gruyeresuisse

20/12/2017

Voyage, voyage : Lasse Kusk

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Lasse Kusk est un photographe allemand installé à Tokyo. Il vient de créer une série envoûtante et inquiétante dans une salle de bains d’un hôtel de Tokyo avec un modèle (Nabe). Le photographe crée avec elle un étrange dialogue amoureux un rien S.M.. L’image glisse le long du ventre, remonte, découvre une peau diaphane.

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Parfois le corps sous plastique ou cellophane fait masse presque cadavérique. Parfois l’image s’enroule autour du buste ou plonge face à la baignoire et au modèle poussée à une forme d’écoeurement. Des frissons semblent hérisser sa peau. L’angoisse est toujours présente au sein de cette cérémonie secrète.

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Les organes semblent répertoriés entre photos anthropologiques et poésie. Si bien que ce que Kusk remet en jeu s’inscrit toujours sous le sceau du doute. Mais le photographe sait faire éclater de petites unités d’émoi. D’où cette glissade de l'inconnue vers l'inconnu. Sans grand espoir de salut là où néanmoins le désir n’est jamais loin. Demeurent - au sein des couleurs froides - des failles. Font-elles partie du corps, de la narration ou de l’image ?

Jean-Paul Gavard-Perret

18/12/2017

Cig Harvey : ces petits riens qui font tout

Cig Harvey Bon.jpgPratiquant un réductionnisme assumé la photographe Cig Harvey n’a pas besoin de contextualiser ses sujets pour les faire briller. Ne restent que des situations souvent surprenantes et essentielles. En cette perte d’amarres la photographie n’erre pas pour autant : elle retient le réel par petits bouts d’attention.

 

Cig Harvey 3.jpgC’est plein d’alacrité, d’humour, de tendresse. C’est aussi un moyen d’éviter de porter sur un « point de vue » un simple regard distrait et d'y plaquer de l'émotion factice. Se crée une expérience originelle où l'œil est ému par l'impact de ce qu’il perçoit.

 

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L'oeuvre photographique transforme le réel selon des jeux de lignes et de couleurs. La créatrice aère plus qu’elle ne remplit l'espace selon une rythmique particulière. Moins peut-être celle de la vie que de la poésie des petits riens, des choses vues ou scénarisées. S’impose un tempo qui décompose le réel par l'assaut réitéré de ses « morceaux ». Ils vibrent dans le vide comme les notes acérées et agiles de Wes Montgomery.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lizzie Sadin et les Népalaises

Sadin 3.jpgLizzie Sadin - par son livre « Le Piège » sur la traite des femmes au Népal - lutte pour leur droit. Elle prouve que le pays des trekkeurs et alpinistes reste celui où elles sont les plus maltraitées au monde : méprisées dès le plus jeune âge, mariées de force, répudiées, violées, assassinées. Les meurtres sont facilités par des traditions ancestrales discriminantes. Le tremblement de terre en 2015 n’a fait qu’empirer leur condition. Sans emploi ni toit, arrachées aux zones rurales les filles sont amenées à Katmandou où elles subissent l’exploitation sexuelle dans des dancings, salons de massage, etc.. Certaines sont « exportées » comme prostituées en Inde, au Moyen et Extrême Orient.

Sadin.jpgEn infiltrant les réseaux de vente et de prostitution obligée, la photographe a pu rencontrer ces femmes, leurs bourreaux tenanciers de bordel, leurs clients demandeurs de chair fraîche. Ses photos parlent plus que tout discours. Lizzie Sadin dresse un état affligeant des lieux : personne au Népal ne considère le marché des femmes comme du trafic ou de la traite. D’autant que la naïveté de filles privées de tout enseignement est du pain béni pour les trafiquants.

Sadin 2.jpgLa grande pauvreté et la discrimination ne laissent pas espérer de solution. Croyant proposer sa force de travail, c’est sa personne elle-même que chaque femme offre. « Le Piège » qui se referme sur les Népalaises qui restent le symptôme d’un mal plus général. Les vies brisées des filles victimes de servitude de toutes sortes ne sont pas le monopole d’un seul état. Lizzie Sadin prouve que la lutte continue.

Jean-Paul Gavard-Perret