a priori jouir du bonheur de vivre dans des paysages édéniques. Mais c'est là où les choses se gâtent. Tout est possible. Même le pire. Et Astrid Chaffringeon le dénonce - avec l'aide des dessins superbes et métaphoriques de Claire Morel et dans un roman politique - une volonté liberticide de pouvoirs politiques, immobiliers, maffieux qui se moquent de l'humain.

Entre pleins et déliés l'auteur choisit une radicalisation pour dénoncer les jeux de dupes qui font le bonheur des profiteurs. Avec son écriture précise, descriptive, l'auteure dénonce la réalité du monde tel qu'il est au sein de magouilles. Elles ne sont pas propres à la Corse. Mais le lieu devient une sorte de microcosme d'un mal plus général des sociétés. L'anéantissement de la plus élémentaire justice  et du respect de l'humain au nom d'intérêts répugnants.

Chaffringeon 3.pngPour ceux qui créent implicitement la mort d'un monde, il n'existe néanmoins pas d'oursins dans leur caviar. Sans cornes et oreilles pointues ils sont "actés" par des motivations qui s'arrêtent à leur pure satisfaction sous forme le monnaie (c'est peu dire) rarement trébuchante dans leurs poches. Leurs intérêts sont meurtriers mais ils en ont cure. Ils ignorent les communautés (ilotes ou non) mais s'ils s'en servent parfois pour se chauffer la gorge comme leur propre planche à billets.

Jean-Paul Gavard-Perret

Astrid Chaffringeon et Claire Morel, « Chambre avec vue », Editions EDL (Eléments de langage), Bruxelles, 2018.