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20/03/2022

Mai-Thu Perret : les points dans les moufles

Mi thu.pngMai-Thu Perret, "My sister’s hand in mine?", Centre d'Edition Contemporaine, Genève, du 18 mars au 29 avril 2022
 
Invitée à produire une œuvre in situ pour "Survival Kit 10.1: Outlands", une exposition collective organisée par le Centre letton d’art contemporain de Riga, Maï Thu Perret a commencé par  regarder la riche tradition textile folklorique du pays.
 
Mi thu 2.jpgElle s'est intéressée entre autres aux mitaines lettones et à leur forme pointue particulière, et s'est mise à  dessiner des motifs géométriques abstraits à tricoter en pure laine Shetland. Ces patrons déclinés en deux couleurs différentes sont complétés  par 12 boîtes en bois d’érable, au couvercle coulissant, sérigraphié.
 
L'artiste rapproche ici le travail d'artisanat de sa propre entreprise de création. Se retrouvent son goût pour les géométrisme abstrait et  la production d’objets manufacturés placés souvent en un scénario fictif pour une narration très particulière. Maï-Thu Perret repense ainsi le statut de l'œuvre d'art et son contexte de production.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

19/03/2022

Les élégies documentaires de Muriel Pic

Pic.jpg"L'argument du rêve" est constitué  de poèmes documentaires ou poèmes-essais. En trois moments la question du corps -  l'intime et le politique, le biologique et  social - est posée.  L'auteure prouve comment les idéologies le conditionnent et comment en conséquence nous sommes possédés par des mots d'ordre.
 
Les images  retenues entraînent une confrontation avec un regard sur les victimes et par effet retour sur la manière dont elles nous regardent. Dès lors les kamikazes d'Okinawa, les naturistes d'Orplid, les migrants comme les ermites du Dodécanèse deviennent des documents humains tirés de la Guerre du Pacifique et l'idéologie militaire, du retour à la nature, dont l'utopie a suscité bien des opportunismes et des problèmes migratoires qui vont devenir la marque du troisième millénaire. Chaque poème est évoqué par une "voix soeur", transportée par le rêve jusqu'aux évènements et jusqu'à nous, en collectant des éclats de mots et d'images".
 
Pic 3.jpgDe tels fantômes nous regardent et nous  font signe de vie : la mort elle même tombe comme un menhir foudroyé que Muriel Pic  redresse à sa manière à la limite des terres brûlées. Jaillissent des empreintes pour faire surgir les ombres et  leur sens noyé dans le silence. Il s'agit dès lors d'un travail  re-naissance. L’énigme de l’être émerge par un effort de germination alimenté par toutes les connaissances de la créatrice puisées à diverses sources poétiques.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Muriel Pic, "L'argument du rêve",  Heros Limite, Genève, mars 2022, 20 E..
Photo d'Emmanuelle Marchadour

17/03/2022

"Intersexions" :  Helene Schmitz 

Schmitz 2.jpgProfitant de la pandémie, la photographe suédoise Helene Schmitz s'est plongée dans ses archives. Elle en a tiré le livre "1983". Elle  y présente une sélection de ses premières productions complétée par des fragments de son journal ainsi que les lettres.  Elle a déjà publié plusieurs livres dont Blow Up (2003) et Ur Regnskogens Skugga (2012)  et  a réalisé plusieurs expositions personnelles en Suède, en Europe et aux USA dont une à la Fotografiska à New York.
 
Schmitz 3.jpgDans ces oeuvres premières le corps  "parle" et s'incarne selon une poétique des formes là où, quoique sexué, l'amour se moque des genres.  A l'époque cela rendit de telles photos étranges, sulfureuses mais fascinantes. Elles n'ont pas perdu leur force. Au contraire. Un certain caractère "vintage" les rend plus prégnantes là où Helene Schmitz joue souvent sur les intersections de divers types.
 
Schmitz 3.jpegChaque photo fait dire aux femmes  "Si dans ton corps tu n'étais pas  toute,  rien ne tiendrait." Se manifeste ici ce qui cause le désir mais bien plus.  Se créent un joint, une couture, souvent de la manière la plus inattendue qui soit. De telles prises prouvent que tout accord implique une discordance et que le réel est sérieux lorsqu'il est sériel et ne s'épuise pas d'un seul "cliché". Ici La rondeur s'extrait du rond, la ligne des lignes. Et qu'importe de savoir où tout cela mène les modèles comme leurs "voyeurs".
 
Jean-Paul Gavard-Perret

10:39 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)