gruyeresuisse

02/03/2020

Barrage près du Pacifique et forêt des songes : Jacqueline Merville

Merville.jpgReliés - dans ce livre-bilan - l'Orient et l'Occident ne restent plus séparés. S'y ressent une fois de plus l'ombre tutélaire et bienveillante d'Antoniette Fouque. Elle comprit l'auteure et peintre en en devenant une sorte de bergère qui la guida sur le chemin de sa langue et sa musique. Au sein de la forêt de bambous et ses communautés féminines Alice aura appris à chasser la douleur et à aller dans un silence complice qui prend ici une architecture nouvelle. Pour un temps rien n'aura eu lieu que ce lieu.

 

Merville 2.pngJacqueline Merville se devait de l'écrire. D'où ce texte aussi impressionnant que naturel, sans la moindre emphase inutile. A sa manière il représente une sorte de barrage près du Pacifique. Alice y apprend que "détruire n'est pas une consolation". Le livre est donc bien à ce titre un livre de femme - ce qui n'empêche en rien l'amante d'aimer celui qui l'accompagne.

Merville 3.jpgEcrire un tel récit fut, est et restera capital par et pour la grâce qui en émane. S'y vivent des événements extraordinaires dans la chair et l' âme. La forêt de bambous où peuvent se peser les âmes demeure un lieu essentiellement libre et bienfaisant, sans violence. L'auteure n'en est donc pas la rescapée mais la sur-vivance plus que la survivante. La langue aussi pudique qu'audacieuse rappelle ce passage du temps et cette transformation : deux mondes se reconnectent et la vie de la créatrice prend son sens et un apaisement.

Jacqueline Merville, "Le Voyage d'Alice Sandair", Editions des femmes - Antoinette Fouque, 272 p., 16 E., 2020. Parution le 19 mars.

Claire Guanella : le regard de l'aube

Guanella.jpgClaire Guanella, galerie Hostetter, Fribourg, du 6 mars au 4 avril 2020.

 

Dans ses travaux de préparation - voir, contempler, remarquer, photographier dans sa tête - Claire Guanella entame son processus créatif avant de les réaliser dans ses différents ateliers : deux en ville, un en France voisine. 

 

 

Guanella 3.pngMais - et tout autant -  dans son lit pendant ses insomnies, entre rêves, cauchemars et éveil, elle cherche déjà des thèmes, échafaude ses projets, en cherche couleurs, formes et angles. Au besoin elle décompose des images de ses travaux réalisés et de nouvelles possibilités apparaissent. Jour venu elle peint et imagine. Et ce afin que "L'usage du monde" cher à Nicolas Bouvier prenne un nouveau sens à travers ce qu'elle transforme.

Guanella 2.pngL'apparent se dissout en un chant plastique qui s'adresse au visible : la peinture résonne dans son espace et s'y établit comme un "objet" concret, tangible même si elle reste pourtant et théoriquement plus indicible  que le réel. Le tout en des chemins sapientiaux et sensoriels qui allaitent les translations dans des opérations où la force apparemment superficielle de la peinture appelle la projection du songe pour des vision désobstruées et afin de créer un regard de l'aube.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/03/2020

Les ciseaux et les rêves : Lydie Planas

Planas.pngA la césure du souffle, dans l'affrontement du dire "S’enchapent les mains, (..) / S’engloutit la mémoire à l’archet du temps /S’entrelacent les signes à la mesure de l’écho" de ce qui ne se dit que sous forme d'ébauche dans la pudeur des sensations perdues. Reste la rocaille du basculement dans les pénombres du passé. Quelqu'un manque et soudain comme disait un autre poète tout disparait. Mais tout se brosse aussi - comme la couverture du livre- de violet. 

 

Planas 2.jpgMais sans bouquet que Lydie Planas aimait pourtant cueillir. De l'amour ne reste que les traces. Pas même le verbe aimer quand " me tourne l’aile d’elle sans retour d’elle, s’ourle l’elle sans aile à lui, rouet qui m’entourne, m’enroule, me roule à tordre le rire du fil de lui". Entre les déroutes et les éboulements du désir et ses anciens enroulements et soulèvements "se démembre l’ombre du corps au ressac de mes jambes". 

Planas 3.pngDe ""l'autiste silhouette", de la folle admiration qu'elle causait ne demeure qu'un non lieu sans terre, eau, ciel. Et c'est à peine si les plus pudiques des larmes s'émettent en suspens là où la solitude démesure le temps une fois que ses cordes se sont retirées et que tout se dit dans le vide et  à tristes tires d'ailes. C'est ainsi que Lydie Planas répond maintenant que rien n'oblige sinon d'un nécessaire abandon.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lydie Planas, "Je anatomique suivi de Dites", Richard Meier, VOIX éditions, 2020.

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