gruyeresuisse

26/11/2016

La rhétorique du silence de Dorothée Wycart

 

Wycart.pngD'abord le corps. Parfois le lieu. Ou plutôt les deux. Les glissements opérés par Dorothée Wycart évoquent combien être c’est percevoir, c’est être perçue. Mais pas totalement. Les photographies font pencher plus bas la tête, fige longuement une jambe. Restent néanmoins la certitude de l'incertitude, la vacance de la vacance. Le corps jaillit en coulées, en mirages. Entre le jour et la nuit. Le clair-obscur crée le trouble, contredit l’évidence toujours factice : la « vérité » de corps possède une part d’imperceptible inavouable.

Wycart 2.jpgLe même devient le double. Chéri par pénombre, il est l’errant de l'ombre classieuse. Celle-ci avance avec l’insomniaque rêveuse. La photographie la sort de l’immobilité des statues en un pur spectacle où l’image s’enfonce en harmoniques dans une rhétorique du silence

Wycart 3.jpgLes fonds s’indéterminent par le noir et blanc. Il est temps de pénétrer des domaines secrets où le corps devient la mèche délicate aux milieux des éléments premiers. Rien ne manque mais tout est absence, suggestion. Le corps se sentant s'effriter de délices rampe, émerge subtilement. Jaillit, disparaît jusqu’à l'épuisement : ni le possible, ni l'impossible ne sont encore des garde-fous. Tout est instauré en ébullition. S’éprouve le creux où tout commence en une clarté qui égare mais où l'ombre réduit les mots au silence.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/11/2016

Suspens et rythmiques : Eliane Gervasoni


Gervasoni.jpgEliane Gervasoni « Come potrei cacciare, se prime non designassi ? » (Gasparelli Arte Contemporanea), « L’espace efface le bruit » Galerie de la Ferme de la Chapelle, Genève, du 8 octobre au 27 novembre 2016.

 

Eliane Gervasoni poursuit son expérience de l’analyse poétique visuelle en actes d’espace. L’artiste La créatrice « marque » comme aux fers lieux et supports qu’elle investit. Elle a dessiné à l’encre blanche des lignes qui « percent » des feuilles Canson noir (140 x 180 cm). S’opère la constitution d’une spatialisation géométrique et rythmique.

Gervasoni 2.jpgChaque œuvre est un agencement d’alignements rigides et rectilignes vecteurs de vertiges. Eliane Gervasoni en détermine les séquences afin de porter à un niveau supérieur de plénitude. En incidence interne avec le support et son grand vide initial les « incisions » deviennent des sonorités visuels d’un «poème » suspendu dans l’ouvert. Il participe d’un accord paradoxal à l’existence. L’artiste refonde l’imaginaire plastique. Par effet retour notre horizon et notre paysage intérieurs se transforment par mutations.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/11/2016

Marco Glaviano du cliché au néo-futurisme


Glaviano.jpgChaque narration ou portrait sexy du photographe Marco Glaviano convoque, presque malgré nous, une foule de « clichés », au double sens de « photographies » et de « stéréotypes », lieux communs, images répétées et ingérées quotidiennement au point de conditionner nos réactions. Mais l’artiste italien reprend ces images flottantes pour constituer d’autres prises plus intelligentes, perfides, sidérantes, déconstruites parfois dans un néo-futurisme assumé.

 

Glaviano 2.jpgSous l’aspect globalement lisse et séduisant de ses photographies aux poses un peu surjouées jaillissent souvent des détails, auxquels on ne prend pas garde mais qui transforment complètement la perception de la photographie :  l’"objet" vu en suggère un autre.Glaviano 3.jpg Si bien que l’appareil photo devient une arme - apparemment inoffensive - mais qui entretient toutefois, des connivences avec l’arme à feu. Certes elle ne tue pas : elle produit même l’inverse : elle cicatrise par divers types d’opérations - entendons ouvertures. Et les métaphores des montages n’ont rien de sinistres : ce sont des farces mais pas du bluff.

Jean-Paul Gavard-Perret