gruyeresuisse

23/08/2018

L’ineffable et la matière : Pina Chiarandà

PinaChiaranda3.jpgPina Chiarandà reste au plus près possible de l’existence par ses narrations. Jusque dans l’architecture - un de ses thèmes privilégiés- elle cherche néanmoins l’ouverture du réel tout en évitant les grandes orgues du lyrisme et en cultivant « un buisson de questions » (Char) dans l’impeccabilité des images.

PinaChiaranda2.pngSe construisent les fragments d’un voyage dans le monde au nom d’un parcours intérieur par successions de tentatives et de reprises. Face aux emprises, aux culs de sac, le vivant reste présent en dépit d’un contenu latent parfois oppressant.

 

PinaChiaranda.pngContre l’écrasement chaque image devient un pou : il gratte le dedans de la tête. Chacun se débrouille, se dépêtre dans ce réseau parcouru d'intensités diverses de mémoire, de pensée, de sensation, d'émotion – parfois radicales et froides, parfois bondées et chaudes. Entre persistance de la photographie et le passage du temps, Pina Chiarandà exprime une liberté consciente de la limite et de la fragilité du monde et de ses structures mais aussi des intensités qu’il et elles recèlent.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/08/2018

Silke Wagner et les bijoux ravis


Silke.jpgSilke Wagner crée une œuvre fascinante à travers de multiples mediums. Elle ne cherche pas à décrire - cela n'a de sens que pour un répétitif, un sans invention - : elle invente des mythes étranges, des bords, des interruptions ou des surgissements qui intriguent. D’où un état particulier entre l’art et la vie. Les deux semblent en gestation entre lenteur et vitesse.

Silke 2.jpgExiste une plastique du biais qui sépare et unit. Tout semble parfois flotter de manière évanescente mais intense en des suites d’errances. Parfois la douceur fait place et volontairement à l’exagération graphique et une certaine idée de l’immense. Mais lorsque l’artiste sépare c’est pour unir. Tout demeure tenu - ou presque - comme si les éléments ne voulaient pas être lâchés tant la douceur retient. Mais parfois une puissance accapare, déborde.

Silke 3.jpgChez Silke Wagner les formes ne se ferment pas. Et pour pallier un manque de légende propre au monde contemporain, l’artiste travaille avec insistance, délicatesse : cela permet à chaque œuvre de pimenter tous les attributs du verbe “s’envoler ”. Dès lors attente et espérance sont proches l'une de l'autre. Statismes et mouvements interfèrent selon des indications, des repères, des points de naissance ou de perte. Telles sont les directions d’une œuvre dont le dynamisme se complète de reprises en reprises, d’une œuvre à l’autre pour aller du clos à l'ouvert en une succession de créations continuelles. Avec chaque fois des avancées qui contiennent forcément des abandons forment les rênes de l'attelage d’une « mythologie » dont les bijoux semblent ravis.


Jean-Paul Gavard-Perret

Silke Wagner, « New works », galerie Wilma Tolksdorf, Fransfort, du 8 septembre au 31 octobre 2018.

 

 

15/08/2018

Christine Valcke et l’énigme de la peinture

Valcke.jpgEn répandant sa peinture Christine la fait glisser vers le regardeur. Et ce d’un roulement qui fait apparaître quelque chose : une chose pas d’ici, un paysage dans le paysage…L’un dans l’autre, et l’artiste n’y est pas tout en étant là - dans l’étendue.

Valcke 2.jpg

 

Les images n’ont pas lieu, du moins telles que nous les attendons. C’est en quelque sorte une peinture qui se passe du réel. Bref - comme les femmes pour Lacan - « elle n’est pas toute ». Mais est-ce comme les susdites parce que la jouissance de la peinture n'est pas toute phallique ? A moins qu’à sa façon Christine Valcke cherche la solution à cette énigme.

 

Valcke 3.jpgMais ce qui compte chez elle reste que cette peinture n’est pas dans les images bien qu’il n’y ait pas d’images sans cette peinture. Elle se passerait bien d’elles mais le voyeur ne se passe pas de « l’espèce » et de l’espace d’une telle créatrice. Sa peinture est son lieu - même s’il ne s’agit plus pour lui de se rincer l’œil mais de plonger dans l’inconnu. L’artiste communique en douceur avec. Et cette communication est semblable à la limpidité de l’air. Bref dans le visible, Christine Valcke voit l’invisible, et c’est l’espace même - et il a l’être de ce qui est.

Jean-Paul Gavard-Perret

Christine Valcke, exposition, Maison de Roy, Sigean, jusqu’au 1er septembre 2018/