gruyeresuisse

05/09/2021

Bruno Krebs : allers et retours

Krebs.jpgMême si le virus qui saisit le monde de l'aventureux est autrement plus acerbe que le Covid. Le poète déplace les lignes de fuite en une succes­sion de moments entre dérision et déraison. Se conjuguent entre les vivants et les morts, bien des légendes. Elles roulent leurs chimères dans les aiguillages de l’insomnie.
 
Le burlesque est le meilleur contre-poison à cette épopée fantasmagorique où l'amour lui-même qui n'est pourtant pas traité à la va vite peut être parfois renvoyé à une plaisanterie de derrière bien des fagots. Le tout au nom du Père qui n'est hélas plus aux cieux mais continue à embrigader le marmot marmottant en un jeu de dédoublement où le monde dis­paru méta­mor­phose le vivant. Mais la langue de Krebs trouent toujours  fantasmes et réalité d'un délice pervers.
 
Krebs 2.jpgSur les îles les plus éloignées, les mots se chu­chotent dans l’écume de leur plage. Le lec­teur entend les accords dans le chant des sirènes, il écoute gémir les grands voiliers et les radeaux qui craquent entre gorgones ou succubes. Elles volent le trident de Nep­tune et les cordes au pos­sible. En leurs improbables vies et contre-vies les personnages agissent en divers mensonges. Ils sont indus et impurs, insolubles et ignés là où quelquefois le mal et le mâle agissent sans l'avoir voulu pour disjoindre les causes de leurs effets.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Bruno Krebs, "Styx", coll. "Littérature", L'Atelier Contemporain, Strasbourg, 2021, 296 p., 20 E..

29/08/2021

Jambistes unis

Ruth.jpgFini la pose, haro superflu. Foutriquet me dis-je car je me doigt à ma promise. A deux nous serons une fois de plus vieux tigres de guère, oiseaux bécasses, hirondelles rasantes,  bas cygnes au trognon blanc de hures plus que de plumes. T'honorer de tant de vilaines pensées qui finissent en boulemimine. Gloire aux nuées, gares aux écailles. A foison dans ta toison pour une ablumition. Au drap, audace,  se taper une bonne tranche de jambons  tandis que nos jambes fidèles comme des cœurs s'ouvrent ou se tendent c'est selon. Oh mon océane., fais que je te fasse comme le taureau à la vache au Léon. Que je sois couturier de vieille dame avant que Dieu me damne. Enfant j'étais si sombre que je ne connus jamais la pâmoison. Mais désormais nous souterons comme gars de la sardine à Oléron. Oui je permets que tu me bénisses tandis que je remise mon dernier jeton. C'est tombal et velouté. C'est volupté. Valseur valsant pour l'allegro à perpétuité, allez gros ! Allez Ruth à bagage ! Grelot, grelot. Je suis le Petit Robin de ton fourré, le Robinson de ton vendredi maigre. Il me faut souquer, sabrer, conjuguer, m'ensevelir et mastiquer. Admire, admire, Princesse et pince moi encore pour savoir si je rêve. Il y a si longtemps qu'en vieux Poil de Carotte  je n'ai pas roux coulé. Réinventons le corps quoique sans âge. Comme des ambitieux soyons notre propre songe. Qu'importe nos phrases incomplètes et nos musiques inachevées.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

24/08/2021

Jean-Luc Godard : cinéma et littérature

Godard.jpgIl y a belle lurette que le cinéma ne reçoit plus le réel. Même dans le documentaire il se scénarise en objet sous ordre d'un "sujet" pouvoir ou finance.  C'est pourquoi JLG est toujours sorti d'un cinéma comme "une prostituée qui défend son honneur en disant : pas sur la bouche". Et cela dès 1965 où il commence à créer sa propre structure de production. Dès lors : que défend Godard ? Il répond "j'en sais rien mais c'est pour cela que je fais des films". Ses "histoires" du cinéma fascinent sans doute pour ça là où tout s'est fait peu à peu "philosophiquement" dit-il.
 
Godard 3.jpgPour lui le vrai cinéaste est un homme de lettre (en parie) et un animal. Il répond aux attaques des prédateurs en ayant toujours souci de s'évader pour refaire le cinéma, parfois sans scénario car pour JLG souvent le scénario est l'ennemi du cinéma. Ce qui crée un bémol nécessaire entre littérature et cinéma. Le scénario dans sa dictature s'éloigne de l'image. Il faut donc revenir à Niepce et aux frères Lumières pour laisser libre l'image non néanmoins sans mise en scène.
 
Godard 2.jpgPour JLG dans le cinéma existe aussi de la peinture : abstraite (Mondrian) mais sans que la littérature s'en empare au moment où dans sa vieillesse l'artiste s'intéresse à l'électronique et le relief comme si pour lui ce qu'il aimait était que l'écran ne soit plus plat. Il faut donc mettre des bémols à la "littératurisation" du cinéma. Sinon à savoir comment se fabrique l'écriture non dans la tête mais à travers les machines qui  la produisent parce que  JLG veut avoir "le dernier mot".
 
Godard 4.jpgFace à une critique qui ne parle plus du cinéma mais qui ne fait que donner son avis, JLG crée pour justement reparler du cinéma. Et aussi de l'amour qui reste sous-jacent à son oeuvre. Elle remonte à l'enfance. Mais  il n'en parle jamais. Il en fait des images. Impressionnistes et belles :  "One plus One" ou ses dernières expérimentations dont "Eloge de l'amour" et "Livre d'images". Pour l'enfance  il faut toujours revenir au "France, tour, détour, deux enfants ". Personne n'a fait mieux. Là où plus que jamais son cinéma privilégia le filmique au scénario qui souvent n'a rien à dire que "de la littérature pour écran".
 
Jean-Paul Gavard-Perret