gruyeresuisse

12/12/2016

L’ogresse au poil : Claudie Dadu

Dadu.pngPour beaucoup Claudie Dadu est la femme à barbe. Ce qui n’enlève en rien sa féminité lorsqu’elle arpente les vernissages armée de son colifichet constitué de sa longue chevelure ramenée sur visage. Mais l’artiste est surtout spécialiste du dessin à main levé effectué d’un seul trait d’où saillissent souvent des gros plans érotiques.

Dadu 2.pngMétaphore agissante du cheveu, le trait permet de faire des œuvres « à et au poil ». Derrière le fond esthétique s’inscrit une littéralité brute de décoffrage non sans portée burlesque, baroque et fantastique où la « vanité » est parfois suggérée. Dès lors le dessin érotique s’éloigne des images bestiales, oblitère les frontières entre les êtres, libère un inconscient où la gargouille comme le graffiti n’est jamais loin.

Dadu bon.jpg

 

Les catégories habituelles perdent leur sens et le genre lui-même se défait pour jeter un trouble singulier dans les représentations duales du monde. La situation de la femme est suggérée de manière indirecte entre pudeur et impudeur, toujours avec légèreté. Chaque dessin demeure éthéré et ne tient qu’à son fil. Dadu 3.jpgLe contour déleste le propos d’une charge trop libidinale. L’artiste n’en préserve que la volupté. Se dénude l’altérité d’un soleil noir, d’une lune blanche en des cérémonies dont ne sera connue que la lisière. Nul ne pourra dire quel voyou des barrières caresse un sein mais la beauté diaphane est au rendez-vous.

Jean-Paul Gavard-Perret

www.Dadu.fr

11/12/2016

Isabelle Pilloud et la beauté des femmes

PILLOUD BON.jpgIsabelle Pilloud, « Femmes et artistes à Fribourg », Musée de Charney, du 11 décembre 2016 au 12 février 2017.

Sans s’arrêter au visage, à la ressemblance et à la beauté de façade, Isabelle Pilloud poursuit sa quête des femmes en lutte, des héroïnes du quotidien. Restent des rehauts sur le silence: ils entraînent à nouveau la pensée picturale dans l'inconnu(e) entre le vide et l'évidence. Pas d'a-jour réservé à la toile, pas de parcelle laissée à son propre devenir sans charge d'émotions.

Pilloud 3.pngImmobilité pense-t-on d'abord : mais la résultante de tous les dépôts venant nourrir le regard de vagues successives crée une suspension, un point d'équilibre entre le temps qui aura mûri la lente méditation et celui qui - traversant la toile - distille en nous son rayonnement.

 

Pilloud 2.pngL'œuvre est l'aboutissement d'un lent travail d'approches et de révisions. Celui d'un œil et d'une main en mue perpétuelle et obsessionnelle. Il s'agit de dégager des constantes, de laisser des traces lisibles et les limbes d'un corps qui se cherche ou se perd comme énigme. Il se montre, se cache, pense. La peinture touche, saisit. Une pulsation lourde sourd du plus profond mangé d'ombres mais qui s'éclaire de couleurs, loin des mots, pour le cœur et l'émotion.

Jean-Paul Gavard-Perret

10/12/2016

Louisa Gagliardi : espèces d’espaces


Gagliardini.pngLa jeune graphiste lausannoise Louisa Gagliardi impose des œuvres qui sont de véritables usines à gaz. Recherches personnelles ou travaux de commandes qu’importe : histoires, anecdotes trouvent un traitement aussi impeccable que surréel. Il existe là des féeries glacées impressionnantes déclinées à travers des points de vue subjectif ; celui de ses « narrateurs » et celui de la créatrice elle-même à travers ses traitements numériques. Jaillissent divers types de hantise des lieux en une poésie mystérieuse et prégnante. Un ordonnancement subtil, acéré (mais doux parfois) crée un langage particulier. Rehaussé de volumes géométriques les images peuvent servir de cautions au rêve. L’anonymat décliné sous forme de structures crée une énergie ténébreuse.

La puissance immobile, épurée et chargée de silence des monstres architecturaux comme égarés dans un tel contexte suggère un équilibre où le jeu du lointain fait celui de la proximité. Sous l’apparence crue un lieu dégagé de toute facticité aguicheuse ou de pure « façade », se produisent une complémentarité et une harmonie intempestives. L’oeuvre renforce l’idée que l’architecture est réactive et « métaboliste ». L’imaginaire graphique permet donc franchir des seuils et reste au service de rapports complexes. Masses et ruptures de plans font que les structures et leur contexte se regardent et se complètent. L’espace y devient temps. Temps non pulsé mais à l’indéniable force suggestive.

Jean-Paul Gavard-Perret

Louisa Gagliardi , « Notes for later », Galerie Rodolphe Jansen, Livourne, de12 janvier au 11 février 2017.