gruyeresuisse

14/05/2018

Claude Guillaumin et les « allumeuses »

Guillaumin.jpgCelui qui fut assistant d’Irving Penn puis photographe de mode pour des magazines (Elle, Cosmopolitan, Glamour) et de grandes marques (Chanel, Clarins, L’Oréal) a fait de la femme son sujet (plus que l’objet) majeur. Il les veut « habitées vivantes et uniques ». Dès lors le vêtement de s’impose pas toujours - ou si peu et le photographe ne résiste jamais à un certain glamour en clins d’œil.

 

Guillaumin 2.jpg

 

 

 

Au Tops Models, l’artiste a toujours préféré les mannequins débutants pour leur candeur et une certaine ingénuité qui permettent une liberté de style afin de saisir une harmonie moins figée. La photographie provoque une rupture avec le bien penser mais par effet de beauté à l’instant où, habituellement, le « rideau tombe ». Entre l’épars et l'homogène, surgissent les flux persistants de divers types d’émois.

 

 

 

Guillaumin 3.jpgClaude Guillaumin sait toujours choisir un angle particulier, un système d'écluses, de déplacements : l’arête vive d'un seuil est remplacée par des dérives ironiques ou cérémonielles. L'épanouissement ose l’extase et - sinon l'obscène - du moins une certaine inconvenance programmée pour retenir la coulée de la chair et ses entêtements. La photo n’est là que pour jouer avec le corps, ce qui en disparaît ou surnage. Bref chaque femme est bien le lieu du lieu qu’elle incendie.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

12/05/2018

Catherine Bolle maîtresse de cérémonie

Bolle.jpgCatherine Bolle, « Carte Blanche », Musée historique de Lausane, du 30 mai au 17 juin 2018.

Les grilles de lecture de l’imaginaire de Catherine Bolle sont multiples. Suivant les périodes et en différentes cadences elle crée une œuvre qu’on peut nommer baroque même si tout dans son approche demeure sous contrôle afin d’éviter les effets emphatiques et superfétatoires. L’artiste crée un haut langage débridé où l’aspect engagé n’est jamais au premier degré. Si bien qu’il existe presque un chiasme entre ce que l‘artiste pense et ce qu’elle crée ou transforme.

Bolle 3.jpgMais son œuvre y a gagné. Il y a du Marx, du Debord et du Rimbaud chez celle qui croit non sans raison que son art peut changer la vie. La pensée et la réflexion passent par la poésie des formes toujours fortes et qui s’aventurent dans divers domaines et genres. Catherine Bolle ne se réfère à aucun modèle. Tout ce qu’elle emprunte elle le créolise si bien qu’elle devient une négresse blanche vaudoise. Elle invente ses grammaires, ses syntaxes à l’identité poétique complexe en un investissement total.

Bolle 2.jpgRares sont les œuvres de telles exigences. L’artiste reste un modèle absolu - aussi bien dans le grandiose architectural que dans de petites pièces. Sans le savoir,  elle est à l’origine de ce blog. Elle en reste l’implicite marraine. D'autant que chaque fois qu’un doute est permis sur l’art il suffit de se référer aux travaux d’une telle créatrice. Sa « carte blanche » en donne un exemple parfait.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/05/2018

Thomas Hauri : nexus

Hauri 3.jpg« Thomas Hauri », Ines Goldbach, Kunsthaus, Bâle

En un livre a priori sans titre ni nom d’éditeur (avant de le découvrir caché en son centre…) Thomas Hauri témoigne de tous ses mystères et ses interrogations. Le tout selon un triptyque où son interview tient une place de choix au milieu de ses œuvres. L’artiste prouve et explique comment il s’intéresse à l’architecture et ses pouvoirs. Entre autres avec son immense série « Prora » dans laquelle des différences et prouesses techniques apparaissent eu égard à l’ampleur du sujet.

Hauri.pngL’artiste crée toujours un jeu subtil et profond entre les images et leurs « peintures » en un travail in process qui implique parfois des révisions et des retours. Le tout est souvent dans la recherche d’une sorte de transparence que l’artiste préfère nommer connaissance et liberté. Les parois ne peuvent être traversées par les « passes muraille » : le détour est toujours obligé.

Hauri 2.jpgCette obligation entraine forcément le regardeur à une « promenade architecturale » qui entraine un retour non seulement sur certaines pièces exposées mais sur le visiteur lui-même en différents nœuds d’espaces et de passages pour tenter d’en trouver l’impossible centre là où c’est autant le lieu qui peint les œuvres que les œuvres endiguent l’espace dans divers effets de biffures opaques ou de translucidités.

Jean-Paul Gavard-Perret