gruyeresuisse

30/12/2017

Anouck Everaere : territoires, cartes et "clandestinées"

 Qui.jpg« Là d’où tu viens » est une série où Anouck Everaere part à sa propre recherche. C'est l'impossible qui lui fait mal et elle tente de retrouver temps et lieux à travers ce qui fuit. D’où sa recherche des autres : ceux qui la touchent auxquels elle pose - pour la scénariser - la question générique de la série. Leur réponse est donnée par leur « territoire » ou ses traces. L’artiste offre ce qu’elle nomme une « carte anthropomorphique » à travers des corps anonymes en des lieux banaux et dans lesquels leur visage devient une cartographie en marge. Les photographies argentiques couleurs sont scannées pour mettre inventer des montages drôles ou de drôles de montage entre quotidien et poésie.

Qui 3.jpgPrise de nombreux coins de France, de Belgique, d’Ecosse et d’ailleurs chaque photographie illustre combien plus l’artiste avance dans sa démarche plus elle se sent en vie. L'urgence la dépêche. Si elle veut la lenteur c'est pour demain. Elle crée toujours pour les mêmes causes et les mêmes raisons. Le regardeur voyage vers l'intérieur de ce questionnement. Le visage ouvre sa « clandestinée » par un tel montage où l’absurdité apparente devient effet de vérité au-delà du réel.

Qui 2.jpgL’œuvre se transforme en tendre matrice et chaudron de sorcière entre accords et désaccords par ce chantier en perpétuelle gestation. Il viole l'indicible, se moque des chastetés intelligibles. Les inserts « figuraux » remontent comme autant d’aveu. Leurs sous-jacences emportent dans leurs remous. La photographie ne mûrit pas les fantasmes, elle fait mieux. Elle les métamorphose dans des propositions phosphorescentes afin de nous faire aller plus loin par delà l’obscur là où le masque devient signe.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/12/2017

Les sœurs H ou l’incertitude des corps simples

soeurs H bonbon.jpgEn 2021 Musée de l’Elysée ouvrira dans un nouveau quartier des arts. « Plateforme 10 » regroupera sur un même site le musée de la photographie, le mudac et le mcb-a. En attendant sur ce chantier se produisent déjà des performances inédites dont celle des Sœurs H il y a quelques semaines. Elles développent une proposition dont le sujet est la transformation et les expérimentations sur les incertitudes identitaires, leurs tentatives, leurs échecs et le rêve de pouvoir se devenir et ce, au sein de diverses couches de sens.

soeurs h bon.jpgLes Sœurs H créent des installations vidéos et sonores. Isabelle Henry Wehrlin est vidéaste, Marie Henry pratique l’écriture dramatique. Elles mixent leurs arts au sein de montages narratifs hybrides entre les arts visuels et la forme scénique. Elles décalent la réalité ; l’image avec inserts, le son imposent un univers particulier comme dans « Même dans mes rêves les plus flous tu es toujours là à me hanter, Jean-Luc » ou « Je ne vois de mon avenir que le mur de la cuisine au papier peint défraîchi » et à Lausanne avec « Tumulte ». Cette proposition situe parfaitement les recherches des deux créatrices au sein du passage trouble entre l’enfance et l’adolescence et l’interrogation qu’il suscite.

Soeurs H.pngInventant leur propre grammaire visuelle et sonore les Sœurs H montrent et font entendre ce qui sourd et jamais ne fait surface au sein d’un univers tour à tour, proche et lointain. Il s'agit d'inventer le regard. De glisser à la surface des volumes. Sans rien expliquer ou revendiquer à travers la cloison fragile et transparente du réel. Pour inventer ce regard il s’agit d’atteindre le fond du lisible en brouillant toute structure du discours par enjambements et ruptures selon une expérience du temps, de l'espace, de la mémoire pour une théâtralisation d'un sens à peine formulable.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:45 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

27/12/2017

Laetitia Corbomecanik ou les ailes noires du désir

Laetitia.jpgL’homme face à aux univers érotiques des images standards est réduit à un peine à jouir, un prédateur aux semelles et devient la victime de sa propre embrouille libidinale. La solitude et la gêne règnent bien plus que le partage fût-il facturé. Il n’existe là nulle célébration. C’est pourquoi Laetitia Da Beca (aka Corbomecanik) en propose une. Mais hors des sentiers battus par ses photographies, dessins, performances, mises en scène.

Laetia bon 2.jpgElle interroge le sens des images, leurs errances, leurs pièges. La créatrice se moque des souverains poncifs de la photo dite de charme et la remplace par d’autres figurations du désir. Le ludique n’est jamais oublié au cœur même de la gravité. La performeuse en ses autoportraits comme avec ses figurines de latex en profite pour présenter des variations sur la pulsion amoureuse. Laetia bon.jpgLe corps photographié est sans doute désirable mais l’artiste le floute, le remplace ou le farde avec diverses références du hard-core comme au film noir. Il y a là l’objectivation du factice, la théâtralité d’une société intime « du spectacle » propre à ravir Debord.

Laetitia 2.jpgLe désir dans sa métaphore opératoire révèle nécessairement un objet : mais ici parfois il n’est pas le bon. Et lorsqu’il l’est, le regard qui se porte sur lui n’est plus celui d'une béatitude mais d’un empêchement. Il ramène à une « nuit sexuelle » sans doute moins première que celle dont parle Quignard. Le désir que l'œuvre propose n’a donc rien de consommable. D’autant que l’artiste prend soin de ménager divers types de trompes-faim parodiques, de miroirs brisé du simulacre. En une vision remisée et un aveu contrarié, tel un fantôme, tout en s'offrant la femme poursuit sa fuite.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://www.corbomecanik.com/