gruyeresuisse

07/11/2016

Yannick Bonvin Rey : lieux de silence

Bonvin 2.jpgYannick Bonvin Rey, exposition, Galerie Marianne Brand, Carouge, du 5 au 23 novembre 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

Bonvin.jpgExiste chez Yannick Bonvin Rey l'apparition de lieux mystérieux fondés par la peinture elle-même dont le langage devient bien plus qu'un réseau de signes. Le travail des pigments et de la matière crée une texture de strates, traits et griffures. La dissolution, la volatilisation du paysage réel se métamorphose en des formes et des forces plus sourdes en ce qui tient d'une alchimie. Elle donne au monde une nouvelle figuration et impose un recueillement. Les propriétés du visible et de l'invisible s'irradient mutuellement en une atmosphère étrange et poétique.

Bonvin 3.jpgChaque peinture de Yannick Bonvin Rey est de plus animée d'une lumière interne et d'une chaleur infuse qui ne refuse pas parfois une certaine froideur. Elle constitue autant le reflet des origines que le charme parfois raturé d'un lieu ouvert. Mais tout reste sur le point de se défaire. S’agit-il de déboucher sur le néant ou sur nos gouffres intérieurs ? Tout est possible. Yannick Bonvin fait pénétrer dans un univers où se détache de la masse des formes et des couleurs un bondissement ou une plongée là où tout est à la fois riche et nu en une complexité savamment orchestrée.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/11/2016

Véronique Massenet : L’un et le multiple, l’éros et la matière

 

masssenet bon.jpg« Essayez de considérer les éléments qui composent les sculptures comme des êtres vivants » conseille Véronique Massenet. Et l’artiste de préciser : « Ils ont perdu toute apparence humaine mais ils en ont gardé gestes et comportements; ils sont toujours motivés et liés par le désir commun d'une nouvelle harmonie ». La sculptrice crée la grande métaphore de l’intime et de l’éros. massenet4.jpgJaillit le jeu de balance complexe entre l’évidence et la transgression implicite, le féminin et le masculin. L’expérience intérieure est projetée à l’intérieur de la matière (le bois) travaillée par une énergie pudique mais jamais avare de ses dons.

 

 

massenet.pngVéronique Massenet crée la reconquête des corps et de leur union qui n’est pas forcément une fusion idéalisée. Le nu se donne à voir par le travail de la matière en sortant d’une exhibition sommaire, naturaliste. La métaphore poétique crée bien plus qu’un symbole : elle matérialise l’ineffable. Celui du tumulte, du désir d’être et d’aimer là où le Je et l’Autre restent à la fois multiple et un. Les jeux de voutes et d’embrassements circonscrivent des forces intérieures qui interrogent le regard. L’artiste cerne ce qui dans le visible fait trou et ce qui dans les rapports humains reste insaisissable.

massenet 3.pngLa sculpture devient autant figure que signe dans une abstraction particulière : elle n’est pas là pour caviarder le réel mais pour montrer ce qui s’y engage. L’indicible en émerge. La permanence de l’observateur devant l’œuvre devient un voyage dans le palimpseste de la sculpture et vers l’intérieur des sentiments et des affects. La matière traque l'impossible, formalise les figures de l’amour, s’offre aux désirs comme le sang réanime un corps inanimé. Elle demeure équivalente au mutisme, car elle propose par l’incarnation dans la matière ce qui, dans l’amour, ne se voit que les yeux fermés, l’autre côté des paupières.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Voir le site de l'artiste)

 

26/10/2016

Maï Lucas : affirmation des « hybrides »

 

Lucas BON.jpgMaï Lucas dans sa série « We American Flavor » saisit les vamps et les caïds marqués du sceau d’un métissage culturel. Ils rayent les plages comme les fêtes nocturnes du feu de leurs poses. Entre portrait, et du document social, loin de tous préjugés, des singularités non-conformes jaillissent.

 

 

 

 

 

Lucas bon2.jpgL'insouciance efface ses marelles, des légendes roulent leurs chimères dans les aiguillages de l'insomnie. Chaque portrait devient la vie de certaines éclipses sociales. L’artiste saisit la mode urbaine qui singularise la subculture de la rue métisse et baroque.

 

 

 

 

 

Lucas bon 3.jpgToute une jeunesse black ou latino réinvente des codes qui deviennent l’affirmation d’une différence où se faufile un certain sens de l’irrationnel. Les bures sont en charpie et les ascèses ébréchées. Entre souffle et soufre et dans les voiles d'un ciel pourpre, se franchissent l’espace des chimères.

 

Jean-Paul Gavard-Perret