gruyeresuisse

05/05/2017

Gabrielle Jarzynski et Lucie Linder : épreuves de passage

La mue.pngGabrielle Jarzynski et Lucie Linder visent à la fois à rassembler et défaire un monde. Il ne s'agit pas pour autant d'un précis de décomposition. La chaîne visuelle est obtenue par une atomisation du lieu au sein du continuum de la marche d’une femme à travers la performance, la danse, la photographie et la vidéo. Les créatrices savent qu’il existe une zone dans l'esprit humain qui ne peut être atteint que par l’image et le son afin d’exprimer l’innommable. D’où ce jeu de mouvements. Il joue entre l’horizontalité et la verticalité dans un mouvement qui déplace les masses et les lignes entre énergie et épuisement.

Le schéma vital de la marche demeure comme acte de résistance perceptible et peut-être inexplicable même si parfois la femme semble rattachée à l’homme par un ruban ombilical. Mais le plus souvent elle s’élève, libre, dans une chorégraphie qui devient la chose la plus simple et la plus mystérieuse qui soit. La femme est « promise » en une forme d'objectivité plutôt que d'émotion même si celle des créatrices ouvrent à des trajets sur divers espaces où le son parle encore un certain silence au fond du personnage.

La Mue 2.jpg« La mue » met en « marche » l’Imaginaire là où la seule recherche féconde est une excavation et une convergence. La vie et l’art deviennent ininterrompues, concomitantes. Non pour une promenade mais une errance. Une attente, une espérance aussi, proches l'une de l'autre, proche de celui que la femme peut-être cherche ou attend en faisant preuve au sein d’une douceur qui fascine.

La Mue 3.pngImages et sons soulèvent le voile de l’existence là où la silhouette semble soutenir une étrange danse nuptiale : un pas en avant y équivaut à un pas en arrière. Dans ce corpus morcelé et lacunaire ce pas devient la trace d’une errance du corps qui oppose sa densité au glissement du temps. La silhouette paraît, reparaît jusqu'à ce point de non retour où la femme atteindra celle ou celui qu’elle cherche ou celle qu’elle devient pour être.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gabrielle Jarzynski et Lucie Linder « La Mue », Installation sonore (Gabrielle Jarzynski & Remi Lavialle) et visuelle.

16:22 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Juno Calypso : démultiplications

Calypso.pngLes œuvres aux miroirs de Juno Calypso peuvent aisément renvoyer aux théories de Lacan et son idée que le reflet est formateur de l’égo puisque toute image simple n’est jamais une simple image. Nous regardant dans un miroir nous nous rencontrons comme une unité "déceptive" certes, mais créatrice d’une personne entière, d’un “je” simple et complet dont Juno Calypso multiplie les facettes. Elle en accentue les reflets par les jeux de miroirs jusqu’à créer un paysage merveilleux où l’être est à la fois partout et nulle part.

Calypso 2.jpgRappelons que jadis le miroir était interdit aux « vilains » : seuls les nobles puis les bourgeois eurent droit à leur reflet fixé. Les temps changent mais la photographe ré-anoblit le portrait ou plutôt le ré-enchante.

 

Calypso 3.jpg

Non parfois sans une étrangeté parfois sinon macabre du moins mortifère même si le rose bonbon domine pour l’ironiser. L’œuvre devient subversive par une telle trans-visibilité. Elle crée à la fois illusion et réalité selon un reflet plus éclaté même que celui des jeux de miroirs.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/05/2017

Jodi Bieber : portraits pour tous

Jodi Bieber 2.jpgLa série de Jodie Bieber « Real Beauty » est le fruit d’un long travail et aussi d’évènements liés à sa vie. Elle a pu la réaliser uniquement lorsqu’elle a atteint une sorte de stabilité, sinon affective, du moins existentielle. L’idée de cette série est aussi un prolongement d’une campagne de la marque « Dove » en Angleterre où étaient présentées des femmes ordinaires en sous-vêtements. La photographe a senti le besoin de réagir face à une exhibition de poncifs d’une beauté conditionnée.

Jodi Bieber.jpgJodi Bieber brouille ici les cartes qui donnent de l’atout uniquement aux médias platement salaces. La photographie devient une surface où leurs bulles crèvent. La créatrice donne un air de fête à des corps qui dans leur éclectisme narre une autre histoire. Pas question de donner au voyeur une image préfabriquée ou de réduire les femmes à des « animaux familiers » et des « Fantômettes ». Ici elles sont bien vivantes, à l’aise dans leur chair, leur âge, leur couleur.

A sa manière Jodi Bieber rachète les péchés des anges de la publicité et des démons du marketing qui cherchent dans l’image de quoi satisfaire uniquement un être unidimensionnel voué à des présences cosmétiques.

Jean-Paul Gavard-Perret