gruyeresuisse

29/10/2018

Gene Mann : la fureur et le silence

Mann.jpgGene Mann, "Archéologie du silence", Galerie Aubert Jansem, Carouge, du 3 novembre au 23 décembre 2018. 

Gene Mann crée de manière compulsive - « maladive » comme aurait dit Duras. Et c’est bon signe. La créatrice ne peint pas pour décorer mais pour s’emparer du silence. Elle sait que ce qui se prend pour lui dans l’être est traversé de monstres mais aussi de désirs. A l’absence elle préfère la présence sourde. Elle jaillit en bouillonnements hétérogènes et hybrides dans un jeux de narrations intempestives.

Mann 2.jpgLa créatrice prouve comment l’art joue, raconte, mute en des œuvres qui apparaissent parfois comme des rêves éveillés et utopiques, parfois comme ses cauchemars. L’artiste y assume son instinct de compétition et d’ambition même s’il génère des angoisses qui servent de vecteurs de création. Elle rappelle aussi que des fantômes planent toujours sur les civilisations – et c’est pourquoi son travail est aussi apprécié en Europe (Suisse) qu’en extrème-orient (Japon). Face à eux elle active sans cesse sa liberté de faire dans une pratique de l'ouverture extrême jusqu’à introduire une philosophie en image dans l’art.

 

Mann 3.jpgLa peinture devient l’expérience et mémoire du corps. Gene Mann enduit ses blancs de maculations signifiantes sans jamais écraser le désir. Les traces giclent et se déclinent en couleur,  ou en noir et blanc pour rythmer l’espace de zébrures, de valves & vulves. L’infante du silence plutôt que d’esquisser une anamnèse, offre un travail en expansion où la  communauté du silence se transforme en opéra de formes que – tel un compositeur – l’artiste donne à entendre

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

25/10/2018

Jacqueline Devreux : une aussi longue présence

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Les œuvres de Jacqueline Devreux se contemplent (presque…) les yeux fermés tant elles portent de mystères en elles. L’artiste ne crée pas des images en désespoir de cause mais pour permettre d’entrevoir peu à peu le monde et pouvoir y respirer. Le corps féminin l’axe. Il paraît se figer dans l’infini forcément provisoire, se fondre dans l’attente, l’espoir. Désespérément.

 

 

 

Devreux 3.jpgLa femme photographiée ou peinte  semble souvent « absente » . Si proche mais si lointaine. Reste le noir qui fascine. Le blanc qui tue. L’opposition constante du possible et de l’impossible. Le corps devient cette présence silencieuse qui se dérobe, se refuse, là où se trouvent entre l’obscurité et la lumière, l’inexplicable. L’objectif ou le pinceau  ne saisit pas un corps, mais la part de désir enfoui au plus intime de l’être dont il est la seule clé de l’abandon et de la retenue.

Devreux 4.jpgL’unité de temps est supérieure à l’instant, elle contient la sensation qui persiste, l’énergie du mouvement même s’il semble presque impossible. C’est une manière de rejoindre le mythe de la création et de la disparition perpétuelle. C’est la lutte contre l’absence à soi comme à l’autre. C’est aussi se rapprocher au plus près de l’intime. Être enfoui où le corps est en fuite en donnant forme à ce rien foisonnant qui se nomme Amour. Même si rien n'en est "dit".

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacqueline Devreux ; Galerie Christine Colon, Liège, à partir du 26 ocrobre.

24/10/2018

Richard Tuschman : scènes de la vie conjugale

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Avec ses "Méditations Hopper", Richard Tuschman s'amuse même si son univers photographique n'a rien d'une vie chez les Tuche... Fasiné par Hopper dont, écrit-il, "les peintures de Hopper, avec une économie de moyens, sont capables de résoudre les mystères et les complexités de la condition humaine", le photographe procède comme lui : il place une ou deux silhouetes dans un décor intérieur et minimaliste.

 

Tuschmann2.jpgDe telles scènes de la vie conjugale n'ont rien d'enjouées - et c'est un euphémisme. Existent indifférence, résigna tion essourdie sans doute plus étrange et rêveuse ici que chez Hopper. Tuschman se veut d'ailleurs aussi influencé par la thétralité et le clair-obscur de Rembrandt..

Tuschmann3.jpgSe mettant devant ses modèles en situation d’observation de leur "ennui", le photographe ne réduit pas ses prises à un document ethnographique » sur la condition de la femme dans le New York du XXIème siècle. L'époque est intemporelle. Les personnages constituent la matière mentale la plus plastique. Leur soumission au poids de leur existence est tellement forte qu'elle les sort du réel. Les figures féminines deviennent des sujets d'une "Mélancolia" sous l’effet d’une chape de plomb qui pèse sur elles. Elles ressemblent à des condamnées, enfermées dans leur solitude. Si Hopper n'est jamais loin Antonioni et Bergman rôdent....

 

Jean-Paul Gavard-Perret