gruyeresuisse

17/06/2018

La maison bleue de Frida Kahlo

FridaKahlo.jpgJuste avant sa mort (3 ans après celle de sa compagne) Diego Rivera cède la Maison Bleue (aujourd’hui Musée Frida Kahlo) au peuple mexicain par l’intermédiaire de la Banque du Mexique. Il laisse à Dolores Olemdo la charge de gérer ce qu’un tel lieu recelait en demandant que les objets restent cachés pendant 15 ans. Ils deviennent les trésors de cette exposition.

 

 

 

 

FridaKahlo  2.jpgCette maison fut importante pour l’artiste. Elle y vécut enfant et, plus tard, c’est là que son travail artistique - que son père lui-même photographe encouragea - commença et se développa. La maison est souvent visible en son travail. Et Circe Fenestra et Claire Wilcox proposent pour une telle exposition des photos et une vidéo afin que le lieu retrouve une existence. S’y retrouvent bien sûr toute la culture mexicaine mais aussi l’influence germanique paternelle en un jeu d’immersion et de surplomb dans la pulpe de l’œuvre.

 

FridaKahlo 3.jpgLe visiteur peut saisir le goût de Frida Kahlo pour les couleurs (le vert, le blanc, le noir, le bleu) et l’ornement en tant qu’objets de beauté et pour cacher les souffrances physiques et morales de l’artiste. Elle dut subir de nombreuses opérations et porter des prothèses orthopédiques visibles dans l’exposition. L’artiste sut les cacher par des habits qu’elle créa ou fit créer pour se métamorphoser en un personnage glamour et sophistiqué. Son art hybride demeure très contemporain et porte les stigmates de ses luttes physiques et politiques, de son mariage turbulent et de son impossibilité à avoir des enfants. L’exposition présente aussi d’incroyables bijoux qui sont des pièces d’exception héritées du passé précolombien de Mexique. Ils ajoutent une « couche » de beauté à une telle une icône de la mode et de l’art voire bien plus.

Jean-Paul Gavard-Perret

Frida Kahlo: Fashion Victor at the Victoria et Albert Museum Londres,juin-juillet 2018.

 

16/06/2018

Cabinets de médecine de la poésie générale

Deloche.jpgMarie-Philippe Deloche vient de créer une maison d’édition. Et en guise d’ouverture elle continue son travail de revue. Car « Voix publique Voix privée » offre une cinquantaine de nouages entre ses deux « champs ». L’intime n’y est plus une affaire d’ego.

Connus ou inconnus (les plus surprenants peut-être), écrivant à la fois contre et pour le langage, contre et pour eux-mêmes, les auteurs offrent divers énoncés qui restituent - du moins pour certains - l’envergure de l’impossible : Narimane Rahdoum, Justin Follenfant par exemple sont capables de s’oser, de sortir leur souffle pour remplacer leurs suffocations premières par une inspiration qui devient connivence entre soi et le monde. Existent là une dévoration des mots puis leur restitution.

Il est vrai que Marie-Philippe Deloche donne elle-même voix à ceux qui croyaient ne pas en avoir. Psychiatre elle anime des séances où les muets osent enfin émettre leur vérité provisoire – mais vérité tout de même. Une des poètes ne sait - ou ne peut pas - écrire mais la directrice a retenu ses paroles pour offrir un des plus beaux poèmes de l’ensemble.

Deloche 2.jpgCes voix foraines et jusque là disparues sont soutenues par celles de Jean-Pierre Siméon, Perrin Langda, Fabrizio Gambini (entre autres). Elles appuient de leurs présences des voix sorties d’abîme intérieur pour inventer – comme l’écrit Brice Bonfanti - des « voies insensées où se crée le neuf.

 

Ajoutons à cet ensemble la qualité de la jaquette créée par Julie Fuster. D’emblée un tel opus impose sa Deloche 3.jpgpuissance de feu. Tout est original et fort. Les 53 poètes font honneur à leur art en répondant à la « convocation épistolaire » (mais pas seulement) de l’ordinatrice. Sortant de sa « forêt hospitalière », elle en ramène des fleurs qui ont leur place dans « les cabinets de médecine de la poésie générale ».

Jean-Paul Gavard- Perret

« Voix publique, voix privée », recueil collectif, Editions Folazil, Grenoble, 2018 et Marie-Philippe Deloche - Julie Fuster "Plus la neige tombe sur le ciment", Editions Mains Soleil.

14/06/2018

Les mitrailles indociles de Christine Streuli

Streuli 2.jpgChristine Streuli, «smokescreen», Galerie Mark Müller, Zurich du 8 juin au 21 juillet 2018/

Avec « smokescreen » Christine Streuli poursuit son œuvre emplie de couleurs et de fausses ornementations sur de grandes toiles où les mirages de la représentation sont remplacés par d’autres arrimages dans un espace luminescent et un jeu de dégradations, de coulures. Des dermes évanescents de couleurs imposent leur règne.

 

 

Streuli.jpg

 

L’œuvre ravitaille en geysers colorés de danses des malachites. Des étoles permettent de soupçonner des effervescences et des jeux d’interférences. Le réel remue là où les couleurs créent une chorégraphie sauvage dont les formes n’ont rien d’emmuré. L’ensemble mitraille la surface de manière indocile. La peinture reste libre, elle déboute l’âpre comptine du réel en se décalant de tout effet du mime.

Jean-Paul Gavard-Perret