gruyeresuisse

04/12/2016

Le silence de l’île : Barbara Bonvin

 

Bonvin.jpgBarbara Bonvin, « Impressions d’Islande », du 2 au 18 décembre, La Menuiserie, Lutry

Barbara Bonvin, à travers différentes techniques (peintures, estampes, dessins) évoque l’Islande en tant que corps et peau. Partant d'une expérience existentielle qui puise sa source dans l’île habilement remodelée par les interventions plastiques, l’artiste entame une desquamation et un tatouage loin de toute posture psychologisante même s’il s’agit d’un poème d’amour tendu vers la terre double qui souffle le froid et le chaud. Le souffre n’y est plus mortel. Les images et les techniques sont choisies par souci d'économie sémantique et bien sûr pour la rythmique qu’elles génèrent.

Binvin 3.jpgLe dévoilement poétique a donc lieu par des images « matières » autant que sens. D’où cette palpitation du vivant en une mise en scène minimale en s’appuyant sur les espaces - tissus et tessitures. Le corps de l’île est évoqué en harmonique et dissonance loin de toute métaphore. L’élément marin et la force tellurique de l'île sont pris dans l'infini de leurs fluctuations  aux masses floues et indistinctes mais la plasticienne  évite le piège de la confusion afin de présenter une infusion vitale là. Elle peut s’écrier : "je suis en territoire - conquise mais non en territoire conquis".

Jean-Paul Gavard-Perret

03/12/2016

Agnès Giard : poupées de circonstances


Love Doll.jpgAgnès Giard, "Un désir d'humain, les love doll au Japon", Éditions Les Belles Lettres, Prix Sade 2016. L’auteur présente son livre le samedi 10 décembre à la Librairie HumuS, Lausanne.

Spécialiste des marges de la culture nippone, Agnès Giard s’intéresse dans son dernier livre aux « love doll » présentées par leurs fabricants et selon une « belle » tartufferie non comme objets (de luxe) sexuels mais « filles à marier ». De fait elles deviennent, et si l’on peut dire, le cache sexe de la misère sexuelle et de la solitude. Visage absent, corps édulcoré cette poupée-ustensile de grandeur nature fluidifie le manque par approximation. Elle propose la vision d’une « pin-up » idéale, fétichisée, espérée peut-être.

 

 

 

Love Doll 2.pngLa carburation du fantasme peut y avoir livre cours selon une économie libidinale au rabais. Intrinsèquement de telles « produits » posent les problèmes fondamentaux du voir et de la possession d’une femme en un déplacement « jouet-sif ». Un tel objet-sujet renvoie son propriétaire à une image narcissique au moment où de fait la poupée entretient par procuration la convention collective des pactes sociaux forgés par les hommes et pour eux. Cette femme devient la fausse note qui permet au chœur masculin d’assouvir un brame érotique sans sortir de sa tour « d’y voir ».

Jean-Paul Gavard-Perret
.

 

02/12/2016

Isabelle Jarousse ou les espaces obsédants

Jarousse.pngIsabelle Jarousse a appris à fabriquer elle-même le support de ses œuvres – à savoir le papier. Plutôt que de le réduire à une surface plane, elle le torche, le plisse quand le besoin s’en fait sentir. Si bien que le support lui même devient langage puisqu’il est en quelque sorte le creuset du travail. Le dessin épouse les reliefs du papier pour imposer une vision grouillante où surnagent êtres, faune et flore dans un étrange Eden – à moins que ce soit un enfer de Dante.

Jarousse 2.pngL’accident de parcours joue nécessairement un rôle dans la création : l’artiste ne le subit pas pour autant, elle en fait son allié. Il permet l’érection d’une forme d’érotisme jonché de fentes et de rides. Surgit moins une narration qu’un langage spécifique où la représentation tient autant de la figuration que de l’abstraction en divers flux et calligraphies à l'encre de Chine. Liberté et tumulte créent un univers étrange aussi mythique que neuf. La hantise des espaces joue à plein.

Jean-Paul Gavard-Perret

Isabelle Jarousse, « Papier blanc, encre noire – Double regard », galerie Mottet, Chambéry, 3 décembe 2016 -14 janvier 2017.