gruyeresuisse

19/09/2016

Magdalenna Satanneck : "le rien au monde que plus aima"

 

magdanela.jpgMagdanela Satanneck pose son corps devant l’immense masse de silence et réinvente le langage de la nudité. Du clair, de l’obscur, du tendre, surgissent les instants du monde où celui-ci se concentre en des points spécifiques de fixation : de la pensée ou de l’inconscient, se perce leur peau fuyante. Restent les plis du coeur, les déchirures de l’âme. Les portraits font leur chemin dans le jeu des miroirs. La beauté est rigueur. A l’horizontalité répond la verticalité. Demeure la folie de tout ce vu, du croire, du croire entrevoir sans stress, sans strass, sans cesse, sans sauce textile.

magdanela4.jpgFace à l’absence, la photographie pose une présence comme celle de l’enfant qui ne vient pas occuper une place auparavant vide si ce n’est celle creusée par le désir. La capter comme le fait Magdalenna Satanneck appelle à exister « sous une apparence fausse de présent » (Mallarmé). Reste un corps en impeccabilité dont le cuisant et le cuivré sont dégagés de tout obscène. Chaque (auto)portrait côtoie moins un débordement qu’un dépassement. Et si créer est une activité esthétique qui se dit à l’infinitif elle travaille en même temps et ici un « je » qui est « le rien au monde que plus aima » la photographie.

magdanela3.jpgElle ramène à l’espace de la déposition s’agissant du corps en tant qu’objet de perte et de résurrection. Le secret vient une fois de plus affirmer son autorité car il est dans le corps. Mais de quel corps s’agit-il De qui est ce corps ? Voilà la question dangereuse puisqu’il s’agit de celle de l’identité. Elle devient une ombre qui ne me suit pas forcément le corps : elle le précède, argumente le silence en un trouble premier pour en éclairer beaucoup d’autres. Magdalenna Satanneck y ajoute les siens : se sont ses « pions » dont elle plus pionnière que pionne.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/09/2016

Maria Guta et les femmes

 

Maria Guta.jpgMaria Guta, « Installation VR de Maria Guta pour POV paper », Lac Scubadive, Vevey, le 18 septembre 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maria Guta 2.pngMaria Guta fait tenir debout les femmes au besoin en les couchant sur un lit afin d’affermir leur équilibre. Pour elle, ses égéries le trouvent par les sentiments, les sensations, les intuitions qu’elles font éprouver à l’artiste. Elle les scénarise en les illuminant d’humour et de fantasmagories. Elle s’offre le luxe de jouer avec leur présence en la transformant en "artifice". Quant à l’homme, il n’est jamais présent : il n’est que le témoin inquiet des monstrations de l’artiste.

Maria Guta 3.pngMaria Guta répète la certitude de son existence par des postures de feintes d'illusions. L’artifice, elle l’incarne. La photographie apparaît comme la fiction d’une présence qui subtilise le désir des hommes par celui des femmes. Pas question de dérober les pensées de ces dernières mais juste de les utiliser en en jouant. S’incarne tout autant l’extase de la lucidité que de l’illusion.

Maria Guta 4.pngL’espace tourne autour du corps féminin. C’est un fleuve entre terre et ciel déchirant l’entre-deux. Il devient creux, orbites, cavernes, diaclases. Tout est à sa place. Les lumières et les ombres à partir du corps qu’elles éclairent ou obscurcissent sont suspendues sans appel dans une fixité drôle ou spectrale.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/09/2016

Veuve Alvilda : adorable menteuse

 

Alvida 3.jpgVeuve Alvilda dit faire de « petites photographies ». Tout juste si elle n’ajoute pas « sans importance ». De fait la jeune artiste crée des fictions enjôleuses, cajoleuses et démoniaques. Et il n’est pas jusqu’à la notion de genre d’y subir certains détours. Existe une « science » de l’esprit et du corps, de leurs fêtes et de leur ascèse à l’entrecroisement de la nécessité et de l’accident. Ils interagissent pour transformer le réel en chien fou qui dépasse l’illusion platement érotique. Ce qui pourrait se nommer « pornographique » devient une farce à paillettes pour repousser les limites de certains jeux que la littérature établit le plus souvent derrière ses parapets ou paravents japonais.

Alvida.pngLes déterminations changent de cap par le langage plastique d’une telle veuve joyeuse voire un rien clito… A ce titre le monde et sa sexualité peuvent paraître effrayantes mais il y a là une nécessité pour comprendre ceux qui vivent le stupre dans la crasse ou la prostitution. En cette figuration une unité a lieu : elle fait avancer jusqu’à l’histoire des images entre utopie, réalité et quintessence de la « viande » (Artaud). Alvida 2.pngVeuve Alvilda capte un élan scandaleux sans doute aux yeux de la morale des adorateurs du dieu unique : il n’existe plus de hiérarchie. L’homme n’est pas plus le roi de la création que le lion n’est celui des animaux et le chien est autant un frère que n’importe quel humain - et ce sans effet de réincarnation.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Oeuvres visibles chez Corridor Elephant, Paris.