gruyeresuisse

04/07/2016

Anne-Lise Coste : les sacrées et les profanes

 


Coste.pngAnne-Lise Coste, Pussy Drawing Riot, Nieves, Zurich, 48 p., 2016.


Zurichoise d’adoption, héritière – à sa manière de Silvia Bachli – Anne Lise Coste cultive l’insolence primesautière avec l’air de ne pas y toucher. Le dessin semble fragile, aporique : mais « tout » y est. Souvent liés à des mots ces dessins semblent lâchés de manière instinctive et à la hâte pour réveiller le regardeur. Mais à la rapidité de l’exécution se superpose une réflexion en amont. Les acryliques sur toile avec leurs contours ou leurs pleins en noir sont une merveille de naïveté feinte qui témoignent de toute une connaissance de l’histoire de l’art.

Coste2.pngIl en va de même avec ses sculptures ou ses « constructions ». Là encore elles sont faussement de bric et de broc. Par exemple une tour est construite de bâtonnets de bois. Elle est posée sur une chaise faiblement éclairée qui transfigure l’ensemble en architecture du futur. L’éphémère a valeur d’éternité.

 

 

Coste3.pngAvec chaque médium Anne-Lise Coste matérialise des rêves étranges et pénétrants, cyniques, drôles et érotiques. Objectif ou non, le hasard y fait la nique à la réalité. Surgissent de ces alliances des images du troisième type (mais où le mâle est exclu). L’artiste n’est en rien une romantique qui rêve d’inonder à l'eau de rose des dunes émouvantes. De la moindre toison la plasticienne fait une vision. Elle provoque errances et interrogations en des montages intempestifs. Les vérités admises y deviennent inaudibles et le réel se franchit vers un dedans que nous trouverons jamais sur une carte - fût-elle du tendre.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/07/2016

Silvia Lareo Vazquez : vues de dos



Silvia Lareo Vazquez bon.pngStation debout (mais pas toujours), les femmes sont au milieu de leur île. Plus besoin de mettre les voiles pour l’atteindre. Ni d’ailleurs forcément les enlever. Elles sont la mauvaise herbe qui brûle le vent. Vêtus de leur peau et de quelques atours les corps font de la femme une déesse dont la tête parfois se renverse – mais pas forcément dans l’orgasme.

Silvia Lareo Vazquez 3.pngRestent des harmonies des principes contraires – Silvia Lareo Vazquez les saisit non de face mais de dos. Manière d’osciller autour du corps argile, bronze, argent. Et songe. Bouche et mains le touchent. Mais pas forcément. Un territoire interdit fait constellation. Il suffit qu’une naïade lève les bras et le tour est presque joué. La langue sur les lèvres espère conserver la chaleur du foyer. Les poumons cognent. Le corps ne craint plus la solitude : il est soulevé son poids.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/06/2016

L’extase matérielle : Suzane Brun

AAABrun.jpgL'œuvre de Suzane Brun permet de penser le féminin et au féminin de se penser loin de toutes entraves. La jubilation d'un parcours initiatique provoque un ravissement. Il avance car la photographe ne retient que l’harmonieux et accompli. Elle atteint une sorte d'extase matérielle. Le féminin se touche (si l'on peut dire) au moment où il est livré au vertige virtuel.

AABrun.jpgUn seuil se franchit : mais cela ne revient pas à trouver ce qu'on attend. Car pour une fois le passage ne rameute pas du pareil, du même. Si effet de miroir il y a, ce miroir est un piège. En ce sens Suzane Brun renverse la problématique de la Caverne. Certes on peut imaginer en son sein une émouvante figuration (surtout lorsqu’il s’agit des maternités de l’artiste) mais il s’agit là parfois d’un leurre sur lequel pourtant peuvent se fomenter diverses spéculations au sein de la lumière parfois trouble, parfois éclatante.

AAABrun2.jpgOpaques comme le marbre , translucides comme l'ambre, les femmes mais parfois aussi les hommes de la créatrice sont à la fois des fenêtres et des murs. Des attentes aussi.... Surgissent un "réalisme" particulier et une « fiction » du même ordre. Celui de l'obscur qui par la lumière inscrit sinon une jouissance du moins une sérénité.  Chaque portrait garde en lui un "moelleux" et quelque chose de fin et de soyeux en une conjonction de l'universel et du singulier, de l'émotion et de la pensée. Chaque portrait - même lorsqu'il est enjoué - tient en respect le voyeur et imposent le pouvoir de l'ornement comme celui d'une paradoxale ontologie visuelle.

Jean-Paul Gavard-Perret