gruyeresuisse

09/11/2016

Les confrontations de Miriam Cahn


Cahn.jpgMiriam Cahn, « Paintings and works on paper from 1977 to 2016 », Bondeau et Cie, Genève, jusqu'au 17 décembre 2016

 

 

 

 

 

 

Cahn 2.jpgLes portraits de la Bâloise Miriam Cahn créent l’exigence d’un dialogue qui n’était pas prévu par l’entremise d’une restauration essentielle. Celui d’un portrait qui s ‘affichant interroge et se livre au dialogue. L’artiste devient passeuse en évitant les narrations d’anecdotes en s’immergeant dans ses œuvres « comme pour une performance ». Elle crée des visages à l’étrange connivence entre le corporel et spirituel, le réel et le possible. Jaillissent des revenants et "devenants" en des couleurs claires et intenses qui donnent au portrait un côté naïf et atmosphérique : on ne tombera pas pourtant dans la gouaille d’Arletty -Atmosphère, Atmosphère - qui ne conviendrait pas du tout.

Cahn 3.jpgLe visage ou le corps sert de rhétorique agissante, érectile. S’y captent des forces par le langage même de la peinture qui pousse à une étrange jonction. Elle rappelle ce qu’écrivait Blanchot : « Toujours je reviens pour autant que vous trouvez en vous l’aptitude à demeurer au plus loin ». Jetant sur le support papier son corps et de ses émotions, Miriam Cahn donne à l’être toute sa puissance. Il y paraît néanmoins fragile, désemparé dans une sorte d’équilibre précaire. Par delà le travail de la mémoire il possède parfois le parfum de fruits défendus entre douceur et violence.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07/11/2016

Les décréations de Natalie Huth


Huth.jpgLes collages de Natalie Huth sont des merveilles d’intelligence critique et poétique. L’artiste s’empare d’images chinées pour créer son Nouveau Testament ironique et athée. Au besoin, la prophétesse n’exclut en rien les activités érotiques pour la bonne cause : c’est à dire la mauvaise. Tout reste allusif, pervers donc délicieux. Huth 3.jpgLe collage accorde aux scènes un caractère surréaliste toujours chargé de sens. Artistiquement Natalie Huth se montre digne du varan et prouve qu’à l’impossible elle est tenue. L’artiste s’amuse et rappelle Michaux : « rien de bien haut, mais tout ces galbes donne le vertige». L’humour sort le passé comme le présent des gouffres où tant de créateurs les enferment.

Huth 2.jpgLes recréations (parfois de photographies dédoublées ou quadruplées, parfois remisées telles quelles) sont bien plus que des récréations. Ce sont des indispositions aux cérémoniaux moins délétères que drôles ou suaves. S’y percent bien des remparts du passé pour faire jaillir des images qui creusent le regard comme la fumée les poumons. S’y respire un lointain proche pourtant. L’œuvre produit des brèches à travers l’espace et le temps. Huth 5.jpgEmane un plaisir inexpliqué par divers déplacements. Jaillissent parfois des lamentos de tourterelles. Le réel échappe à la gravitation car Natalie Huth emprisonne moins qu’elle ne délivre entre embrassement et syncope, symétries et perspectives. Tout se joue dans le champ de l’ambivalence. L’espace est poétique en son déroulement comme dans jeux de miroirs ou de bandes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Yannick Bonvin Rey : lieux de silence

Bonvin 2.jpgYannick Bonvin Rey, exposition, Galerie Marianne Brand, Carouge, du 5 au 23 novembre 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

Bonvin.jpgExiste chez Yannick Bonvin Rey l'apparition de lieux mystérieux fondés par la peinture elle-même dont le langage devient bien plus qu'un réseau de signes. Le travail des pigments et de la matière crée une texture de strates, traits et griffures. La dissolution, la volatilisation du paysage réel se métamorphose en des formes et des forces plus sourdes en ce qui tient d'une alchimie. Elle donne au monde une nouvelle figuration et impose un recueillement. Les propriétés du visible et de l'invisible s'irradient mutuellement en une atmosphère étrange et poétique.

Bonvin 3.jpgChaque peinture de Yannick Bonvin Rey est de plus animée d'une lumière interne et d'une chaleur infuse qui ne refuse pas parfois une certaine froideur. Elle constitue autant le reflet des origines que le charme parfois raturé d'un lieu ouvert. Mais tout reste sur le point de se défaire. S’agit-il de déboucher sur le néant ou sur nos gouffres intérieurs ? Tout est possible. Yannick Bonvin fait pénétrer dans un univers où se détache de la masse des formes et des couleurs un bondissement ou une plongée là où tout est à la fois riche et nu en une complexité savamment orchestrée.

Jean-Paul Gavard-Perret