gruyeresuisse

08/10/2018

Etel Adnan et l'extase du monde

Adnan.jpgL'œuvre picturale d'Etel Adnan est exposée dans le monde entier. Classée parfois "néo cubiste" elle se situe loin du naturalisme comme du symbolisme. L'émotion n’est jamais de surface. La peinture n’a pour but que de faire jaillir des éléments qui font le lien avec tout le "hors champ". "L'art est une fenêtre ouverte sur un monde auquel lui seul a accès" écrit l’artiste. Ici il est fait de fleurs.

Leur représentation devient un chant d'amour plein de surprises et de vitalité. La nature s'y dévoile à nous par une peinture moins un état qu’énergie. Le tout dans une aspiration au respect la vie et non des idéologies célestes porteuses de nocturne. La seule "nuit" que l’artiste accepte est celle qui à travers l’obscur donne présence à la lumière du jour. C'est pourquoi ici l'imaginaire découpe des cercles riches de formes et couleurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

Etel Adnan, "Parler aux fleurs", Galerie Lelong & Co, du 22 novembre 2018 au 19 janvier 2019.

05/10/2018

David Lemaire "lecteur" de Luisanna Gonzalez Quattrini

Gonzales bon.jpgDavid Lemaire, «Luisanna Gonzalez Quattrini. Accroupissements», art & fiction, Lausanne et Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds,2018, 24 CHF.

 

Réalisé à l’occasion de l’exposition "Accroupissements" au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds (4 novembre 2018 - 3 février 2019) ce livre permet d’approfondir le travail de Luisanna Gonzales Martini. Née en 1972 à Lima, elle vit et travaille à Bâle. Elle a déjà présenté son travail dans plusieurs expositions - entre autres, à la galerie Bis Heute de Berne et au Swiss Awards, Messe Basel. David Lemaire est fasciné par les travaux immensesqu’elle réalise. Ils ont trait à la représentation mentale qui transforme le réel. Et cette question interpelle le directeur du Musée de la Chaux-de-Fonds.

gonzales.jpgAuparavant et en 2007 dans « Private garden » (Héros Limite), l'artiste publia de très courts récits aussi denses que fantasmatiques qui sont autant de souvenirs que des remarques elliptiques :« Pina veillait sur moi depuis que j’étais toute petite, dans mes rêves elle était ma mère. / Teófilo travaillait dans les jardins publics; aujourd’hui il n’arrose plus que mon jardin. / Antonia travailla durant cinq ans sans recevoir aucun salaire, elle avait demandé qu’on lui mette l’argent de côté pour après, il n’y eut jamais d’après. » Le principe de linéarité était abandonné au profit d’une utilisation visuelle des signes.


Gonzales 3.jpgLes oeuvres plastiques de Luisanna Gonzales Martini fomentent des suites à de tels récits. Existe dans ces peintures un onirisme tendre fait de repentirs visibles avec des touches d'humour. Le regard est mis en équilibre instable entre diverses impressions. Tout tient en instance de la délicatesse persistante tant par les formes que les couleurs. Leur étrangeté joue entre présence et régression. S'y dévoilent une rélexion sur la peinture et une mise en rapport de l'image au monde.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

03/10/2018

Kourtney Roy la Sauvage

Roy 2.jpgAvec « Sorry, No vacancy » Kourtney Roy poursuit ses auto scénographies décalées, drôles et absurdes nourries de références hollywoodiennes dans les déserts ou les espaces suburbains de l’Ouest américain (ici son Texas natal).

Sur des routes perdues dans le désert, devant des magasins ou cités fantômes, l’artiste devient une héroïne en dérive au sein de divers types de mises en abyme. Existent là des séquences de films. L’importance du détail et de l’atmosphère est omniprésente.

Roy.jpgToute une mémoire, réelle ou imaginaire y est engagée là où se lient l’anecdote secondaire (quoique capitale) et l’intimité de l’artiste. Elle reste le personnage clé de scènes aussi banales qu’étranges et perturbantes. S’appuyant sur « les caprices du hasard » l’artiste crée tout un jeu grave mais ludique dans ce qui demeure sans prises pour le regardeur. Tout reste béant entre la réalité et le fantastique.

Jean-Paul Gavard-Perret