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23/07/2016

Véronique Hubert : Godard et après

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Véronique Hubert, "cinéma n'est pas un prénom féminin", https://vimeo.com/175409044



Hubert bon.jpgSouvent les jambes des femmes deviennent les cavernes du cerveau du mâle. C’est pourquoi en les « invoquant » - ainsi que d’autres « pièces » anatomiques - Véronique Hubert pense à leur sujet non au développement photographique mais au développement géométrique de l’espace. Elle permet - par images et en mots - de visualiser le regard portée sur les guérisseuses de l’âme (du moins ce qu’il en reste) et du corps masculins.

Hubert bon 2.pngDans ses vidéos le présent n’est pas décliné de manière narrative mais en « cuts », alternances et inserts. Digne héritière de Jean-Luc Godard (dont elle partage un même sens inné de l’image) elle rend l’absence visible et l’évidence invisible. L’abandon est fait de tension afin que se perçoivent des zones inconnues de dérive. Si bien que l’engourdissement du demi-sommeil de voyeur se transforme en transes extra-lucides.

Hubert 2.pngExiste là tout un travail d’intelligence selon des « farces » (décentes) dont le procédé de structure original crée jusque dans ses coupures une unité mélodique. Elle fait du cinéma le plus abstrait des arts au moment où il puise pourtant dans la réalité. Le but - même dans des vidéos courtes - est de créer ce que Godard nomme un « ensemble afin de se voir dans le miroir des autres ».


Jean-Paul Gavard-Perret

22/07/2016

Lena Buhrmann et Sarah Hildebrand : intimités

 

Kugler.jpgLena Buhrmann et Sarah Hildebrand, « Freiraum - Chimère de nos réalités », Fonderie Kugler, Genève du 28 au 30 juillet 2016.

Dans le cadre des « 50 jours pour la photographie, 50JPG » sur le thème « caméra(auto)contrôle », l’exposition « Freiraum - Chimères de nos réalités » est un dialogue entre la sculptrice Lena Buhrmann et la photographe et auteure Sarah Hildebrand. S’opposant à la dictature du virtuel et ses fausses évidences d’une intimité de surface elles proposent  une essentialité cachée : celle des profondeurs de l’être et son secret qui doit demeurer caché. Les œuvres en leurs lignes et formes mystérieuses inventent le discours de l'âme (faute de mieux) et du corps selon des marges substantielles (le blanc) qu’elles incorporent en un appel, une sorte de "coup à porter", à forer mais en retrait. Il s’agit d'enfouir et déployer entre suspens et retombée en "repons" afin de dévoiler la profondeur des contacts toujours et forcément inaccomplis.

aaabubu.jpgLe regard est soumis à un parcours qui déborde et fait repli. Dans le contour, il permet de suggérer un centre en divers plans où existerait un passage à la tombée de l'inhibition capitale. Surgissent un fond, un bruit, un fluide, un flux en un apaisement du blanc lorsque la lumière devient incandescente : "Lumière et non éclairage" disait Bram van Velde. Cette phrase convient parfaitement aux œuvres croisées des deux artistes. Existent l'oxygène de l’art - mais aussi son azote, sa valeur ajoutée en un dévoilement et ce qui n'appartient pas de connaître. Surgit l'équilibre entre l'ellipse - tournée vers le silence - et l'énoncé complexe, entre la nécessité du secret et l'impératif de l'image.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

21/07/2016

Une bouteille à la mer : entretien avec Suzane Brun

 

Brun.pngA ceux qui se demandent « Ai-je seulement vu un visage ? » Suzane Brun accorde de multiples réponses. Surgissent des femmes blondes, douces et belles de longs cheveux. Mais pas seulement. Et selon des poses mystérieuses voire surprenantes. Le voyeur semble être en présence des miroirs comme seules traversées possibles qui mèneraient au lieu indiscernable de la vraie « scène ».

Brun 3.pngLa photographe propose donc une galerie de visages pour renaître là où éros et thanatos rôdent. Manière d’animer au-dehors la passivité intérieure et l’organique devant quoi toujours nous sommes aveugles. Entre les yeux et le regard s’inscrit un fossé d’une nuit ou d’un jour sans fond au sein de visions parfois rassurantes et parfois qui ne le sont pas. L’œuvre fait toucher le féminin de l’être en des paysage sur lesquels poussent des fleurs étranges.

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Le désir.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Réalité.

A quoi avez-vous renoncé ? A la transmission du génome.

D’où venez-vous ? D’un volcan d’Auvergne.

Qu'avez-vous reçu en dot ? Une coulée de lave.

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Sucer mon pouce.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Mon nom Suzane Brun.

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Comment définiriez-vous votre approche du portrait et de l'éros ? Mutation de l’homme. À l'origine, Éros était représenté comme un être androgyne.

Quelle est la première image qui vous interpella ? La croix.

Et votre première lecture ? Le Catéchisme.

Quelles musiques écoutez-vous ? Le rock des années 50 , 60, 70, le punk, le rap, le hip hop, l’ électro, Mozart, Satie et plus récemment le jazz.

Quel est le livre que vous aimez relire ? Celui que je n’ai pas lu.

Quel film vous fait pleurer ? « Les oignons font pleurer », réalisé par Louis Feuillade en 1907.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Une femme qui me ressemble.

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? A l’inconnu.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Aubervilliers, 93, France.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche? David Lynch, Diane Arbus, Michel Houellebecq.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Une bouteille à la mer.

Que défendez-vous ? Mon point de vue.

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Philosopher ou forniquer.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" « Take the Money and Run », 1972.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? To be or not to be ?

Présentation et interview par Jean-Paul Gavard-Perret, le 19 juillet 2016.

19:40 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)