gruyeresuisse

30/08/2018

Luminescences et traversées : Caroline Tapernoux

Tapernoux.jpgCaroline Tapernoux, « Luminances », Galerie Andata - Ritorno, Genève, du 13 septembre au 13 octobre 2018/

Ce n’est pas une pensée qui nous porte vers l’ombre et la lumière mais les images primitives et sourdes de Caroline Tapernoux. Avant d’atteindre le néant – ou ce qui se cache derrière - il faut que nous parvenions à les retenir. Seul cet assouvissement aura gage de notre vérité. D’autant que, pour nous sauver provisoirement, la plasticienne propose un flux persistant pour la dispersion insistante au sein du mouvement de la traversée. Nous ne pouvons rien faire d’autre que de nous laisser glisser. Nous ne mettons plus d’ordre, nous entrons par le mouvement des formes vers ce meilleur et inamusable moindre.

Tapernoux 3.pngL’espace se divise en deux pans : D’un coté l’ombre, de l’autre des banquises lumineuses en débâcle. Le lieu devient celui d’un chaos organisé d’agrégats aléatoires est baignée d’une clarté de limbe. L’espace est pris à contre-jour. Sommes-nous au Paradis ou déjà en Enfer ? Pour l’heure le suspens reste possible. Demeurent ces vagues rigides qui enflent puis, se retirant parfois, laissent un espace pour le glissement, la dérive ou la remontée.

Tapernoux 2.pngL’image est aussi nue, diaphane (presque irréelle) que métaphorique. Il s’agit d’une île. Pas n’importe laquelle : l’île d’Elle. Il s’agit de s’y perdre pour l’amour du mystère. Mystère veut dire mystique, mystique silencieuse. Partager son secret exige de garder le silence. Parler éloignerait toute sensation.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/08/2018

Eva Szombat la première des femmes

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Eva Szombat ne retient du réel que le sens de la vie quelque en soit la nature mais sous le seul sens de l’alacrité. Se moquant des beautés et des pauses classiques la photographe met la vie en rose là même ou des plis existent. Pas question de voir dedans : en jouir suffit sans se soucier d’éventuelles failles. Et si elles rodent c’est peut-être là que niche un bonheur.

 

 

 

Szombat.jpgRemède contre la tristesse, tout ici est musique. Les instruments pour la jouer ne sont pas obligatoires. Sauter sur un lit, le clapotis d’un corps replet, un toutou qui se demande ce qu’il fait là suffisent pour qu’émergent des essieux de temps non des crissements mais des sérénades.

Szombat 2.jpgDans leurs fragrances sans chichis de telles photographies se dégustent. Elles donnent le pouvoir de rêver du (bon) temps. Qu’importe les contextes de certains errements. Soudain les démons s’assoupissent. Nulle question de demander pardon : le péché n’existe plus, n’existe pas. Le corps sort des étouffements, exulte, tel qu’il est


Jean-Paul Gavard-Perret

Pour voir les œuvres : cite de l’artiste et à paraître catalogue « Thirty Three » (sur la photographie hongroise), Hatje Cantz, Berlin.

Chronique des amours : Jenny Roya

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Jenny Roya sait quand il le faut revenir aux images. Et dans ce but elle a retrouvé tous ses ex. Il s’agissait pour elle de leur demander les images qu’ils avaient fait et qu’ils s’étaient fait d’elle. Apparemment la Suédoise est une aimable personne : tous ont répondu présent. Fille - ici d’Eros et de Psyché - Jenny Roya se retrouve en une suite de séquences qui font rappel aux plus beaux souvenirs plutôt qu’aux combats qui purent s’ensuivre.

 

roya2.pngCe qui permet à la créatrice de retrouver à la fois son espace intime tel qu’il est devenu au fil des ans et aussi d’évaluer par la qualité des photos le regard que ses amoureux portaient sur elle. En rien Gorgone elle laisse derrière elle (du moins apparemment) un certain désir - à moins que le souvenir rappelle sa rédemption. Toujours est-il que les amant de jadis, naguère, hier et maintenant, en solo ou parallèlement créent un panoptique éclectique.


roya.pngLe montage intitulé «Askling » ("chérie") est présenté avec bien plus d’humour que d’emphase. La vie scandaleuse (enfin presque) de l’artiste construit un show-case éclectique dont, et grâce à cette recollection,  tout le monde semble pouvoir profiter. Existe donc là une reprise plastique des traces de bien des duos d’amour où les regards se croisent forcément. Et entre lequel celui du voyeur s’immisce. Forcément ? Rien de moins sûr car les amoureux sont seuls au monde.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://www.jennyrova.net/projects/3/_lskling_a_self-portrait_through_the_eyes_of_my_lovers.html