gruyeresuisse

26/09/2017

Ilya Bukowski : poulpe fiction

Klepchenko 1.jpgAvec le top model Maria Klepchenko, Ilya Bukowski crée des images publicitaires mais bien plus. Un monde « sea, sex and sun » » est plein de chaleur et de marges de clairs-obscurs. Au corps se mêle le plus souvent en une lisière indécise le poulpe. Existe aussi des piments (ce qui pourrait sembler une redondance), des coquillages et parfois des bananes transformées en armes afin que la métaphore fruitée se retourne contre elle-même. Les ondes érotiques restent comme le modèle en une zone de flux et de reflux. Chaque photo mixe l’état d’éveil et de rêve là où les femmes semblent saisies d’une langueur ineffable.

Klepchenko 2.jpgLe voyeur y est soumis au piège des images, à leurs labyrinthes plus qu’à leurs évidences. Il est lui-même emporté à l’hôtel des songes. Tout demeure pourtant impénétrable. Chaque femme est prisonnière consentante de son propre « jeu ». Une inquiétude demeure présente. Comment l’apaiser ? Ce que le poulpe tient écarté mord en sourdine. L’image n’a rien d’une ombre passagère. Elle rapproche et éloigne. Et les éléments rapportés font figure de transfert plus ou moins symbolique. Souvent peu aguichant le mollusque n’a rien ici d’un suaire. Il caresse et sédimente celle qui, à genoux dans le sable ou telle Vénus retournant à la mer, va se mêler à l’ambre de certains « caches à l’eau ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

20:15 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Là où la lumière respire - Ann Loubert

Loubert bon.jpgAnn Loubert, exposition, Numaga, Colombier du 23 septembre au 29 octobre 2017.

De l’œuvre d’Ann Loubert naissent de multiples épanouissements et florescences au sein d’une sensualité prégnante mais discrète. Elle est suggérée par un impressionnisme minimalisme entre le tumulte et le vide. L’intime se dit au sein de l’infime. La lumière respire.

Se crée contre le chaos et la nuit ce qui relie l’intérieur à l’extérieur en un vêtement de lumière. L’univers est contenu dans de simples taches de couleurs et des lignes capables de retrouver une « note » perdue.

Loubert 3.jpgTout redevient geste inaugural, se rapproche de l’indicible. Un rythme jaillit d’un geste souple et précis. D’infimes silences bâtissent l’espace. La sensation glisse ou nage en une éloquence insidieuse et douce. Sur leurs tiges des fleurs jouissent, suspendues dans l’écume blanche du support.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/09/2017

Allison Rufrano : Fantômes que fantômes

Allison Rufrano.jpgAllison Rufrano fait appel à une méthode d'exploration originale en concentrant tout son effort sur l'image de l’invisible auquel elle donne sinon un corps du moins une forme « sans formes ». L’artiste rode dans la périphérie de l’existence ou ce qu’il en reste. Demeure, des êtres potentiels, les suaires et leurs plis en une chute hors du temps là où l’absence grandit et ronge tout.

 

 

 

Allison Rufrano 2.jpgNéanmoins, dans un fondu dans la lumière du noir, une extase fantomatique suit son cours là où l'Imaginaire semble se retourner contre lui-même. L’image perd progressivement le contact avec les êtres (en se concentrant sur eux par l’absence de toute diégèse) pour signifier leur absence. Les fantômes eux-mêmes disparaissent progressivement pour ne laisser place - dans la scénographie de leur effondrement - qu’à leur suaire cérémonial exposé à une lumière intense.

 

Allison Rufrano 3.jpgTout s'enlise dans la stagnation d’une chute finale. Mais l’épiphanie visuelle prend toutefois une vibration paradoxale. Elle révèle, à l’être et de lui, l'illusion de la puissance. La captation identitaire est effacée : ne demeure qu’un drap immaculé. Il appartient à ceux qui le portent avant d’en être retiré. La seule présence reste les stigmates physiques du plus grand des sommeils. Il signe la disparition non seulement de l’être mais de son fantôme au sein de prises aussi lumineuses que sourdes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Allison Rufrano, « Visibility Invisible », Soho Gallery, New-York, 2017.