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26/09/2020

Véronique Hadengue-Daezel sur les rives du temps

Hadengue.jpgVéronique Hadengue-Daezel, "Commun Naturel" dessins et gravures , Galerie Marianne Brand, Genève, du 26 septembre au 17octobre2020

Existe dans l'oeuvre de Véronique Hadengue-Daezel un pictorialisme particulier. Il donne au réel une densité à travers sa saisie en une sorte de constructivisme qui devient l'affirmation d'un réel  qui prend toujours ici une dimension inattendue. Sans sembler y toucher Véronique Hadengue-Daezel explore les limites entre la réalité et le rêve par coupes sombres. S’instruit une limpidité dans l'opacité qui prouve comment se déploie la puissance de l'imaginaire et du regard particulier de la créatrice. Cela donne un rythme étrange à des œuvres qui emmènent celles et ceux qui les regardent vers des circulations pleine de force vitale.

Hadengue 2.jpgCe travail crée une activation de notre propre imaginaire. Ce qui semble enseveli ou immergé  trouve une nouvelle dimension par effets de modulation. L’art redevient une zone de potentialité. Tout concourt à "excepter" l’évidence directe non pour la retirer mais lui accorder une expressivité de célébration du monde. D'où ce "commun" souvent caché. Il est permis de le revisiter en un schème d’immanence, de reprise entre objectivité et fragmentation au sein d’une langue visuelle immédiatement compréhensible là où tout pourtant est réinterprété. Cela demande sans doute un travail préalable de réflexion au moment où l'artiste se vide la tête pour qu'elle devienne plus neuve au moment de dessiner.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/09/2020

Anne-France Abillon : Apparitions

Abillon.jpgAnne-France Abillon crée des traversées à travers et entre autres des fils imbriqués. Ils émettent, dans un chant des formes, bien des doutes sur ce que nous croyons voir. Le tout en des mouvements d’écume où un invisible de l'intime devient l’alphabet des abysses intérieurs. Le tout en trois séries de photographies - "Le tissu du réel" de toiles d'araignées sur papier japon, "Traces" (d'empreintes d'insectes) sur papier transparent, "Manteaux d'âme" sur papier Hahnem-ühle - , une installation "Nid dans une aube" et une suite de dessins "Au-dessus du vide".

Abillon 2.jpgLes cernes d’images épuisés remontent, se dispersent dans des trames parfois érodées où se  déploient des présences aux couleurs volontairement éteintes qui se brodent en algues coulées dans chaque médium ou mises en scène. Apparaissent des contradictions et des vertiges. Grouillent des traits tordus et dénudés aux friches d’une mémoire à la lisière de la ligne. L'intime hors de soi fait que le "moi" se détache de la loi du corps dans une sorte de désordre en suspension.

Anne-France Abillon propose une sortie, une assomption, une dilation discrète, une cristallisation d’accumulations de l'enfoui qui strangule. D'où l’éclosion d'une présence ambiguë. Une nouvelle fois l'artiste invite à une fouille archéologique. Surgit le regard sur le statut de la réalité et de l'être dans un travail en une poétique de l'effacement. De pudiques présences ouvrent un espace en glacis ou "pointes" par effets de surface comme de profondeur là où tout reste de l'ordre du mystère et du secret.

Jean-Paul Gavard-Perret

Anne-France Abillon, "L"intime au dehors", IGDA 2.0, Caen, du 3 au 15 octobre 2020.

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23/09/2020

Ali Kazma et les "femmes-frontières"

Kazma.jpgAli Kazma, "Woman at Work", Analix Forever, Chêne Bourg, Genève, du 4 septembre au 20 novembre 2020.

Avec "Women at Work" Barbara Polla présente - via l'artiste turc Ali Kazma  qui a illustré à travers une dizaine de vidéos le travail, le corps, et le corps au travail - une exposition féministe dans le meilleur sens du terme. Elle montre des femmes créatrices comme des ouvrières incroyables en plusieurs  domaines d'activités. Et Barbara Polla de préciser : "Jusqu’à présent, on a représenté beaucoup le travail sexuel des femmes, leur travail domestique, répétitif, leur travail ouvrier aussi mais c’est vraiment la première exposition de ce type, ouverte sur la réalité d’aujourd’hui. Une réalité désirable". Les femmes y surgissent entre créations artistiques, ouvrières, scientifiques, manuelles, industrielles, physiques, sportives voire sur elle-mêmes.

 

Kazma 2.jpgAli Kazma n'apparaît pas d’emblée comme un artiste qui s’intéresse aux femmes et à leur travail. Pendant longtemps, écrit l'artiste, "mes sujets n’étaient nullement genrés, mais guidés par mon intérêt pour un domaine, ou une personne particulière." Mais en 2019, en filmant la championne de dragster Anita Mäkelä, Ali Kazma réalise qu’il existe en celles qu’il était en train de filmer un certain nombre de spécificités "femme". Il décide alors de réexaminer son propre travail, de creuser cette question du genre et de proposer à Barbara Polla l' exposition : "Women at Work".

 

Kazma 3.jpgTout a commencé lorsque Paul Ardenne a emmené Ali Kazma à Pomona, sur les terrains américains de courses des dragsters. Le premier publie alors  "Apologie du dragster" illustré par les photographies d’Ali Kazma. Celui-ci se passionne pour ces courses étranges et découvre l’existence d’Anita Mäkelä. Il passe des photographies à la vidéo pour la filmer car il s’intéresse à celles et ceux qui repoussent les limites de leurs champs d’activité, professions et passions respectives. Ce tournage a transformé son regard sur les femmes. D'où son  engagement. L'exposition contribue à une ouverture.  Toutes les femmes présentes ici deviennent ce qu'il nomme des "femmes-frontières" à travers lesquelles il souligne la force - souvent bien plus grande - que celle qu'affirme les mâles pour se rassurer tant qu'ils le peuvent de leur domination qui devient ici une peau de chagrin. Bien fait pour eux !

Jean-Paul Gavard-Perret