gruyeresuisse

29/08/2017

Amélie Bertrand : le privilège de la forme

Bertrand 2.jpgAu sein même de ce qui ressemble à la ruine il n’existe plus d’abîme. Amélie Bertrand les redresse, y insère tractions et poussées. Vagues fixes et ramifications proliférantes fascinent par la manière dont l’artiste les « stylise ». Surgit une matière de jouissance, une émotion intense par emmêlements organisés de convergences. Le partage ne se fait plus entre l’ombre et la lumière ni entre le dehors et le dedans mais entre des éléments qui se rapprochent sans se fondre même si leur place n’est pas la « bonne ».

Bertrand.jpgLa fixité est trompeuse dans un tel mariage là où le terme de matrice reprend tout son sens. L’artiste ne croit pas à la spontanéité du geste. Elle travaille beaucoup. Elle détruit sa facilité. Avec un côté Matisse dans son émerveillement. Et toujours l’intensité. Ne subsiste que l’essentiel. Il fait la marque de fabrique d’une œuvre dont le formalisme est un piège subtil. Une intimité naît à la faveur des recoupements. Les courbes, les arêtes, les ravins, les promontoires créent des intimités où il y a toujours connaître, à découvrir. Certains peuvent y perdre pied comme d’autres le perdent dans l’amour. L’ordinaire devient extraordinaire par transposition en d’étranges tropismes.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/08/2017

Nathaly Petrova : book-in des effeuillées roses

Petrova.jpgEntre l’idéal et le réel, entre l’imagination et la sensation, Nathaly Petrova crée comme unique point de jonction du monde les morceaux de corps féminins. Ils deviennent symboles et substances. Entre le mythe et le réalisme surgissent l’éros et son exaltation en une éternité éphémère. Les biquettes au besoin deviennent bouc-innés. L’extase se savoure par découpes selon des capitonnages et parfois des décapitations puisque un crâne shakespearien traîne sur une tablette.

Petrova 2.jpgPréférant la petite mort le corps est soumis au dynamisme de la caresse dans des alcôves aux confins du réel entre ordre et « désordre » et en de silencieuses cérémonies secrètes. Une fièvre particulière s’enracine pour le temps des amours et des aventures comme chantait Françoise Hardy lorsqu’elle était naïve. La femme n’est plus une femme mais une suite d’évènements insolubles selon un sentiment qui prend sa source dans la peur de l’impénétrabilité de tout ce qui n’est pas chose mentale...

Petrova 3.jpgLe mystère et la beauté du féminin emprunte des tournures obliques. L’amour y semble un délire gymnique comparable à celui qui fait croire que l’azur du ciel est immense et rond. Dans cet univers trouble, décalé, humoristique, et même dans une certaine gravité la femme n’est jamais maussade. Du moins pas plus que la lune dans les poèmes de Reverdy.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/08/2017

Le grand jeu de Charlotte Herzig


herzig 2.pngCharlotte Herzig, « Hits and Misses », Bartschi, Genève, à partir du 31 aout 2017.

La peinture et la lithographie sont les médiums majeurs de Charlotte Herzig. Elle mélange dans ces deux processus le noir et le blanc comme les couleurs.
Les fleurs, les figures géométriques deviennent parfois des moyens de répéter le même geste ou plutôt de le faire varier afin que le contexte soit vu différemment en une sorte de « grand jeu » à la Daumal qu’elle développe parfois avec Andreas Hochuli comme pour « il frutto dentro di me » ou avec diverses collaborations.

herzig.pngL’artiste aime utiliser divers rappels de couleurs en des stratégies ludiques. Certains éléments demeurent néanmoins parfois isolés. D’où cette constellation de travaux influencés par ce dont l’artiste pense au moment où elle peint avant de se focaliser sur un sujet précis. L’objectif est de créer une atmosphère dans lequel le spectateur peut s’inclure au milieu des murs et au sein de paysages qui peuvent rappeler ceux où l’artiste a grandi. Enthousiasme, improvisation, mais aussi travail restent les maîtres mots d’une telle œuvre pleine d’alacrité. Au milieu du bleu turquoise, du violet ou de teintes plus acides, la peinture propose une chorégraphie visuelle, une suite de mouvements qui ravissent le regard par leur harmonie et leur mouvement.

Jean-Paul Gavard-Perret
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