gruyeresuisse

01/03/2019

La vie dans les plis : Sylvie Aflalo-Haberberg

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Les plis des robes des personnages de Sylvie Aflalo-Haberberg leur servent de doublure puisque leur dedans est victime d'un dehors. Celui de l'absent(e). La photographe ne tente pas de le démasquer mais par aporie il n'est que plus présent. Chaque héroïne devient une patiente victime d'un mal d'amour dont la créatrice souligne les accrocs.

 

 

 

Aberberg.jpgElle montre combien tout rapport à l'autre comme à soi reste un rapport à la fois de de force (mouvement) et de faiblesse (fixation) et combien il n'y a pas de rapport à soi qui ne dérive du rapport avec les autres en soi. L'oeuvre n'apprend rien sur eux surtout lorsque l'affect pour ceux-ci est impossible et qu'en leur nom les femmes ne peuvent avancer - et même dévêtues - qu'en se cachant.

 

Aberberg 2.jpgLa seule visibilité de la photographie n'est donc pas ce qu'elle montre mais voile. Il existe moins de l'image, que du langage. Un langage séparé de l'autre comme il coupe le voyeur de l'objet de ses fantasmes. Au "que puis-je savoir de l'autre, que puis-je en énoncer, que puis-je en faire ?" se superposent trois autres questions : "Que puis-je, Que sais-je ? Que suis-je". C'est là l'horizon de l'oeuvre et sa sidération. Celle d'une altérité à la fois criante et remisée. L'autre  lointain, devient intérieur, son "surpli" fait partie du costume (ou ce qui en reste) de celles qui ne cherchent pas forcément à lui en tailler un. Entrent-elles en rédition ou restent-elles en désir ? 

Jean-Paul Gavard-Perrret

Sylvie Aflalo-Haberberg, "Tu me vois", En vente Librairie Tschann, 125 bld Montparnasse, Paris VI et mail : sylvie.haberberg@wanadoo.fr

John Berger : histoire de la peinture

Berger BON.jpgAvant ses essais de critique d’art dont "Voir le Voir" où s’élabore une conception matérialiste de la vision, ses textes sur le monde rural, la contribution en tant que scénariste aux films d’Alain Tanner ("La Salamandre", "Le Milieu du Monde", "Jonas"), sa fiction qui lui permit d'obtenir le Booker Prize ("G"), puis "King", le roman d’un SDF raconté par son chien ou encore des recueils comme "Fidèle au rendez-vous", l'écrivain dans "Un peintre de notre temps" montrait déjà tout son engagement.

Il est enfin réédité. Le personnage est un peintre hongrois à l’époque stalinienne qui s'exile à Londres. Travaillant sur son projet, John Berger avait déclaré ne pas savoir si son livre serait considéré comme un essai, un roman, un traité, un cauchemar tant le critique d’art, le romancier et l’essayiste sont indissociables chez l’auteur.

Dans ce roman le héros Jonas Levin disparaît. Le mystère de cette disparition le lecteur va le comprendre en lisant le journal du peintre. Celui-ci est "doublé" par la voix de John, son ami et admirateur. Leurs deux voix se complètent à travers la passé et le présent de l'écrivain, l'évolution de ses travaux et celle du temps. L'artiste tente de justifier son rôle de peintre et de l’exploitation à laquelle il est soumis.

Berger 3.jpgCette double voix touchent donc une plaie commune en effet de "repons". Le texte est concentré sur cette vie que le peintre comme son biographe sait qu’il va la perdre. Ici la connaissance de soi s'accompagne de celle du monde et répond à la question : et vous vous savez ce qu'il en est de la peinture ? C'est ce qui  en fait sa richesse là où l'artiste se retrouve "la tête couronnée dans une mine de charbon".

Jean-Paul Gavard-Perret

John Berger, "Un peintre de notre temps", traduction de Fanchita Gonzales Battle, L'Atlier Contemporain, Strasbourg, 224 p., 25 E., 2019.

21/02/2019

Agnès Jouhandeaux : comme si. Comme ça.

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Proche dans l'esprit de photographes tels que Erwin Olaf, Vivianne Sassen, Kasia Bielska, Agnès Jouhanndeaux joue avec la lumière, les récits et les mythes sans chercher à imiter des styles mais en cultivant son propre langage ironique. Médée se déchaîne et la mémoire latine s'enrichit d'une modalité inédite.

 

 

 

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La photographie devient la mémoire de ce qui n'a pas été montré "comme ça" jusqu'ici. L'artiste s'intéresse par l'imaginaire et ses reprises à la promesse plus qu'à l'acquis des mythes. Surgit un monde étrange où tout ce qui s’est en allé dans le temps semble revenir mais de manière obviée. La femme sort de derrières ses fagots cités et joue au besoin les "gigolotes" rigolotes.

 

 

 

AgnesJouhandeaux 3.jpgFin et commencement, dehors et dedans coexistent, comme superposés et présents dans une même vibration. En l’œuvre tout commence ou recommence, inlassablement. L’intime du presque nu se fait discret par effet de superpositions ironisées. Tout se passe comme si l’artiste entretenait avec son travail une immense vénération et une formidable dérision.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Agnès Jouhandeaux, "Mythologie", Galerie la Fontaine Obscure, Aix en Provence, du 5 au 23 février 2019.