gruyeresuisse

22/12/2017

Laure Autin l’outre voir

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Laure Autin a été « victime » d’une expérience particulière « J'ai eu une crise de migraine alors que j’étais couchée dans mon lit un samedi matin. (…) Alors la paralysie m'a saisie comme une vague. Je ne pouvais pas bouger. Mon esprit était complètement actif, mais mon corps ne répondait plus. J'étais verrouillée. C'était la chose la plus terrifiante qui me soit jamais arrivée ».

 

 

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Et la créatrice d’ajouter : « Dans le cadre d’une tentative d'exorcisme de ma terreur, j'ai décidé d'explorer à travers la photographie l'angoisse que j'avais ressentie au cours de cet épisode ». D’où cette série « Locked in » où l’artiste a pu explorer sa fascination par des juxtapositions ou superpositions contrastées prouvant que les oppositions ne sont pas incompatibles. La créatrice met donc en exergue les diverses faces de la psyché.

 

 

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Plutôt que  des tirages numériques trop nets, Laure Autin a choisi un tirage manuel selon la technique qui donne au cliché une douceur propre à suggérer un jeu complexe entre l’obscur et la lumière, le corps et l’âme, leurs émotions. « Locked in » rejoint l’interrogation fondamentale de la créatrice. Les clichés offrent le moi dissous, le "Je" fêlée et sa mise en abîme. Ils rendent présents des profondeurs cachées et un outre-voir qui trouve là une poussée particulière.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/12/2017

Voyage, voyage : Lasse Kusk

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Lasse Kusk est un photographe allemand installé à Tokyo. Il vient de créer une série envoûtante et inquiétante dans une salle de bains d’un hôtel de Tokyo avec un modèle (Nabe). Le photographe crée avec elle un étrange dialogue amoureux un rien S.M.. L’image glisse le long du ventre, remonte, découvre une peau diaphane.

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Parfois le corps sous plastique ou cellophane fait masse presque cadavérique. Parfois l’image s’enroule autour du buste ou plonge face à la baignoire et au modèle poussée à une forme d’écoeurement. Des frissons semblent hérisser sa peau. L’angoisse est toujours présente au sein de cette cérémonie secrète.

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Les organes semblent répertoriés entre photos anthropologiques et poésie. Si bien que ce que Kusk remet en jeu s’inscrit toujours sous le sceau du doute. Mais le photographe sait faire éclater de petites unités d’émoi. D’où cette glissade de l'inconnue vers l'inconnu. Sans grand espoir de salut là où néanmoins le désir n’est jamais loin. Demeurent - au sein des couleurs froides - des failles. Font-elles partie du corps, de la narration ou de l’image ?

Jean-Paul Gavard-Perret

18/12/2017

Cig Harvey : ces petits riens qui font tout

Cig Harvey Bon.jpgPratiquant un réductionnisme assumé la photographe Cig Harvey n’a pas besoin de contextualiser ses sujets pour les faire briller. Ne restent que des situations souvent surprenantes et essentielles. En cette perte d’amarres la photographie n’erre pas pour autant : elle retient le réel par petits bouts d’attention.

 

Cig Harvey 3.jpgC’est plein d’alacrité, d’humour, de tendresse. C’est aussi un moyen d’éviter de porter sur un « point de vue » un simple regard distrait et d'y plaquer de l'émotion factice. Se crée une expérience originelle où l'œil est ému par l'impact de ce qu’il perçoit.

 

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L'oeuvre photographique transforme le réel selon des jeux de lignes et de couleurs. La créatrice aère plus qu’elle ne remplit l'espace selon une rythmique particulière. Moins peut-être celle de la vie que de la poésie des petits riens, des choses vues ou scénarisées. S’impose un tempo qui décompose le réel par l'assaut réitéré de ses « morceaux ». Ils vibrent dans le vide comme les notes acérées et agiles de Wes Montgomery.

Jean-Paul Gavard-Perret