gruyeresuisse

11/08/2018

Liana Zanfrisco : tout ce qui reste

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Fondamentalement libre Liana Zanfrisco frôle des forêts sombres - et pas seulement de l’enfance. Elle connut très vite l’affranchissement au moment où le corps devient désir mais aussi objet du même désir (pour l’autre). Elle ne le quittera pas. Mais le transforme dans ses images anti-académistes qui le pousse dans ses retranchements ou ses « restes’ » (cheveux, halo, silhouette).

 

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L’artiste démembre puis réconcilie le corps, ses fils, ses buissons, ses pattes d’oiseaux plantées dans la neige ou ailleurs. Elle sait en effet (comme Goethe puis Freud) qu’au commencement n’est pas le verbe mais le réel et ses images. Dès lors, des natures plus ou moins douteuses quant à leur visibilité s’élèvent, dansent dans une sorte d’élan qui n’a rien de mystique. Mais par ses biffures Liana Zanfrisco dégage la figure de ses faux-semblants.

 

Zanfrisco 2.pngDans ses images ne s’abritent pas les saintes chérissant l’abîme, les religieuses du sexe qui calculent le hasard et doivent tarifer l’innommable même lorsqu’elles sont lasses des ébats humains. L'œuvre trébuche entre miracles brouillons et crises de silence. Le corps a parfois l’inintelligibilité d’un tourbillon pour se moquer des puritains et leurs étreintes faméliques. Mais l’œuvre ne tapine pas, elle emporte dans ses mouvements un monde aveugle qui a oublié maquerelle, essence, voire enveloppe charnelle. Bref elle refuse la forclusion. Que des pouilleux fassent passer le nom, la peau, le rire d’Edwarda aux oubliettes, l’artiste ne peut leur pardonner. C’est pour venger cet outrage qu’elle apocalypse le corps dans ce qui tient néanmoins d’une trouble fête.

Jean-Paul Gavard-Perret

Liana Zanfrisco, « Coffret », Maison Dagoit, Rouen, 2018, 25 E.

10/08/2018

Audrey Tautou photographe

Tautou.jpgL’actrice Audrey Tautou a reçu son  premier appareil pour sa première communion. Elle était à l’époque fascinée par Diane Fossey et son approche des gorilles. Elle s’imaginait, comme elle, aventurière capable de photographier les animaux sauvages. Depuis elle n’a jamais cessé de pratiquer cette activité. Mais dans la jungle urbaine. Et c’est seulement l’année dernière à Arles qu’elle a osé présenter ses œuvres dans une exposition intitulée « Superficial ».

Tautou bon.jpgA priori dans de tels portraits Audrey Tautou s’amuse : elle se déguise, renverse son image avec humour et sans retouche. Le titre de l’exposition est en lui-même un clin d’œil. Mais il lui permet autant à revisiter le concept de superficialité à travers l’art photographique. Son œuvre en ce sens est iconoclaste, elle permet de franchir un seuil d’accessibilité à une sorte de paradoxale intimité où elle présente ce qu’on n’attend pas forcément d’elle. .

Tautou bon 2.jpgJouxtant les photos qui ont façonné son image publique dans les médias et bien sûr au cinéma, elle offre ici son propre « commentaire » visuel en contre-champ. Sachant qu’une actrice n’a dans son travail aucune prise sur son image et qu’elle ne peut la contrôler, elle se permet un écart à travers divers masques : ils prouvent que le « faux » peut être plus juste à ce qui est proposé ailleurs - au cinéma ou dans les revues - comme vérité.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

09/08/2018

Odile Cornuz : musique de chambre

Cornuz bon.jpgOdile Cornuz, « Ma ralentie », Editions d’Autre Part, Genève, 2018, 160 p., 25 CHF.

Un poème de Michaux est à l’origine de ce beau livre. L’auteure le métamorphose pour une autre présence, une autre « expérience » de l’intime et d’une forme d’érotisme en vadrouille à l’intérieur de la vie. Le chant des images remplace le simple logos à mesure que le livre devient la didascalie du silence et pour mieux l'exhausser à l'approche d'un sommeil retardé – car il y a mieux à faire : à savoir se laisser emporter.

Cornuz bon 2.jpgApparaît un lieu de ou des amours. Celles-ci demeurent la chose la plus rare et la plus mystérieuse qui soit. Ce qui remonte, proche du silence, devient pourtant plus strident qu'un cri. C'est le paradoxe d’une œuvre où le silence parle encore le silence. Et Odile Cornuz va à l'extrême du soupir, en un lieu où l’image, tel un fantôme, ramène aux ombres « portées ».

 

 

Cornuz bon 3.jpgLa femme s’abandonne en un mouvement de désir proche d’une inertie néanmoins confondante. C’est là l'originalité de l'Imaginaire d’une telle créatrice. Entre émergence et engloutissement se crée une musique de chambre. Odile Cornuz soulève le voile - mais juste ce qu’il faut - sur un mystère qui néanmoins reste entier. Tout ce qui peut se dire tient à la surprenante puissance d'effacement là où pourtant l’art reste de l’image avant toute chose. L’œuvre possède quelque chose d'impalpable riche d’une vérité fondamentale où la créatrice glisse dans ses tréfonds mais – et tout autant - à peine à peine. Preuve qu’il n’existe là non une autofiction mais une fable existentielle là où un fantôme oppose sa densité au glissement du temps. Entre un "qui je suis" et un "si je suis".

Jean-Paul Gavard-Perret