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26/09/2016

Julie Mehretu le paysage et son double


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Julie Mehretu, « Algorithms, Apparitions and Translations, 2013 », Dubner Modern, Lugano, Lausanne.

 

 

 

 

 

 

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La transformation du « paysage » la déterritorialisation a lieu non seulement par le sujet représenté mais par les techniques (gravure, aquatinte, etc.) Il acquiert un autre langage. Preuve que le dessin, l’aquatinte, la gravure sont toujours à réinventer ». Les paysages ne sont pas donnés pour tels : ils viennent de loin. Le « esse percipi » de Spinoza est en quelque sorte brouillé. Sans pour autant que l’artiste accorde au paysage une fonction transcendantale. Elle n’est jamais borgne au monde et son regard est pourvu d’un corps. L’avancée des techniques de l’image que l’artiste propose n’y est pas pour rien.

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Elle n’est plus celle d’un monde perçu ou d’un sujet percevant, mais un rapport original entre les deux autant par la facture, les techniques que les matières. La corporéité du monde comme la choséité de l’image sont construites sur le sentiment d’une relativité. Il faut renoncer à saisir le paysage comme une totalité dans l’ordre de la connaissance. De même il convient de renoncer à croire chez elle à une métaphysique de la transparence. Face à l’illusion paysagère « réaliste » fidèle, objective, « naturelle » de la réalité, entretenue par la foi en un « Signifié transcendant » jaillit une autre dimension. A l’image de Diogène tournant le dos à la ville, la créatrice semble tourner le dos au paysage pour mieux revenir à lui.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/09/2016

Karolin Klüppel : l’enfant-reine des Khasi


AAAKlueppel2.jpgKarolin Klüppel, Kingdom of Girls, Hatje Cantz, Berlin, 92 p., 2016, 34 E.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AAAKLueppel3.jpgKarolin Kluppel ouvre toujours un corps d’images étranges et qui, dans le cas de « Kingdom of Girls », saisi par un photographe homme pourrait sembler presqu’équivoque. L’artiste crée des images fascinantes entre photo documentaire et artistique. La série est d’une puissance rare à la fois par sa force narrative et sa beauté. Les portraits des filles révèlent la culture des indigènes Khasi dans l’état indien de Meghalaya où un système matriacal très particulier existe. La plus jeune des filles est donnée comme première dans l’ordre de succession. Lorsqu’elle se marie, l’époux va dans la famille de sa femme et les enfants du couple reçoivent le nom de la mère. Dès lors et particularité rarissime : seule la naissance d’une fille garantit la continuité d’un clan.

AAAKlueppel4.jpgKarolin Kluppel a passé dix mois entre 2013 et 2015dans le village Khasi de Mawlynnong : elle en a rapporté des images magiques où la vie, le réel semblent, pour un regardeur occidental, se mêler à l’imaginaire. Néanmoins l’artiste est avant tout à la recherche d’une photographie pure qui doit autant à son langage qu’à son sujet. Symboliques à leur manière ces photographies offrent le passage d'une réalité présente à une réalité qui tord bien de nos idées reçues. Surgit une théâtralité particulière qui acquiert un pouvoir physique non de survivance mais de surréalité. Elle est aussi l’interrogation constante des relations entre ce que la culture mondiale impose et ce qu’une culture particulière peut proposer. Les photographies deviennent des puits d’émergence d’une logique où une emprise subtile crée la remise en question fondamentale des notions de culture et de l’image qui en deviennent la porte-empreinte.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

20/09/2016

Valérie Reding : vivre d’une autre vie

 

 

Reding 3.jpgValérie Reding, « Smile ! Other portraits, LAC Scubadive, Vevey, le 20 septembre 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Reding.jpgValérie Reding est une artiste multimedia qui travaille à Zurich. Elle joue des maquillages et de la chorégraphie afin de transformer les genres, identités, stéréotypes et normes pour continuer le mouvement des théories féministes et LGBT. Elle prouve combien franchir les frontières du genre, changer de corps touche au plaisir, à la jouissance mais aussi à la peur de celles et ceux qui face à de telles images se voient interpellées. Elle suggère que le corps « ensemencé » n’est pas incorruptible voire qu’il n’est pas le bon : il peut être simplement mal « programmé » et doit ressusciter pour devenir glorieux en quittant la distribution des genres.

Reding 2.pngA travers ses « queers » Valérie Reding, au désir contourné, à l’empêchement substitue la possibilité - hors culpabilité - de jouir du même et d’être soi-même. Ce changement extrait de la pure illusion comme de l’errance et de la répétition. Accepter une forme de « perte », c’est regarder du côté de l’autre en soi et d’en oser le risque. Cela n’a rien d’une forme de schizophrénie mais d’un rêve bien éveillé.

Jean-Paul Gavard-Perret