gruyeresuisse

23/10/2018

Wanda Orme et sa sirène

Orme.jpgWanda Orme - artiste multidisciplinaire et écrivain - sait jouer avec les clichés qu'elle met en scène. Il y a dans ses images et leurs hallucinations enjouées, les pièges et les jeux propres à l'imagerie Latex et un rien S.M. que la créatrice promeut pour la marque britannique de lingerie de luxe "Coco de Mer".

Les signes classiques d'un tel "déguisement' sont à la fois magnifiés et obviés là où la sensualité n'est pas forcément celle du plein mais du délié dans une sorte de jeu nocturne mais plus paradisiaque qu'infernal. C'est sans doute une manière de donner une autre image à la marque de luxe.

Orme 2.jpgMais c'est aussi un moyen pour la native de l'Ile de Man de communiquer et de subvertir en mettant l’accent sur l’expérience, la vulnérabilité, la résonance et la sexualité. Entre le désir et son analyse ludique, les images explorent des idées d’excès et de prolifération en relation avec une sexualité signe pour elle de «la lune croissante, le débordement et l’abondance». Mais gare aux chausses trappe que la créatrice tend à travers son modèle April Alexander.

Jean-Paul Gavard-Perret

Vernissage le 24 octobre 2018 au magasin phare de Coco de Mer, 23 Monmouth Street London WC2.

20/10/2018

Nicole Miescher : mémoire et attente

Miescher.jpgNicole Miescher, « Siberien », Galerie Gisèle Linder, Bâle, du 7 septembre 2018 au 8 janvier 2019

Nicole Miescher fait entrer dans des espaces où la solitude (comme la proximité d'ailleurs)  n’a rien de glorieuse lorsqu'elle n’est pas choisie . L’artiste entraîne non vers un monde plus sûr mais vers celui qui plombe. La forêt substitue au temps son absence en une interminable traque. Créer revient à  se livrer à cette fascination de la perte. Ce qui prouve d'ailleurs que « faire » ne sauve rien mais enfonce, pique à la solitude en croyant sauver ce qui ne peut l’être dans un ailleurs qui est aussi un ici. L'art n’a plus de certitude ou de prise mais sans doute conserve l’espoir d’anticiper sur ce qui échappe et échappera toujours jusqu’à l’épuisement. Nicole Miecher au sein de la fixité fait le pari d’un "cela n’a jamais eu lieu encore" même s’il n’existe jamais de  première fois, même si tout recommence indéfiniment.  Reste entre les arbres et l’hiver un creusement sourd qui rappelle implicitement des connotations historiques. L’absence est donc l’affirmation de l’art mais en même temps il affirme une émergence là où l’insaisissable fait aussi le jeu de l’"indessaisissable" - l’inaccessible. La créatrice ne cesse de chercher ce  qu’elle ne peut prendre, mais seulement reprendre ou essayer de toucher dans l’espoir d’un sens à jamais perdu au sein de l’énigme.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/10/2018

Lori Cuisinier et les extases négatives

Lori Cuisinier.jpgLes photos de Lori Cuisinier viennent de son enfance. Elle construisit son image de la femme, son goût de l'art et sa relation psychosexuelle aux images à travers les magazines érotiques pour hommes. Playboy fut son miroir et la guérissait de sa propre image qu'elle jugeait godiche et osseuse. Hugh Hefner avait transformé la femme en "objet" idéal créé par et pour le regard des hommes.

 

 

 

Lori cuisinier 2.jpgL'artiste a changé ce focus et a ironisé ces images première mais non sans fastes. Ils augmentent la puissance de la femme en reprenant les standards à la Hefner pour mieux les détourner. Les femmes de Lori Cuisinier ne peuvent être apprivoisées et n’appartiennent plus au règne de l'homme et de ses fantasmes. Certes elles continuent de séduire mais selon une stratégie qui n'est pas la "bonne" pour eux". Bref, l'artiste libère ses modèles des tics et des tocs masculins par des compositions incongrues, ambiguës mais belles.

Lori cuisinier 3.jpgElle y soulève d'importantes questions sur le rôle, l’identité et la représentation de la femme dans la société comme dans l’art. Mais l'artiste se détache du discours féministe pur et dur pour un mix du fantastique et du grotesque. Ses poupées cachées inspirent un certain désir mais la photographie prend un aspect quasiment conceptuel. Le corps de la femme émerge de son statut de machine à fabriquer du fantasme. Elle devient un écrin à hantises. S'y cachent d’autres secrets que ceux qu’imaginent les émois masculins. L’artiste en inverse les effluves afin de les transformer en extases négatives.

Jean-Paul Gavard-Perret