gruyeresuisse

06/01/2016

Sarah Carp : l’image la plus nue

 

Jaunin Carp.jpgFrançoise Jaunin, « Petits récits de l’intemporel » Conversation avec Sarah Carp, art&fiction éditions, Lausanne 2016.

(Publication éditée dans le cadre des Rencontres arts et sciences de l’Espace CHUV. Postface de Caroline de Watteville).  

Produisant des images de l’intime Sarah Carp ne les offre pas selon les attendus traditionnels mais sous divers types de vignettes propres à susciter la modification du quotidien. La nature et les êtres sont les sujets de narrations photographiques dans lesquelles l’imaginaire du regardeur ne cesse d’être sollicité. Le monde dur de l’hôpital comme les paysages lacustres permettent à l’artiste d’exprimer ses obsessions récurrentes (l’attention aux autres) et ses émotions. Entre micro-reportages et poèmes optiques la photographe reste toujours en retrait. Néanmoins son monde s’impose par les accumulations de ses petits riens : ses « nonnulle » de l’italien occultés trop vite mais que Sarah Carp sait retenir.

Carp.jpgFrançoise Jaunin a poussé l’artiste à abandonner pour un temps son Rolleiflex pour la faire parler avec pudeur, tendresse, légèreté et gravité. Elle a par exemple entouré d’images la longue maladie de son frère pour l’accompagner et lui apporter des bouquets d’existence. Mots et clichés respirent de la même délicatesse sans fards. Sarah Carp sait que créer est tout « sauf faire la pintade ». L’image est une « parole » murmurée qui refuse le fétichisme ou la crudité. L’approche est donc de l’ordre de l’écharpe de soie, de la caresse émouvante. L’artiste n’y cherche pas le besoin de s'affirmer mais de témoigner de l’existence. La photographie divise l’espace mais sans séparer à l’inverse elle unit sans fusionner. Entre dicible et indicible, visible et invisible, les images éloignent du mensonge ou de l’illusion. Carp 2.jpgEt Françoise Jaunin parvient à faire dire à l’artiste comment elle sait atteindre l’image la plus nue et non à la trop simple nudité. Preuve une fois de plus que la plus simple image n’est jamais simple. Elle demande avant tout à être habitée.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

10:48 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

29/12/2015

Les travelos d’Hercule : Zorka Project

 

 

 

Z.jpgMonika Redzisz et Monika Berezecka forment le Zorka Project. Leurs photos créent souvent à travers le portrait des ponts entre les genres ou entre les générations. Mère, fille, grand-mère deviennent les sujets de narrations. Ils demeurent néanmoins énigmatiques même si l’état de semi nudité des modèles parlent de l’évolution des corps quel qu’en soit sa nature  masculine, féminine, trans ou queer. Z 3.jpg

Z 2.jpgLes deux artistes ne se réfèrent jamais seulement à un motif du passé. Les « accouplements » (maternels le plus souvent) créent une annexion performative. Il semble vouloir donner un qualificatif au « tel(le) que je me connais », même si les sujets ne se le posent pas forcément. La traversée du temps par les rapprochements familiaux ou de communauté présente des reprises formelles d’une image personnelle et collective. L’originale - par celle qui la suit ou l’annonce - souligne la transformation physique et ouvre à une sorte d’abîme par comparaison L’œuvre questionne aussi, par sa reconstitution, les rapports générationnels et ceux des photographes avec leurs modèles.

Jean-Paul Gavard-Perret

07:45 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

27/12/2015

Frédérique Pottier : Mademoiselle sans le blues

 

 

 

Pottier 3.jpgFrédérique Pottier est une photographe discrète. Adepte des jeux entre le vrai et le faux, elle invente des mises en scène de la nudité et de l’intime. Il s’agit d’atteindre des lieux où le monde se Pottier 2.jpgtransforme en fiction et la fiction en réalité afin d’empêcher le grande jour de tomber sur la perception et sur les représentations de la psyché féminine rendue à elle-même. De telles propositions répondent au désir de rester dans la nuit  à jouer sous la lune au théâtre des ombres.

 

Pottier 2.jpgCe travail permet de combattre le faux ou tout au moins d’aider à faire un certain tri au sein d'une certaine solitude au moyen de l’ombre de présences allusives hors champ. Les Pottier 4.pngimages telles que les propose Frédérique Pottier sont le contraires de ce que Lacan nomma des « re-pères mélancoliques» garantes de la répétition de la loi d’une interprétation à l’identique. A l’inverse, ici, dans ces miroirs plus qu’étranges, photographe et modèles ne cherchent pas à donner un réconfort aux croyances. Elles sont tordues afin que nos représentations gagnent en souplesse par le génie du lieu que propose Frédérique Pottier.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Site de l’artiste : http://www.mesdemoiselles.book.fr/