gruyeresuisse

20/01/2017

L'origine du monde selon Vidya Gastaldon

 

Gastaldon.jpgVidya Gastaldon, "Push the Earth with your Knees, the Sky with your Head", Art Bärtschi & Cie, Genève, du 24 janvier au 31 mars 2017.

Pour Vidya Gastaldon la vie et l'art sont de continuels développements et dévoilements. La créatrice en est "l'instrument" : ce qui entre en elle et par son travail devient réalité. Elle corrige l'image habituelle en la remplaçant par la subjectivité d'une jungle optique montée de toute pièce. Gastaldon 4.jpgPar ses peintures et ses installations en suspension elle poursuit un travail de sidération et de recueillement. La figuration se mélange aux formes des songes afin de créer un univers plastique de l'ordre du cosmique merveilleux. Composées de laine, de baguettes de hêtre, de fils et de perles, les suspensions s'imposent dans l'espace en créant des arbres inversés. Ils déplacent les mondes en entrainant vers une matérialité qui jouxte l'impalpable par effet dialectique.

Gastadon 3.pngL'artiste ajoute des éléments induits par les signes de la philosophie dont les "Shakti", principe féminin d’énergie vitale en sanskrit. Tout est donc relié à un érotisme particulier, rieur, extatique. Des sortes de germes émergent : il faut savoir les découvrir dans ce qui semble inextricable mais qui donne sens à l'invisible loin d'une prise rationnel au monde. Jaillit ce qui a été oublié ou perdu dans une civilisation en souffrance et en mal de souffle cosmique. Sous l'hallucination se cache une vérité d'origine.

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De telles figures font entrer dans la forêt des songes dont certains sont éveillés. L'artiste repose la question de l'image à partir des images de rêve qu'on ne parvient jamais à décrire. Elle offre une preuve de la supériorité de l'image. Elle actualise la temporalité rendant son passé caché présent dans le futur. Preuve que l'art devient réel en dévoilant.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/01/2017

Dominique Menachem Lardet ou l’étrange visite

Lardet.jpgParcourant les rues de Lyon et des appartements vides, Dominique Menachem Lardet introduit dans les photos qu’elle en tire des failles extraordinaires. Le lieu n’est pas anodin pour elle : la ville est celle ses deux grands-mères. L’une Polonaise, l’autre Bressane se sont rencontrées par l’intermédiaire du mariage de leurs enfants.

Lardet 3.jpgPlutôt que de « figer » le passé, la photographe l’ouvre pour en suivre les traces : elle sait se faire plus petite en sa traversée du réel pour qu’il devienne plus grand. En des structures complexes tout reste offert mais distancié. La photographe n'a cesse d'entrer dans l’intime afin d’en rêver l'altérité. Fantôme ou réalité, « l'autre » qui est aussi une « même » sert d’abri à une identité plurielle. Celle-ci se définit par les montages qui abordent en parallèle les problèmes de la perception visuelle et la découverte du réel.

 

 

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A l’expressionnisme de ce qui est montré se superpose l’impressionnisme de ce que l’artiste suggère. Restent les troubles qui renvoient implicitement à un hors champ significatif. Tout demeure, comme l’écrivait Mallarmé, « à l’état de lueur du temps ». L’exposition devient un écrin labyrinthique. Il impose le questionnement du visible et de l’identité en un hommage à celles qui furent et qui ont fait ce que la photographe est devenue.

Jean-Paul Gavard-Perret

Dominique Menachem Lardet, « Elles deux », galerie Elizabeth Couturier, Lyon 1er ., du 19 janvier au 11 février 2017

18/01/2017

Angela Marzullo : lotta continua

 

Marzullo.jpegAngela Marzullo, « Feminist Energy Crisis », du 27 janvier au 12 mars 2017, Centre de la photographie Genève

 

 

 

 

Marzullo 3.jpgCelle pour qui l'instruction à domicile constitue une thématique centrale de ses performances et vidéos, ( cf. « Homeschool », Editions Nero) continue à travers de nouveaux travaux photographiques - qui soulignent la place de ce médium dans son processus conceptuel et sa pratique performative -l’exploration du féminisme non seulement comme thème esthétique mais comme essence de son existence. Avec son alter ego, Makita, l’artiste revêt diverses casaques : intellectuelle féministe, « sorcière », mère de famille politisée afin de montrer ce que le féminisme engage et dégage. L’exposition fait écho à celle de Manon dans le même lieu il y a deux ans et qui est considérée aujourd’hui comme la pionnière de l’art de la performance en Suisse.

Marzullo 2.jpgChez ces deux empêcheuses de tourner en rond au sein d’un univers longtemps annexé par des « re-pères », transparaît le combat contre la passivité et l’acceptation féminines institutionnalisées Angela Marzullo se révèle une fois de plus incisive iconoclaste. Humour et gravité cohabitent dans son travail. Toute la postmodernité tend à se déplacer pour modifier la position même du voyeur en ses attentes perceptives. L’artiste se concentre sur le corps féminin, les stéréotypes et les présupposés qui lui sont liés. En les faisant apparemment siens elle les décape dans des prises aussi fractales qu’au second degré. Se poursuit l’effraction de mentalités obsolètes par le renouvellement de dispositifs plastiques et plus particulièrement ici photographiques. Un ignoré de l’être est donc rendu visible là où corps exposé joue du « travestissement» pour faire bouger les lignes.

Jean-Paul Gavard-Perret