gruyeresuisse

02/09/2017

Elise Gagnebin de Bons : quand les images titubent

Gagnebin.jpgElise Gagnebin-de Bons, « Strong Premium », Collectif « Rats », Indiana, Vevey du 9 au 24 septembre 2017.

 

Elise Gagnebin-de-Bons crée différentes associations et s’intéresse - au-delà de la pure plasticité « officielle » - à la musique, à des phénomènes connexes et des signes ignorés du quotidien qu’elle sait repérer. Pour les faire apparaître la plasticienne crée ses propres montages et codes en utilisant au besoin images tierces et objets. D’où la haute teneur en degré de sa « Strong Premium » qui emprunte aux brasseurs le nom de son exposition. S’y retrouve sa capacité de mixage à forte toxicité afin de créer une instabilité foncière par effet de bandes et de sarabandes.

Gagnebin 2.jpgLa Lausannoise installe l’art dans l'instabilité. Elle casse la probabilité des images d’assistance pour un nouveau niveau de perception du réel parfois à la limite du visible. Il est saisi parfois comme par défaut ou au bout d’une : "sempiternelle pénombre" (Beckett). Aux potentialités d'ouverture d'un monde, l’artiste préfère celles un anti-monde et ce n'est pas la tâche la plus facile. Car ce travail d'épuisement requiert un effort titanesque à l'opposé de toute faiblesse plastique. Il s’agit de bien de viser pour réussir l'accomplissement d’objectifs où la valeur de l’image est remise en jeu

Jean-Paul Gavard-Perret

18:44 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

01/09/2017

Marie-Claude Gardel et Suzanne Kasser : des mille-feuilles remplis d'air

Kasser 2.png« L’Athanor » : Suzanne Kasser, « dessins », Marie-Claude Gardel, « Estampes », Galerie Impasse du Phoenix, Lausanne, du 8 au 24 septembre 2017.

 

 

 

 

 

Gardel.jpgAprès l’exposition « Support papier » (et son succès) au début de l’été, la Galerie Impasse du Phoenix renouvelle et élargit ce projet avec Suzanne Kasser et Marie-Claude Gardel. Les œuvres sur papier s’enrichissent d’objets et d’éléments sources d’inspiration des deux créatrices. Suzanne Kasser poursuit ses interrogations sur les conditions d’existence de l’art sans le mouler dans le canon des références. Ses créations sont des gestes poétiques tout comme ceux de Marie-Claude Gardel. Le noir dans les deux cas offre divers types d’incendies des formes. La gravure et l’estampe, jouant au besoin de l’accident des tirages, devient un lieu de recherche, d’investigation et de paramétrage où se rompt volontairement une certaine perfection pour créer un élargissement de la perception face à l’inconnu.

 

Kasser.jpegL’univers s’ouvre en taches et lignes selon de nouvelles associations là où des « coutures » craquent. Si bien que le regard est devant une beauté non truquée où – légères - les formes ressemblent parfois à des mille feuilles remplis d’air là où le noir n’est jamais froid ou compact. Sans goût pour un fixatif absolu, le graphite et l’encre se répandent loin de l’ombre et selon des destinations précises et imprécises à la fois entre goudron et neige là où l’art se dégage de ses frusques de bure, pour que la vie ne se ratatine pas mais opte pour respiration plus libre.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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31/08/2017

Andreas Kressig : aujourd’hui et demain

Gressig.jpgAndreas Kressig, « Le Grand Bonheur », Andata-Ritorno, Genève 14 septembre - 30 octobre 2017

C’est maintenant chose acquise : l’homme n’est que le réseau manquant entre l’animal et le robot. Ce n’est pas beaucoup, mais le mérite de l’humain est de se contenter de peu, sauf bien sûr pour ceux qui constituent le haut du panier. Du côté de la Silicone Valley ils remplacent la raison en réseau. Si bien que notre haute tension passe au rayon des objets surannés. Andreas Kressing s’en amuse en mitonnant nos alter égaux en sorte d’ombres plus ou moins chinoises dont la théâtralité n’a rien de romantique.

Gressig 3.jpgLes personnages sont néanmoins de bonnes pâtes. Ils sont prêts à faire l’amour au nom d’une « fraternité » que l’artiste instaure. Elle esquisse ses farces sans forcément des oraisons sous les draps. Ce n’est pas pour autant qu’il faille s’en arracher les cheveux même si des bras débordent.

Le corps semble souvent une surface réparation mais reste soumis à une chaleur chauffée à blanc. Il est en mutation et en immigration vers un autre état. Est-il déjà un survivant aux traits passés ou l’ébauche d’une nouvelle marginalité ? Andreas Kressig ne s’en préoccupe pas. Il continue sa création selon une rythmique particulière. Les gestes s’y font forcément lents dans la fixité des images. S’y éprouvent l’amour et l’abandon. Bref non seulement nous sommes à la frontière de qui nous fûmes mais de qui nous devenons. La vie remue. D’où le titre enjoué de l’exposition.

Jean-Paul Gavard-Perret