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16/09/2016

Les histoires d’O de Céline Peruzzo

 

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Céline Peruzzo,"Cuisses & Palms", galerie Body & Soul, à partir du 17 Septembre.

Enlever son soutien gorge en fin de journée, enfiler son jean après être épilée, ou manger directement de la glace dans le pot tout en se donnant du mal pour maigrir ne suffit plus. Céline Peruzzo réclame plus pour ses femmes. Donc pour elle-même. Son œuvre est moins un faire part qu’une part faite pour parfaire le corps féminin au sein d’une révolte fantaisiste contre la honte, l'incompréhension qui saisissent les fées du logis dès les paradis verdâtres des amours enfantines.

Peruzzo Bon.jpgAu lit de salades frisées la femme doit préférer le sien. Et pour s’y reposer. L’homme ne pourra plus y jouer les alouettes. S’il enlace sa chérie il y a fort à parier qu’elle s’en lasse eu égard aux conseils de l’artiste : Bourguignon ou non le mâle sera un négociant en vain. Et Céline Peruzzo le prouve. Pour une femme il n’y a pas d’histoire d’O dans celle de vaisselle. A Monsieur Propre les nonnes du ménage ne montreront plus leurs seins. Finis l’hypertension, la phlébite. Comme l’Albion l’artiste apprend à filer à l’anglaise et c’est pourquoi ses femmes ont la cuisse belle. Que certains mâles s’en hérissent cela qui ne manquerait pas de piquants.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/09/2016

Sources de vie d’ Anne-Sophie Tschiegg


Tschiegg.pngAnne-Sophie Tschiegg crée une œuvre captivante. Des rêves dorment entre les jambes de femmes entre elles, des fleurs jaillissent des larmes d’un jardin. Pas de couleuvre entre les racines. Reste un feuillage de figures en demi-teintes. Le ciel se couvre d’un lit lunaire. L’œuvre devient une surface de réparation. A la regardeuse, au regardeur de jouer avec le dispositif, d’éclaircir le rébus de scènes furtives, allusives ou non. La créatrice enchante le paysage, le portrait : surgissent une suite d’esquisses, de fragments. Ils glissent vers des lignes de fuite ou de recouvrance.

Tschiegg 3.jpgExiste soudain l’avant des mots, leur résonance, le vide laissé - coup de gong. L’impact retourne au silence. Mise en jeu, la peinture révèle. Le corps féminin filtre son rapport au corps de l’autre qui est le même : l’imaginaire ne brouille pas les pistes, il les précise. Happée par Méduse, une femme mime la lallation, remonte la mammoland ou redevient infante. Un murmure monte. Cendrillon perd parfois sa pantoufle. Ou plutôt glissant sur un tas de coussin égare sa chaussure. Tschiegg 2.jpgLa voilà parfois rouge et essoufflée. Sur le pont qui enjambe sa source, un chat blanc ronronne. Insituable autour d’un vide sans espace craque une étonnante faille. La bouche, les bras. Mante dans les draps. Les fleurs de lys laissent sur les doigts des fées du jour et du logis leur pollen. La créatrice n’épuise jamais les possibles. Elle leur donne un maximum d’extension dans une sorte de rêve. Un rêve qui aurait lieu dans une nuit sans sommeil. Comme celui de la créatrice, le regard entre en posture d’insomnie.


Jean-Paul Gavard-Perret

Coffret Anne-SophieTschiegg, 4 volumes, Littérature Mineure, Rouen,  25 Euros., 2016.

09/09/2016

Korean Delires : Françoise Huguier


Huguier 4.jpgLauréate du prix Albert Kahn 2016 Françoise Huguier permet de découvrir de manière ludique, enjouée (mais pas toujours) de la Corée du Sud telle qu’elle est. Seoul est surpris sous différents aspects : tradition et comportement avant-gardistes s’y mêlent en un patchwork coloré. S’y rencontre bien sûr les boys-bands locaux de la « K-pop » qui a envahi le monde entier. Huguier 3.jpgLes rues frétillent des jeunes filles issues de la nouvelle vague coréenne (« Hallyu ») aux looks « fashion » plus improbables encore que ceux de leurs consoeurs de Tokyo. Françoise Huguier après diverses enquêtes filées a d’ailleurs pu suivre un girls-band (« La Boum » sponsorisé par une clinique de chirurgie esthétique…). Elle l’a photographié en un clin d’œil génial au « Marie-Antoinette » de Sofia Coppola.

Huguier 2.jpgTout dans cette série (jusqu’au cercueil ouvert pour une cérémonie mortuaire) prend un aspect inattendu et décalé. La photographie qui manque trop souvent de morsures se métamorphose en une vision qui pourrait sembler une pure exhibition mais ne l'est pas. Au sein de cette auscultation urbaine, le regard et l'émotion sensorielle sont chaque fois interpelés, surpris, fascinés. La photographie devient ce que Pierre Bourgeade lui demandait : "sous l'œil lumière, de l'ombre au soleil, une fleur carnivore inconnue de nous-mêmes". Le pays que les occidentaux ont tendance à voir comme une masse homogène s'ouvre à une diversité sidérante.

Jean-Paul Gavard-Perret

Françoise Huguier, “Virtual Seoul”, Polka Galerie, Paris, du 10 septembre au 29 octobre 2016.