gruyeresuisse

29/11/2019

Nicole Miescher : le paysage trans-parent

Miescher 3.jpgNicole Miescher dans un minimalisme poétique ne cesse de cadrer, recadrer, remettre en question le paysage. Elle lui redonne une respiration, un dentelé. Si bien que sa perception fonctionne en un mouvement d'écharpe.

 

Mieschler.pngA travers ses marches en campagne ou  en périphérie des villes le regard que l'artiste porte est moins sur des détails que sur une vue d’ensemble, un panorama, une atmosphère. Ils "obligent" le regard et le hantent dans ce qu'ils gardent de mystérieux, d'énigmatique chez celle qui devient passeuse de visions "trans-parentes" dans des rythmes particuliers de traits et d'ambiances créatrices d'étranges respirations.

Miescher 4.pngL'ombre et l'apparence se confortent l'une l'autre. Il n'y a pas de priorité entre diastole et systole. Existent des zones blanches. Parfois - mais parfois seulement - des couleurs tranchantes viennent par la suite. Les espaces, ordonnés un jour, désordonnés un autre, sont repris dans des formes aussi réelles que propices à la rêverie comme à la réflexion en une telle magie qui touche la familiarité et la perplexité. De tels espaces justifient les termes de mouvements et de fixation.

Jean-Paul Gavard-Perret

Galerie Gisèle Linder, Bâle.

24/11/2019

Arabesques et cambrures : Juliette Pailler

Cailler 2.pngBretonne d'origine,  Juliette Pailler vit dans les Alpes depuis longtemps et vient d'ouvrir une galerie à Chambéry. Elle y propose ses bijoux : pièces multiples ou pièces uniques. Ces dernières sont des broches formées au marteau avec la technique de la dinanderie et illuminées par l’application de feuille d’or, d’argent ou de laque.

Pailler.pngTous ses bijoux, de forme organique ou architecturale, accordent à l’éros un destin particulier et subtil. L'artiste orfèvre en pertube l'économie par le minimalisme de son travail des surfaces et des tiges. Chaque pièce sort de l’instrumentalisation décorative. L'artiste la modifie en simplifiant les «informations » visuelles.

Pailler 3.pngL’apparence, ses feintes et vraisemblances sont remplacées par ce qui tient du spectral ou du symbolique. L'artiste revient aux formes primales. Portées, ces oeuvres s'animent tout en atténuant ce qui inutile. Le bijou n'est plus seulement une arme de séduction ou un fétiche. Il peut se porter sur une peau nue.

Jean-Paul Gavard-Perret

Juliette Pailler Galerie, Rue Basse du Chateau, Chambéry.

23/11/2019

Valérie Horwitz : une forme de liberté

W.pngValérie Horwitz, in "LIBRES", Cacy, Yverdon du 23 novembre 2019 au 9 février 2020.

Grâce à ses interventions pédagogiques en milieu carcéral Valérie Horwitz a créé plusieurs séries : "Peines mineures" (2019) et auparavant "Couleurs B", "L'image, le monde" et "Fragments d'ombres". L'artiste - que Barbara Polla a su remarquer dans ses recherches sur la prison - est intervenue au quartier des femmes mineures des Baumettes (Marseille) en 2017 d'abord pour appréhender le contexte puis créer un atelier photo sur plusieurs mois.

W2.pngUne détenue d'origine serbe - Samantha - est devenue le vecteur de son travail. La photographe s'est mise à son écoute comme de celles qui sont souvent, par leur culture et valeurs, bien diférentes d'elle. Pour les "dire" elle sait "donner plus de place au corps. Le corps qui fait signe, le corps comme langage". Chaque image devient un instant capturé (mais libre) en particulier dans la cour de promenade : "pas de surveillantes, moins de contraintes d’espace, et une lumière naturelle. Les filles s’adossent au barreaudage pour profiter des derniers rayons de soleil".Valérie Horwitz et ces jeunes femmes parlent de leurs corps. Il est d’abord question de respect et de croyances puis d'appels à la liberté.

W3.jpgAvec Samantha elle se livre à un dialogue photographique où le corps de la détenue, sinon se libère, du moins se déploie. Cela vaut tous les discours. Aux marges du privé et de l’érotisme la photographe poursuit une quête paradoxale. Elle saisit les reflets dérobés au fond de la caverne des femmes prises dans des filets. Elle est capable de mettre une grâce dans leurs formes afin de rétablir leur charme clôturé par l'enfermement et une sorte de disparition. Le tout dans un travail d’empathie afin de saisir ce qui échappe.

Jean-Paul Gavard-Perret