gruyeresuisse

27/05/2017

Trop de corps, pas assez : Caroline Fahey


Fahey.jpgA travers sa propre expérience existentielle et sa puissance photographique, dans sa série « Silver Linin », Caroline Fahey scénarise son rapport compliqué avec son corps obèse. Elle le et se photographie frontalement dans son lit, sa salle de bains ou des piscines d’hôtels afin de retrouver un rapport plus positif avec ses lourdes formes. Chaque prise devient un moment de confidence. L’artiste invente des stratagèmes afin d’estomper ses rondeurs et redevenir une Vénus botticellienne qui sortirait de l’eau en acquérant plus de confiance en elle. L’espace reste une cuirasse où elle se montre et se cache.

Fahey2.jpgHormis la photographie, il n’existe sans doute rien de vraiment profond, de vraiment juste dans le rapport que l’artiste entretient avec son réel. Mais en même temps, l’art reste fort peu de chose : à savoir une vanité. Le tout est de tenir les deux vérités en même temps : la photographie est tout et rien. Pour Caroline Fahey à la fois il est impossible de s’en passer et elle doit s’en passer. Ce paradoxe fait œuvre. L’artiste travaille avec comme avec son corps pour se retrouver et se donner une existence, le tout dans une cruauté plus ou moins enjouée de se savoir écartelée entre sérieux et farce et espérée devenir une enchanteresse belle en cuisses, conscient du trop d’un côté et du peu de l’autre.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/05/2017

Ben Hopper : des photos aux poils

Hopper.pngRefusant de considérer comme belle une femme uniquement si elle est épilée, Ben Hopper présente ses modèles les bras levés afin de voir ce que les photos de mode désormais ignorent. Cette vision qui satisfera les Femen et plus largement les féministes. A la prise de force d’un érotisme aseptisé le photographe propose une première fêlure tout en créant une acuité sensorielle accrue, une montée de température.

 

 

Hopper bon.jpgPar l’assouplissement programmé des articulations de leurs bras, actrices et modèles sont totalement conquises et délivrées par leur nouveau rôle et la série d’indices que les mises en scènes et leur faisceau énergétique produisent. Ben Hopper prend sur lui de considérer principes, repères, acquis comme des quasi-hérésies. On lui en sait gré pour le plaisir que cela crée au moment où se et réanime des logiques visuelles oubliées.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.therealbenhopper.com/Projects/Natural-Beauty, 2017.

Les « comédies » optiques de Milton Greene

Milton Green 4.jpegLes photographies de Milton Green intriguent, déroutent, amusent, émeuvent par la manière dont le photographe américain approche son modèle face à la lentille de son Rolleiflex en jouant avec la lumière et l’espace. Ses oeuvres déclenchent une réaction presque instinctive de plaisir mais tout autant de recul. Elles rappellent d’autres images qui nourrissent notre imaginaire. Le photographe s’en nourrit : il les métamorphose pour leur donner un nouveau sens.

Milton Green 2.jpgMilton Greene a fait ses classes auprès d’un pionnier de la photographie : Elliot Elisofen maître de la composition, puis est devenue l’assistant de la photographe de mode Louise Dahl-Wolf. Très vite ses photos paraissent dans Life, Look, Harper’s Bazaar, Town & Country et Vogue. Chaque narration ou portrait sexy du photographe convoque, presque malgré nous, une foule de « clichés », au double sens de « photographies » et de « stéréotypes ».Mais l’artiste reprend ces images flottantes pour constituent d’autres « clichés » plus intelligents, perfides, sidérants.

Milton Green 3.jpgSous l’aspect globalement lisse et séduisant de ses photographies aux poses un peu surjouées jaillissent souvent des détails transforment complètement notre perception de la photographie. Un regard plus attentif nous apprend que l’ « objet » que nous croyons voir suggère un autre. Si bien que l’appareil photo devient une arme - apparemment inoffensive - mais qui entretient des connivences avec l’arme à feu. Certes elle ne tue pas : elle fait l’inverse : elle cicatrise par divers types d’opérations - entendons ouvertures. De tels portraits n’ont rien de sinistres. Bien au contraire. Ce sont des farces mais pas du bluff : Marilyn en fut souvent la victime consentante et l’égérie absolue de Greene.

Jean-Paul Gavard-Perret

Milton H. Greene, « Women », Museum of Art, Arlington, Texas, Du 13 mai au 6 août 2017