gruyeresuisse

22/06/2017

Saintes et Saints de Gabrielle Jarzynski

 

Jarzinsky.jpegLes saintes cultivent des pâmoisons particulières. Leur adoration fracasse et monte à l’assaut du « Lui » ou du « Toi ». Mais il arrive qu’elle appelle des vœux moins pieux et semble se tromper de cible. Bref - et si l’on préfère - la grotte évoquée ici n’est pas celle de Lourdes. Le tout est de disparaître dedans « au creux du ventre dans le ventre ».

Certes Gabrielle (qui n’est pas un ange) Jarzynski sait qu’une telle adoration n’est pas forcément la bonne. Face à son miroir elle s’en confesse avant qu’il ne se transforme. Peu à peu elle y voit moins elle que l’autre. Elle n’a Dieu que pour lui. L’adoration mystique mi raisin devient un fruit à qui hurle famine. L’adoratrice n’est pas la dernière a réclamer l’ut du rut.

Jarzinsky 2.jpegPrincesse de glaive, elle a plus de vulve que de cœur. D’une certaine manière il faut que ça saigne là où la poésie devient calligramme. Et la créatrice rappelle qu’il existe toujours de belles surprises dans une belle personne. C’est à la fois féroce et poétique. Les abattis sont marqués d’étoiles de mer qui ne finissent pas forcément en queues de poisson. Tout un peuple intérieur chevauche les belles. Les Madame Edwarda de Bataille ne sont ici ni putes, ni soumise : elles trouent les surfaces de réparation des miroirs pour y trouver la grâce.

Jean-Paul Gavard-Perret


Gabrielle Jarzynski et Eric Demelis, « Un miroir », 2017, Atelier Gabrielle Jarzynski.

21/06/2017

Claire Nicole : hommage

Leporello.jpgClaire Nicole (collage) et Christiane Tricoit (poème), « Chambre avec vue », Editions Couleurs d’encre, Lausanne, 2017, 33 FS.

Claire Nicole à travers son leporello offre un bel hommage à Christiane Tricoit récemment disparue. Plus que mémoire, l’artiste fabrique du présent et transmet de sensations en proposant des équivalences plastiques au poème. Le texte vit à travers ce prisme visuel : l’inquiétude s’y transforme en fraîcheur de cime en une sorte de subtile évaporation.

Emerge un jeu d’écume loin de toute banalité simplement descriptive et dans un bain d’oxygénation selon un « répons » entre deux femmes et créatrices exigeantes qui s’appréciaient beaucoup. Plus qu’en abstraction et sensorialité, le paysage se déploie hors banalité et dans des formes qui ralentissent astucieusement la lecture vers l’intérieur d’une rhétorique polyphonique et une forme de hantise de l’air et du temps. Au moment où une page se ferme Claire Nicole lui redonne du souffle.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/06/2017

Caroline Mesquita : Formless Thing

Machine.jpgCaroline Mesquita, “L’engin”, collectives Rats, à l'Indiana, Vevey, du 25 juin au 26 juillet 2017.

Quittant les figures anthropomorphiques Caroline Mesquita fait - à Vevey et grâce à son étrange machine molle et dure à la fois- planer le doute sur la fonctionnalité de cette dernière. Pliant, chauffant les plaques d’acier l’artiste propose une représentation sensible et mentale où la « chose » est loin d’être claire. Preuve que Didi-Hubermann a raison lorsqu’il affirme : «ce que nous voyons se mesure toujours à ce qui nous regarde».

Machine 2.jpgL’artiste pénètre l’équivoque de l’œuvre d’art. Partant de l’imitare (ce que l’image imite, reproduit) elle va vers l’imago (ce que cette re-production produit). Elle utilise pour cela ses soudures selon déclinaisons, trompe l’œil, etc. afin d’explorer et de tordre le double champ de l'image : l'icône (ce qui est semblable à son modèle) et l'idole (ce qui reproduit la forme des choses).

Caroline Mesquita prouve qu’entre les deux il y a un pas et une passe. L'artiste propose une différence capitale au rapport qu’entretient le visible à l'invisible. L'idole arrête le regard, le sature de visibilité. L'icône laisse advenir l'invisible dont elle procède. Existe entre les deux l'introduction du voyeur au voyant, de la feinte de proximité à l’éloignement.

Jean-Paul Gavard-Perret