gruyeresuisse

22/06/2018

Johanna Simon-Deblon : autoportraits (enfin presque)

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Photographe de mode indépendante, Johanna Simon-Deblon poursuit en parallèle des séries plus intimes. « 13 » en fait partie et se compose en majorité d’autoportraits d’un genre particulier car partiellement cachés : l’identité et la féminité y sont interrogées dans le passage de l’adolescence vers l’âge adulte.

 

 

 

 

 

johanna-simon-deblon 2.jpgL’artiste propose pour suggérer l’ambiguïté et l’incertitude de l’accession à soi une symbolique (fleur/femme, images claires / images sombres) où tout s’organise entre tension et douceur. Existent à la fois humour et gravité, légèreté et profondeur.

 

 

johanna-simon-deblon 3.jpgDans la suite de la série « Split » ; « 13 » prolonge le jeu entre ce qui se donne et ce qui demeure caché. L’autofiction prend l’aspect du dédoublement de la propre image de l’artiste. Preuve que le « je » peut-être aussi un autre. Fixant l’intime de la post puberté l’artiste joue aussi sur le passage des saisons afin de renouer avec la question du cycle féminin - visualisé parfois sous l’angle du sang ou de sa couleur qui tranche sur une pâleur habilement programmée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Johanna Simon-Deblon, Abbaye de Tonnerre, du 22 juin au 30 juillet 2018.

21/06/2018

Just Loomis : derrière le rideau

Loomis 2.pngNé en 1957 au Nevada, Just Loomis a commencé sa carrière à Milan en 1983. L’éditeur et galeriste Sozzani lui confie sa première histoire de la mode pour « Vogue Sposa ». L’artiste découvre le monde du « back stage » et la révélation des secrets de la beauté. Il saisit les modèles non en pose mais lorsqu’elles se préparent afin de capter la beauté en "fermentation".

Loomis.pngLoomis quitte ensuite l’Italie pour New York où il travaille de manière régulière pour « Harper’s Bazaar » et « New York Times magazine ». En parallèle il poursuit un travail personnel. Ce nouveau livre (impressionnant) devient une sorte de monographie de ses travaux majeurs. Le monde de la mode se transforme soudain en secrets aux couleurs intenses venues d'un surgissement intempestif. L'image crée un seuil visuel particulier et permet de franchir un miroir. Des flammes restent de glace mais des neiges se transforment en brasier. Des fragments d’éphémère permettent d’imaginer. Beaucoup.

Jean-Paul Gavard-Perret

Just Loomis, « Backstage », Hatje Cantz, Berlin, 2018, 28 p., 50 E.

20/06/2018

Géométrie de la femme dans l’espace : Reine Paradis

reine-paradis2.jpgDans « Midnight » la nuit de Reine Paradis est américaine. D’où ce bleu qui se marie au jaune citron au sein de dérives et narrations ludiques, symboliques - peut-être - et surréalistes - certainement - dans une Californie urbaine ou désertique L’univers est comme toujours chez l’artiste géométrique et poétique. Le réel est pimenté de fantasmes.

reine-paradis.jpgLes scènes sont construites selon un imaginaire quasi conceptuel. Tout est méticuleusement structuré (couleurs, accessoires, costumes) avec humour. L’univers devient fantasmagorique et demeure une énigme là où pourtant le réel semble saisi de manière brute. La lumière coule sur lui dans une intensité de couleurs violente. L’héroïne habillée (légèrement) de jaune - il remplace de rouge d’autres séries- « claque » visuellement sur le bleu du ciel et dans divers types de mouvements et de prises.

reine-paradis4.jpgLe spectateur ne peut qu’être émerveillé par une beauté insaisissable et éphémère. Elle forme l'archétype de la féminité dégagée de tout poncif. Ce que la photographie évoque est dynamique, drôle et magnifié par la présence d’une sirène émoustillante et émoustillée par ses propres farces. Elle se moque du réel et soudain la Californie devient une fête. La photographie lui emboîte le pas.

Jean-Paul Gavard-Perret

Reine Paradis, « Midnight », galerie Avenue des Art, Los Angeles, du 23 juin au 30 juillet 2018.