gruyeresuisse

18/09/2016

Maria Guta et les femmes

 

Maria Guta.jpgMaria Guta, « Installation VR de Maria Guta pour POV paper », Lac Scubadive, Vevey, le 18 septembre 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maria Guta 2.pngMaria Guta fait tenir debout les femmes au besoin en les couchant sur un lit afin d’affermir leur équilibre. Pour elle, ses égéries le trouvent par les sentiments, les sensations, les intuitions qu’elles font éprouver à l’artiste. Elle les scénarise en les illuminant d’humour et de fantasmagories. Elle s’offre le luxe de jouer avec leur présence en la transformant en "artifice". Quant à l’homme, il n’est jamais présent : il n’est que le témoin inquiet des monstrations de l’artiste.

Maria Guta 3.pngMaria Guta répète la certitude de son existence par des postures de feintes d'illusions. L’artifice, elle l’incarne. La photographie apparaît comme la fiction d’une présence qui subtilise le désir des hommes par celui des femmes. Pas question de dérober les pensées de ces dernières mais juste de les utiliser en en jouant. S’incarne tout autant l’extase de la lucidité que de l’illusion.

Maria Guta 4.pngL’espace tourne autour du corps féminin. C’est un fleuve entre terre et ciel déchirant l’entre-deux. Il devient creux, orbites, cavernes, diaclases. Tout est à sa place. Les lumières et les ombres à partir du corps qu’elles éclairent ou obscurcissent sont suspendues sans appel dans une fixité drôle ou spectrale.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/09/2016

Veuve Alvilda : adorable menteuse

 

Alvida 3.jpgVeuve Alvilda dit faire de « petites photographies ». Tout juste si elle n’ajoute pas « sans importance ». De fait la jeune artiste crée des fictions enjôleuses, cajoleuses et démoniaques. Et il n’est pas jusqu’à la notion de genre d’y subir certains détours. Existe une « science » de l’esprit et du corps, de leurs fêtes et de leur ascèse à l’entrecroisement de la nécessité et de l’accident. Ils interagissent pour transformer le réel en chien fou qui dépasse l’illusion platement érotique. Ce qui pourrait se nommer « pornographique » devient une farce à paillettes pour repousser les limites de certains jeux que la littérature établit le plus souvent derrière ses parapets ou paravents japonais.

Alvida.pngLes déterminations changent de cap par le langage plastique d’une telle veuve joyeuse voire un rien clito… A ce titre le monde et sa sexualité peuvent paraître effrayantes mais il y a là une nécessité pour comprendre ceux qui vivent le stupre dans la crasse ou la prostitution. En cette figuration une unité a lieu : elle fait avancer jusqu’à l’histoire des images entre utopie, réalité et quintessence de la « viande » (Artaud). Alvida 2.pngVeuve Alvilda capte un élan scandaleux sans doute aux yeux de la morale des adorateurs du dieu unique : il n’existe plus de hiérarchie. L’homme n’est pas plus le roi de la création que le lion n’est celui des animaux et le chien est autant un frère que n’importe quel humain - et ce sans effet de réincarnation.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Oeuvres visibles chez Corridor Elephant, Paris.

16/09/2016

Cathy Cat-Rastler : Ce à quoi les femmes aspirent…

 

Cat Rastler.jpgCathy Cat-Rastler (plasticienne et psychanalyste) a fait une fixette sur son aspirateur. Cette passion (peu coupable) lui a fait remarquer que les femmes de son entourage n’avaient jamais le même aspirateur... Quoique fabriqués en série tout se passe comme si chaque femme se débrouillait pour posséder un objet unique à l’image même de leur mari. Elles partagent d’ailleurs avec les deux une relation aussi intime ou l’amour jouxte la haine.

Cat Rastler2.jpgPour les scénariser Cathy Cat-Rastler a créé une série d’images et une bande-son où les inspirées avouent ce que leur partenaire provoque chez elles. Pour certaines l’aspirateur est l’impérial, pour d’autres ce n’est qu’un fantassin dont l’emploi est délégué à un autre Rex imperator : le mari. On ne sait s’il s’en trouve fort marri. CatRastler 3.jpgL’objet est donc sinon une machine célibataire du moins un objet de jouissance plus ou moins délétère, fusionnel ou guerrier : « Pas question d’être brutalisée par lui, alors je le brutalise, je lui rends la pareille » dit l’une d’elle. Il se peut que jaillisse ici ce que Maël Guesdon nomme « l’identification sexuelle inconsciente ». A chaque utilisatrice et utilisateur de se poser la question.

Jean-Paul Gavard-Perret