gruyeresuisse

29/09/2020

Stefanie Renoma et les jardins des délices

Renoma.jpgL'érotisme devient pour Stefanie Renoma l'isolant exceptionnel pour mettre un leurre dans le réel. C'est pour elle une manière de faire espérer quelque chose qui pourrait apparaître - ou non. Pour cela elle choisit modèles féminins et masculins propres à générer une beauté voluptueuse qui fait de ce livre un journal en image ou se mêlent propositions pour des commandes publicitaires, séances de shooting qui deviennent une critique des standards de représentation par le traitement de ses prises.

Renoma 2.jpgStefanie Renoma est devenue une portraitiste reconnue internationalement. Elle y renouvelle entre autres la photographie de mode. Ses modèles (dont elle-même) semblent parfois des égéries mais aussi des égaré(e)s propres à usiner bien des fantasmes mais juste en deça d'une limite infranchissable maissuggérée. Dans les supplices solaires des spotlights l’idée de la femme ou de l'homme devient l'image pieuse d'un ordre sublimé de manière charnelle.

Renoma 3.jpgL’artiste scénarise avec précision non seulement la modèle mais le contexte où son image va prendre corps. D’où de piquantes alchimies d'où jaillissent pics et vallées de l’onirisme. Le désir s'envisage et se dévisage là où les mannequins deviennent à diverses variétés de fleurs. Il y à là des brebis non innocentes et égarées juste ce qu'il faut dans un champ d’émeraude et surtout des Lilith qui se lèvent dans des alcôves égrainant leurs syllabes plastiques pour illuminer les gueux. La maison de l'être des premières reste une forteresse. Les ogres et ogresses n’y sont reçus que s'ils font pattes de velours. Et encore... Regarder n'est pas toucher.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stefanie Renoma, "Remember Your Future", Normal Editions, 2020, 300 p.

28/09/2020

Annelies Štrba : crépuscules de la déesse

Straba bon.jpgAnnelies Štrba, Photographies, Galerie Anton Meier, Genève, du 24 septembre au 28 octobre 2020

Anelies Štrba cherche moins une "réalité" tierce qu’un processus de recomposition. En de multiples pans et points de fuite se créent de nouvelles présences afin d’atteindre une sorte d’effacement ou de déperdition de la photographie originale.

Strba.jpgLes architectures créées deviennent aussi utopiques qu'improbables. Et l’artiste métamorphose les illusions de réalité et met à jour cette frontière crépusculaire où naît l’œuvre d’art dans un renouvellement de son langage.

Sublimations et dépassements, les scénarisations proposent des explorations en une poétique visuelle. Surgissent la théâtralité des formes et leur chorégraphie abstraite. Il ne s'agit plus d'identifier un ou des sujets même si certains peuvent apparaître plus précis. Cela reste toutefois secondaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/09/2020

Marion Tampon-Lajarriette : champ libre aux interprétations

tampon lajarriette.jpgMarion Tampon-Lajarriette"Echos", Edizioni Casagrande, 331 pages, textes Cristóbal Barria, Mark Lewis, Beau Rhee, Lucille Ulrich, Valeria Venditti. La galerie Laurence Bernard inviter au lancement de la nouvelle monographie de Marion Tampon-Lajarriette, le 3 octobre 2020.

Tampon 2.jpgTout montrer voue la photo au cliché. C'est pourquoi Marion Tampon-Lajarriette préfère les éléments qui cherchent - comme disait Duras - « quoi faire de la solitude ». Sans délire, sans morbidité, sans effets, par fragments de narration ou par panoramiques paysagers Marion Tampon-Lajarriette enjambe le réel comme Don Quichotte enjambait les moulins. La folie du Quichotte c’est aussi sa folie.

Le paysage devient un corps. Le corps un paysage engendré dans des gouffres (du plaisir ?) qu'elle invente. La photographe est là pour saisir certains arpents afin d’en faire une chanson de lignes, d’espaces, de formes et de gestes. Quelque chose bouge que l’artiste fixe. Ce n’est pas l’inverse du cinéma mais sa profondeur.

Tampon 3.pngLa créatrice aime ce qui échappe. Elle se veut aussi captive que captivée. C’est pourquoi elle touche non avec des images émouvantes mais avec des rapports d’images simples. Evitant la fétichisation elle passe toujours d’images vivantes à des images mortes. C’est l’inverse d’un Hitchcock chez qui tout refleurit par la musique. Hitchcock c’est (surtout) du Rakhaminov. Chez la photographe et vidéaste installée à Genève la dramaturgie naît d’une certaine marche d’éléments non dramatiques. Pour que l’être soit absorbé tout entier.

Jean-Paul Gavard-Perret