gruyeresuisse

02/04/2016

Roxana Casareski et la danse des formes – Aperti X

 

Casareski 2.jpgRoxana Casareski, Aperti Lausanne, 16-17 avril 2016.


C’est parce que la peinture est en décadence depuis l’âge des cavernes qu’elle a paradoxalement et toujours quelque chose d’intéressant à montrer. Elle ne se fie qu’aux yeux et reste un démenti à sa propre théorie. Celle-ci s’adapte à l’aventure de la première - jamais l’inverse. Et Roxana Casareski moins qu’une autre se plie à la théorie. Son aventure reste toujours la même : lutter à l’intérieur des formes pour en sortir et atteindre la certitude de les empoigner entre le sens et le silence en restant sans doute à ce “ stade enfantin ” qui faisait si peur à Breton. Toutefois limiter l’artiste lausannoise d’adoption à une telle posture serait des plus sommaires.

Casareski.jpgSe refusant à parler des choses du réel, l’artiste leur donne liberté et envol. Car la simple figuration de telles choses ne serait qu’un bâillon. Dans une telle peinture ne se retrouvent plus nos idées, nos clichés. Nous sommes en face de ce qui nous échappe. Ces peintures de rêve font donc le ménage. Les formes en circulations libres, leurs intersections, leurs chorégraphies colorées échappent à une vision délétère du monde. Roxana Casareski opte pour une légèreté moqueuse, allègre. Le désordre formel prend toujours de revers les formalismes. L’abstraction est très particulière ; exit le clair-obscur car tout rayonne au sein d’une peinture qui est le mouvement immobile capable de donner au silence sa beauté de ciel bleu, mais d'un bleu terrestre plus que marin.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/04/2016

Même caché le visage s'illumine – Anne Voeffray


Veoffray 2.jpgAnne Voeffray, « Aperti X », Lausanne, avril 2016


L’autoportrait chez Anne Voeffray est toujours développé sous l’effet de l’écharpe, du voile, d’une « salissure » picturale programmée. Le geste parfait n’est plus seulement celui de la pose, de la prise mais de sa mise en forme définitive. La présence sensuelle joue de l'hallucination, du trouble de la traçabilité dans des tons de suie, de l’halètement du blanc et parfois en des jeux de couleurs.


Veoffray 3.jpgL'autoportrait offre autant la séparation que le rapprochement. Si bien que la déperdition perceptive instruit un jeu complexe entre le vide et l'évidence. L'a-jour réservé au voile se charge d'émotion ou d'interrogation par un effet de suspension qui distille néanmoins un rayonnement. Les paupières du regardeur s’ouvrent au "blêmissement" dans les limbes d'un corps qui (peut-être) se cherche lui-même.


Veoffray.jpgExistent autant une métaphorisation qu’une littéralité. L’intimité est interrogée au plus profond. Cache-t-elle « l’origine du monde » ? Non. L’artiste suggère plutôt la quête d'une identité à jamais perdue puisque cachée. Et en une époque où un érotisme sophistiqué (faussement) tient le haut du pavé, l'artiste rappelle que la féminité peut caresser (si l’on peut dire) d'autres ambitions là où se soudent l’invisible au visible, l’évidence au secret.


Jean-Paul Gavard-Perret

30/03/2016

Portrait de l’artiste en Scarface : Karoline Schreiber

 

Schreiber.jpg« Karoline Schreiber avec Anders Guggisberg », Centre Culturel Suisse de Paris, Performance, le 1er avril 2016.


Atteint d'un mal étrange Karoline Schreiber brûle de tous les feux du dessin. Elle a un brasier dans ses doigts. Le nourrissant de brindilles ses flammes s’attisent pour des bûchers où les bonnes intentions ou du moins la bonne morale se réduisent à néant. L’artiste dessine tout. Elle l’a prouvé dans le même lieu il y a quelques temps en dessinant des anus…


Schreiber 2.jpgAux saints Karoline Schreiber préfèrent les seins et ceux qui les palpent comme des poulpes. Dans le jardin de sa création les êtres se livrent donc à des passions coupables et cherchent des appuis chez Arrabal et autres irréguliers ou extatiques de l’image. Il n’y a donc rien à faire que de se laisser glisser dans l’enfer pendant que l’artiste le dessine. Mais on peut le définir autant comme « paradis dionysiaque ». Pas question d’en sortir. La parade est permanente dans les zones de non droit de cette Tony Soprano d’un nouveau genre.


Jean-Paul Gavard-Perret