gruyeresuisse

17/07/2017

Le "ça voir" d’Isabelle Cochereau

Cochereau.jpgIsabelle Cochereau capture le corps pour percer son mystère mais sans la prétention d’en donner la clé. Elle calligraphie membres et visages selon des « structures » étranges. Les êtres ressuscitent en « élucubrations » plastiques parfois poétiques, parfois provocatrices. Reste à savoir que faire avec un tel " ça voir " : l’image se situe entre enfer et paradis, trouble charnel et éther.

 

 

 

 

cochereau 2.jpgDe la sorte, l’artiste évoque la poignante simplicité de corps aussi inévitables qu’inaccessibles. Entre coups de grisou et chuchotements de chorégraphies voluptueuses, les rituels optiques font chavirer le regardeur. Epures et anacoluthes semblent enfin réconciliées et font ressentir l'insondable profondeur d’un innommable.

 

 

 

 

Cochereau 3.jpgPeignant sur la crête où culmine l’intimité et son interdiction, l’attraction épouse son repoussement. D’où une immense délicatesse de l’insistance et l’absorption de la crudité. Avec parfois le rouge véhément de la pudeur comme coquelicot de l’émotion.

Une main freine toute équivoque, l’autre l’infuse par flambées et cassures des visages cassés, parfois burinés, parfois fragiles mais toujours prisonniers d’une solitude galactique que l’artiste condense plus qu’elle ne l’étale.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/07/2017

Le tact et le tactile : Elise Bergamini

Bergamini.jpgLes œuvres d’Elise Bergamini sont des propositions minimales qui tirent des plans sur la comète. Dans le peu se fomente des extensions. Tout est en place pour qu’elles deviennent possibles. L’artiste bâtit des nids suspendus à trois fois rien. Ce qui fait que quelque chose se fomente dans le presque vide. Existe l’organisation de cachettes que rien ne dissimule. Un sein est voilé par l’air libre.

 

 

 

 

Bergamini 2.jpgDe l’air il en existe toujours en de telles œuvres. Il est non marqué mais inclus. Il oriente le dessin. Il est sur quoi celui-ci s’appuie et avec quoi il joue au sein d’une sorte d’apesanteur. Chaque proposition semble une réponse pertinente à une somme d’essais. Tout est dans le tact, en un toucher effusif presque sentimental. Ce dernier convoite les yeux. L’inverse est vrai aussi. Tout semble flotter, tendu, porté. L’image ne décore pas : elle suggère l’intimité.

Jean-Paul Gavard-Perret
Coffret Elise Bergamini Littérature Mineure, Rouen, 2017, 25 E.

13/07/2017

Les particules «élémentaires » de Céline Zufferey

Zufferey.jpgAvec son écriture sarcastique la Lausannoise Céline Zufferey est une ethnologue de l’occident, de ses clichés, ses postures et impostures. Personne (ou presque) n’est sauvable dans ce premier livre bien fait tant il se plaît à brouiller les pistes (il est vrai que l'auteure a derrière elle un nombre conséquent de nouvelles).

Dans ce livre lorsque les chiens aboient (ou remuent la queue) la caravane avance uniquement lorsque cela lui est utile à ses avanies. La romancière sait que le diable est dans les détails. Mais les diablesses - ou les ingénues - demeurent les victimes. Chacun s’arrange pour que leur histoire soit mineure. Une gamine enfant n’est qu’on objet corvéable et remplaçable à merci : pour l’heure vêtue en nuisette on lui fait jouer les Lolita pour des histoires d’étagères.

Zufferey 2.jpgLe roman crée un effet d’étrangeté mais il propose toutefois une élucidation comique à valeur générale. Cependant l’auteure fait plus : elle transforme la langue en « carte » qui segmente ou plutôt souligne certains territoires mouvants. Ceux d’un univers de consommation de masse et d’un utilitarisme où la libido de certains et l’intérêt d’autres créent un immense quiproquo que Céline Zufferey organise. Elle donne à certaines « particules élémentaires » des ingrédients qui laissent songeurs les naïfs que nous sommes. Si bien que les « Kitkats » prennent ici un goût amer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Céline Zufferey, « Sauver les meubles », Roman, Gallimard, Paris 2017, 240 p..