gruyeresuisse

03/06/2016

Féeries glacées de Lou Sarda


Lou Sarda 3.jpgMontée autour de l’héroïne shakespearienne, avec une sélection d’œuvres en grands et petits formats, l’exposition propose de glisser dans l’intimité de cette femme mythique sublime et tragique, depuis les portes de son palais jusqu’à sa dérive dans la rivière qui termine son existence et où le regard du voyeur lui-même se noie.


Lou Sarda 2.jpgChaque prise n’indique pas vraiment le lieu du corps : l’artiste l’expose en énigmes en pratiquant de manière obviée le dogme chrétien de la Révélation. La figuration est autant sous la surface que dessus. La visibilité est à l’état liquide au moment où l’image par immersion se tord et prend un caractère féerique et tendrement érotique.

 

Lou Sarda 4.jpgLe charme s’arme de nouveaux arcs. Grain, cadrage serré et décalé, couleurs éteintes offrent un regard différent sur la femme et l’amour. L’artiste invente des scénographies subtiles et s’amuse avec le fétichisme qu’elle met en scène selon un principe esthétique simple : l’appareil photographique aime son modèle, ce dernier doit non seulement la séduire mais – métaphoriquement - lui faire l’amour.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lou Sarda « Ophelia », galerie l’œil Ouvert, 9-26 juin, 2016.

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31/05/2016

Barbara Iweins : que d’eau


Iweins BON.jpgLa série « Bath » contrecarre l’idée proustienne que « la réalité ne se forme que dans la mémoire ». Elle surgit en effet autant dans des instants de répit. Le bain décante le réel, met à nu non seulement le corps, le vu, l’incarné mais les fibres de la sensibilité soumises à l’épreuve de l’image et ce qu’elle engage dans une histoire qui soudain prend un caractère autant anecdotique que métaphorique. Le tout dans l’osmose particulière de l’eau et du corps.

Iweins2.pngL’artiste dilue les habituels monstration du corps. Celui-ci suscite la sérénité là où la photographe ménage des errements, des intransigeances ou des omissions par des décalages ironiques. L’œuvre met à nu sans déflorer : le désirable est juste effleuré.

 

 

 

Iwens bon 3.jpgLa femme devient sirène. Elle s’amuse de ses voyeurs. Son corps surgit de lui-même comme une image au-delà de l'image, une image cherchant le sens de la Présence. Mais plus besoin d’un Dieu. La venue de la photographe suffit. Elle garde le pouvoir mystérieux de transformer le nu en une vision naturaliste et décalée pour un exercice de béatitude. Et si le corps photographié reste désirable aucune offensive n’est possible face à lui. C’est d’ailleurs ce dont Barthes rêvait pour la photographie érotique. Selon lui le désir a nécessairement un objet mais il convient à un artiste de ne pas en faire un objet.


Jean-Paul Gavard-Perret


Barbara Iweins, « Bath », Atelier Relief, Bruxelles, 12 mai – 10 juin.

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27/05/2016

Dorothy Iannone l’impénitente “pornographe”

 


Iannone 3.jpgDorothy Iannone, « The Story Of Bern (Or) Showing Colors + The (Ta)Rot Pack + A Cookbook”, du 3 juin au 10 juilllet 2016, Centre Culturel Suisse, Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

Iannone.jpgDepuis le début des années 1960, Dorothy Iannone développe une œuvre subversive, féministe et politiquement incorrecte. Peintures, dessins, collages, sculptures, vidéos et livres d’artistes mêlent mythologie et autobiographie dans un langage coloré et hybride. Le CCS présente  les 70 dessins de « The Story Of Bern (1970), récit illustré sur la censure subie par l’artiste lors de l’exposition collective « Freunde » à la Kunsthalle de Berne, et le facsimilé de The (Ta)Rot Pack (1968-69 / 2016), un jeu de tarots qui évoque sa relation avec l’artiste zurichois Dieter Roth.

Iannone 2.jpgPour Dorothy Iannone la différence entre la pornographie et l'art est simple : l’'art se contemple indéfiniment qu’il suffit de jeter qu'un coup d'œil à la pornographie avant de la laisser. L’artiste retrace la tension entre éros et thanatos, le rêve et la réalité. La pulsion de désir. S’y révèle l’intensité physiologique traitée avec drôlerie. Sans attitude morale, ni jugement la créatrice ouvre la perception pour mettre en porte à faux notre assurance et notre suffisance pour rendre la situation de voyeur inconfortable. Comme toujours lorsque de nouveaux regards sont sollicités, un univers riche se fait jour. Saisie par un sentiment d’implication totale l’artiste est elle-même prisonnière consentante de ses images pour mettre en exergue les corps. Ses œuvres sont des farces mais surtout des actes de résistance.

Jean-Paul Gavard-Perret