gruyeresuisse

15/03/2020

Joanna Concejo : Loup y es-tu ?

concejo 3.pngPar un mélange de réalité et de sa biffure Joanna Concejo poursuit un travail impertinent de dé-figuation autant de son propre héritage d'images que d'un corpus plus général. Le surréalisme et un art faussement naïf ou enfantin ne sont jamais loin. De la gamme pléthorique du monde l'artiste vide partiellement l’espace. D’où, une vision qui en isolant le fond contextuel prouve que qui que nous soyons, nous sommes autant de partout que de nulle part.

Concejo.pngDes éléments orphiques et divers mixages et biffures se répondent. Des actes demeurent en suspens de l'enfance comme de ses contes et souvenirs. D’où la présence de lieux hybrides et inconnus, entre envolée et précipice. Les inscriptions premières du réel se trouvent décalées : la pérégrination vers le passé peut devenir un retour vers la vie en divers caviardages et montages.

concejo 2.pngC’est pourquoi la matière poétique générée par la créatrice d'origine polonaise n'est pas une simplification de la vie mais son approfondissement. Joanna Concejo par ses images prouve que si les mots ne font pas forcément défaut leur comment dire cache un comment ne pas dire. Et le dessin en un tel envoi peut devenir nouvelle affirmation de la poésie lorsqu'elle accepte le risque de passer de l’endroit où tout se laisse dire jusqu’au lieu où tout se perd en une fin de non recevoir là où s’extrapole, en fantaisie,  le temps et la mémoire. 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Joanna Concejo, "Ne le dis à personne", (texte de Rafael Concejo), Editions Format.

12/03/2020

Femmes entre elles au Musée Jurassien de Moutier

Jura.png"Entre femmes ! Les collections du musée", Musée Jurassien des Arts de Moutier, du 15 mars au 8 novembre 2020.

Dans sa tradition d'expositions thématiques, le Musée Jurassien apporte sa pierre au rééquilibrage de la présence des femmes dans l'histoire de l'art. Et ce, dans le but de contrebalancer des statistiques nettement en leur défaveur et afin de faire évaluer les mentalités et les représentations féminines.

Jura 3.pngBrigitte Jost, Daniela Keiser, Mireille Henry, Jeanne Chevalier et une vingtaine de leurs consoeurs illustrent les visions autant du corps, du paysage que de l'étrange. Toutes ces oeuvres questionnent la représentation et ses techniques à l'image de la vidéo "Kunstpillgerreisse" de Marinka Limat dont la performance est un pèlerinage sur les lieux d'art de Fribourg à Berlin afin de s'y faire bénir. Mais au nom de l'art.

Jura 2.pngSe découvrent aussi des assemblages étranges où les artistes femmes se montrent très sensible à l'autre comme dans les dessins de rite de Romana del Negro. Le corps féminin garde toute sa place au moment où il est "pris" par un regard féminin - celui d'Anouk Richard par exemple qui le désacralise sans le réduire à une simple apparence libidinale. Toutes ces artistes femmes optent pour un «je», détaché de l’égo et en conséquence propre à opérer un tutoiement  conséquent : celui de la vie et de la réalité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Isabelle Pilloud : Femmes en lutte et "je" anatomique

Pilloud.pngIsabelle Pilloud, "HEROÏNES", du 23 décembre 2019 au 16 aout 2020. Espace Jean Tinguely-Niki de Saint-Phalle. Fribourg et livre "HEROÏNES", coll. Artt, éditions Faim de Siècle, 112 p, 30 CHF, 2020.

 

Pilloud 2.pngL’exposition « HEROÏNES » d'Isabelle Pilloud présente des peintures, oeuvres graphiques et installations dont la démarche artistique est liée à la condition féminine : "qui sont les femmes ? que font-elles ? sont-elles heureuses ? où vont-elles ?" écrit l'artiste qui souligne :« C’est un work in progress et une oeuvre participative pour le public ». Elle a brodé avec sa mère et sa tante les cinq continents sur une toile à peindre brute qui accueille les visiteurs. Eux-mêmes sont invités à coudre une perle à l’endroit où trouver «leur» propre héroïne.

Pilloud 4.pngIls (elles) peuvent aussi déposer un témoignage en racontant leur histoire. "Le but est que la carte du monde s’illumine grâce à des centaines de perles !" écrit l'artiste. Les oeuvres et leurs genres dépendent des témoignages récoltés. « La technique m’est dictée par le sujet, c’est  un moyen, pas le but » précise-t-elle. L’exposition se décline en six séries : les héroïnes nationales, les visites du chantier, Pussyhat, collages, portraits-souliers et « Elles ont pris les armes ».

Pilloud 3.jpgCertaines rencontres ou témoignages traversent plusieurs séries. Des leitmotivs aussi  et ils  figurent également sur une longue tapisserie accrochée entre les deux étages de l’Espace. L'artiste y évoque des corps atomisés, emplis parfois d'une puissance qu'on a voulu foudroyer. D'autres déversent la souffrance d'organes, concassés, éreintés que la colonne des images relève. Un "je" anatomique féminin s'ose et s'assume. Le corps jusque là gisant s'éloigne des isolements et humiliations et ne se réduit pas à une bouche muette.

Jean-Paul Gavard-Perret