gruyeresuisse

21/09/2019

Transports de Fanny Gagliardini

Gagliardini bon.jpgFanny Gagliardini, "Dedans Dehors Dehors Dedans", Orangerie du Chateau de Voltaire, Ferney-Voltaire, du 26 au 28 septembre 2019.

 

N'ayant pas - et à juste titre - décroché de certaines avancées du siècle dernier (comme celle de "support/surface"), Fanny Gagliardini crée  des féeries impressionnantes selon une forme d'abstraction qui n'est pas forcément au service d'une métaphysique mais à la recherche de formes géométriques.

Fanny Gagliardini 2.pngL’anonymat est décliné sous aspects de structures en pans, fragments voire parfois coupures.  Les oeuvres créent une énergie paradoxalement festive à la fois dans ce que l'artiste nomme "un opéra de lumière" ce qui n'empêche en rien à cet art de "penser".

 

 

Gagliardini 3.jpgLa puissance immobile, épurée est chargée de silence. Tout suggère un équilibre où le jeu du lointain fait celui de la proximité. L'oeuvre est dégagée de facticité aguicheuse ou de pure « façade ». L’imaginaire graphique permet de franchir des seuils et reste au service de rapports complexes. Masses et ruptures de plans font que les structures et leur contexte se regardent et se complètent. L’espace y devient temps. Temps non pulsé mais à l’indéniable force suggestive.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/09/2019

Mahtola Wittmer : le distinct et de l'oscillant.

Wittmer.jpg"Caravan 3/2019 ; Mahtola Wittmer", Aargauer Kunsthaus, Aarau du 1er septembre au 27 octobre 2019.

Après avoir fêté son 10e anniversaire, la série d’expositions de jeunes artistes suisses se poursuit. CARAVAN offre au public l’occasion de faire des rencontres surprenantes dans les murs de l’Aargauer Kunsthaus. Entre autre avec une des artistes suisses les plus originales : Mahtola Wittmer.

Wittmer 3.jpgDotée d'une curiosité, d'une activité intellectuelle et d'une énergie hors du commun, libre dans sa tête donc dans ses choix la créatrice le cherche jamais des passages en force. Sa stratégie est plus subtile et par une sorte de discrétion, d'humour, de persuasion incisives contre tous types de trucages souvent commis au nom de l'art.

Wittmer 2.jpgSachant que celui-ci engage dans un plus juste regard, sa façon d'aborder les images se distinguent des mots d'ordre basiques et fragmentaires. La créatrice crée divers types de rappels pour souligner que le monde crève à la fois du manque d'amour, d'humour, d'attention. Chacune de ses approche joue à la fois du distinct et de l'oscillant. Implicitement existe un renversement du pouvoir masculin abusif et la superficialité des représentations dites de charme. A ce titre Mahtola Wittmer est une artiste engagée mais non de manière idéoliquement étriquée par des interventions qui n'ont rien de passives et gardent le mérite d'être toujours constructive.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/09/2019

Josephine Sacabo et les guérisseuses

Sacabo.jpgArtiste engagée Josephine Sacabo sait aussi se laisser aller vers des visions poétiques en rien amères. Le corps de la femme (et parfois des fleurs) devient la source d'une vision sophistiquée et délicieusement surannée là où l'éclairage en demi teinte crée une lumière enveloppante. Elle mène vers une profondeur qui semble rester close et irreprésentable. Pourtant il y a le miracle des prises qui l'ouvre jusqu'à la chair dans ce qui tient d'une chambre des illusions du voyeur puisque l'intimité du secret est préservée.

Sacabo 3.jpgLa photographe crée sa propre «Recherche du temps perdu». Surgit la promesse d'un autre horizon à la fois plastique et existentiel. Les images offrent un temps pour la mémoire un autre pour la réflexion. C'est pourquoi ici l’image ne se vide jamais de sa substance et permet de ranimer celles qui sont réduites à l’état de fantômes

 

 

Sacabo 2.jpgChaque photo est moins un faire part qu’un faire corps au sein d’une révolte contre l’oubli et l'incompréhension. La photographe exhume un petit traité de sagesse et de beauté presque hors temps sans ostentation et de manière elliptique. Chaque épreuve trouble le regard par une sorte de minimalisme où des délices suaves surgissent d'étranges fleurs nées d’une source d’inspiration ici discrètement militante. C’est une manière de lutter contre le temps et de forcer l’imagination du spectateur à imaginer autrement voire "mieux".

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Josephine Sacabo, "Moments of beings, A Gallery for Fine Arts", La Nouvelle Orleans, Chartes St., du 3 octobre 2019 au 4 jenvier 2020, "Structures of reverie", Luna Press, 2019, 60 p..