gruyeresuisse

25/10/2016

La Clandestine : Suspension Regina

Suspensio.pngPour Suspensio Regina création et destruction ne se conçoivent pas l’une sans l’autre. L’artiste découd à sa main le passé pour le recoudre contre l’état d’une société abattue et dont les acteurs de la pensée, de la culture et de l’art restent moins en interaction avec le monde tel qu’il est qu’en contemplation.

Suspensio 2.pngL’acte créateur devient fondamentalement « politique » dans la mesure où il est l’initiation par la femme de conduites qui n’ont rien de rétrécies ou de brouillardeuses. L’artiste revendique un « do it yourself », émet des propositions imprévues qui éloignent des idées confuses, des peurs hagardes.

 

Suspension 3 bon.pngBref elle tient tête à la vie, aux hommes en créant des courants parfaitement tendres et féminins. Ils renouent avec un fascinant original. Face à l’histoire de l’humanité qui a fait subir aux femmes le joug de forces inconscientes ou trop conscientes, elle apprend à vivre par-devers la ruine, dans l’espoir d’une sérénité. Elle refuse les existences recroquevillées et uniquement pour soi. Si bien que quelque chose avance dans son œuvre d’horizon pour les passagères et les passagers de la Terre.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/10/2016

Tatiana Shvetsova-Yaperova : quand les fantômes sortent des murs

 

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Existe dans les photographies de TatianaShvetsova-Yaperova la splendeur de l’intime à travers de longs soirs. La femme s’y cherche au long de corridors sombres, s’y retrouve dans des clartés indécises de candélabres. Les nus ne sont jamais saisis en pleine lumière. Ils ressentent comme une peur ou l’euphorie de la découverte, Restent le trouble délicieux des vagues à l’âme et des incertitudes et peut être le regret d’être seule : « A quoi bon, sans toi au bout des mains ? » semblent dire celle qui traîne peut-être un souvenir en elle, comme un cadavre. Elles espèrent qu’un fantôme sorte des murs.

Shvetsova.jpgL’amour peut donc s’user. Mais pas forcément le désir. Tels des bourgeons les corps s’épanouissent mais dans la peur que les roses jamais ne s’effeuillent. Tatiana Shvetsova-Yaperova explore en conséquence les possibilités d’angoisse de séduction des rapports humains mais loin d’un couplage quelque peu gluant, voire étouffant. Et tout compte fait il existe des femmes non faites pour ça, elles restent dans la solitude intégrale. Mais leur corps sait encore pratiquer le coup du charme. Il crée pratique des piqûres de rappel. Mais pour quel résultat ?

Jean-Paul Gavard-Perret

 

19/10/2016

Zabu Wahlen : un violon sur le toit du monde


Wahlen.jpgZabu Wahlen, « Roulent leurs eaux à contretemps », art&fiction, coll. Re:Pacific, Lausanne, 256 pages, 2016, CHF 45 / € 30

Zabu Wahlen après avoir enseigné la littérature a opté - tout en continuant à écrire - pour les arts plastiques (tissages, installations entre autre). Sa correspondance de collages avec le peintre Olivier Charles a donné lieu à un superbe livre publié chez le même éditeur en 2008. Dans son dernier livre l’auteure entrecroise deux carnets : celui de William Ritter (1867-1955), père spirituel de Le Corbusier (elle a découvert le manuscrit aux archives littéraires à Berne) et celui de Victorine, son « double ». Le carnet de Ritter rapporte son voyage de 1893 en compagnie d'un prince serbe depuis le nord de l'Albanie jusqu'à Thessalonique. Quant à Victorine elle traverse les Balkans pour trouver un maître de violon capable de lui ouvrir les portes de la musique traditionnelle de cette région. Elle est aidée d'Idilic son ange gardien avec lequel elle passe de ratages en découvertes.

Wahlen 2.jpgA travers ses deux histoires (l’une vraie, l’autre « inventée ») nées de la même recherche d'un maître musical,  Zabu Wahlen accepte le sensible comme source première de l’intuition et de la connaissance. Elle affirme tout autant la force de l’art que de la littérature. Les deux sont fertilisés par des savoirs dont l’origine se perd dans une quasi nuit des temps. Cette double histoire permet en outre la clarification du langage qui est, selon Wittgenstein, isomorphe au monde. Aux pensums logomachiques font place, à travers ces deux carnets, des phrases simples, de courtes propositions pour agencer des arguments. La réduction de la dimension des éléments de pensée facilite leur manipulation et leur contradiction tout en assurant une construction solide de deux éléments épars/disjoints afin d’en réduire les risques de rupture sémantique que pourrait induire l’épreuve et l’écart des temps.

Jean-Paul Gavard-Perret