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28/03/2016

Archives du corps : Barbara Polla

 

Polla.jpgBarbara Polla, « vingt-cinq os plus l’astragale », coll. Sushlarry, art&fiction, Lausanne, 2016

 

Avec « Vingt-cinq os plus l’astragale » Barbara Polla poursuit sa quête du désir et du corps de l’autre sans faire abstraction des ombres et de la mort qui plane (et est parfois déjà venue). Refusant tout renoncement amoureux, acceptant (parfois) une certaine soumission l’auteure sort le corps de ses silences à travers diverses traversées. Néanmoins nulle algarade, nul mot plus haut que l'autre mais l’impertinence, la lucidité et l’humour. Il est inutile à la créatrice de jouer la chanteuse lyrique et danseuse. La voix et le corps ne s'y prêtent pas. Seule l’écriture font ce que les autres arts ne parviennent pas à dire, montrer, entendre.


Polla 2.jpgBarbara Polla repousse l’amour en costume empoussiéré du bout d'un manche de pelle : nait l'image d'une nuée. Manière pour chaque partenaire d’effleurer le ciel ou toucher le fond de la mer. L’auteure ne cherche pas forcément la distance mais son « je » suggère l'espace qui dépare les vies. Preuve que l’écriture reste le moyen de se décentrer pour mieux se concentrer. Se retrouvent ici - si l’on veut jouer les réminiscences cinématographiques - les frissons humides du « Stalker » de Tarkovski, ça et là une sensation de malaise de « Persona » de Bergman, l’émotion muette de « Dolls » de Takeshi Kitano ou les évocations plus distanciées des films d’Hayao Miyazaki.


Dans tous les textes existe un bol invisible. La parole est l'art de placer des mots adéquats en celui-ci et d'en sortir d'autres. La conversation amoureuse devient conversion sur une carte particulière du tendre. Il en reste toujours quelque chose de nos rêves - hommes ou femmes qu’importe. Il suffit comme l’auteur d’être une entêtée. Mais - et cela est important - sans oublier le "reste" du corps.


Jean-Paul Gavard-Perret

Les « éthernelles » de Dana Hoey


DANA BON.pngDana Hoey, « Uncanny Energy », Grand Palais, Avenue Winston Churchill, 75008, Paris et Genève, à partir du 5 avril 2016, Analix Forever.

 

Chaque émissaire féminine de Dana Hoey propose une charge. Les couples deviennent des attelages particuliers. Tout portrait fait souche dans l’air par énergie douce mais provocatrice. La photographe propose des ressemblances décalées, des discordances augurales dans lesquelles l’homme n’est plus le maître et où l’érotisme n’est plus conjugué au profit du masculin.


Dana.jpgExiste tout un travail de pointe pour remettre à sa juste place celle du phallus. Parfois réduit à un os à ronger il est foudroyé avec légèreté, humour et aporie. Les femmes deviennent des éphémères d’un nouveau genre : elles appellent au futur ou à l’ « éthernité ».


Dana 2.jpgL’opacité qui est signe du réel. Celui-ci est traversé par la femme pour qu’il s’incarne à sa main contre la violence qui lui est faite et pour le désir qu'elle revendique. L’artiste transpose les pièces détachées du corps féminin pour les remonter autrement. Elle secoue les négatifs du temps passé non pour les colorer mais les charpenter afin que la femme ne soit plus vue seulement les yeux « bandés ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/03/2016

Scotchante mais jamais collante : rencontre avec Eugénie Fauny

 

 

Fauny 3.jpgEugénie Fauny, par effet de bandes accorde un savoir « séparatif »  aux images. Le Scotch par sa capacité non à cacher mais à déplacer le regard propose suspens et écharpes. Les plans offrent ce que Lacan dans un de ses nombreux glissements de mots nomma « un regard à mère par effet poisson » mais surtout un plaisir visuel coloré, drôle et poétique. Les bandes charpentent une nouvelle émotion, de nouvelles sensations perceptives.

 

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Ma fille de six mois qui réclame son biberon et les bruits sur le plancher des pas de mon fils de quinze qui se prépare pour aller à l’école.

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Toujours présents ! Je suis une grande enfant. ;)

 

A quoi avez-vous renoncé ? A une partie de ma famille.

 

D’où venez-vous ? De St Lô dans la Manche , nommée la capitale des ruines car ville détruite pendant la guerre et reconstruite ensuite. Un peu comme moi !

 

Qu'avez-vous reçu en dot ? Mon prénom Eugénie qui veut dire bien née.

 

Un petit plaisir - quotidien ou non ? J’en ai plusieurs ! .. Je vais dire le plus sage : Prendre un moment avec ma fille Madeleine sur les genoux pour regarder les oiseaux  manger le pain que je leur donne.

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? C’est que moi je suis complètement scotchée !! ;)

 

Fauny 2.jpgQuelle est la première image qui vous interpella ? L’image du livre Le ballon Rouge d’Albert Lamorisse. J’avais environ 7 ans. Il me faisait rêvé ce ballon rouge ..

 

Et votre première lecture ? Première lecture marquante pour moi fut le livre d’Anne Franck … Un choc !

 

Comment définiriez-vous votre approche de vos collages "scotchant" ? 

Sauvage et pulsionnel.

 

Quelles musiques écoutez-vous ? Je suis une grande mélomane, impossible pour moi de vivre sans musique. J’écoute beaucoup de styles différents. J’aime la musique classique, la chanson française, la pop anglaise, le rock & roll, le jazz, et la musique afro américaine…

 

Quel est le livre que vous aimez relire ? Le livre posé sur la table que j’utilise pour scotcher .. « Les Fleurs du mal »  de Charles Baudelaire. Il est d’ailleurs aujourd’hui devenu presque illisible car il est passé à plusieurs reprises sous les rouleaux de mon scotch. Il faut que j’en achète un nouveau !

 

Quel film vous fait pleurer ? Le dernier fut « Mommy » j’ai pleuré comme une Madeleine..

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Je vois une femme qui a déjà bien vécu ;) mais qui à encore beaucoup de choses à réaliser… Pourvu que la vie me donne tout le temps possible …

 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? A personne… Quand j’ai envie d’écrire à quelqu’un je le fais.

 

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Paris bien sur ! Ma ville durant 18 ans. ;)

 

Fauny.jpgQuels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ? Wolman, Warhol, Leger, Rimbaud, Proust, Duchamp.

 

 

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Une grand-mère pour mes enfants.

 

Que défendez-vous ? Les droits de l’enfant. Protégeons nos gosses !

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?  Comment peut-on donner quelque chose qu’on n’a pas ?  Cette phrase n’a pas de sens !

 

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Vous pouvez répéter la question ?

 

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? Aucune. C’est bien assez comme ça !

 

Interview et présentation : Jean-Paul Gavard-Perret le 27 mars 2015.

 

 

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