gruyeresuisse

23/05/2017

Les « comédies » optiques de Milton Greene

Milton Green 4.jpegLes photographies de Milton Green intriguent, déroutent, amusent, émeuvent par la manière dont le photographe américain approche son modèle face à la lentille de son Rolleiflex en jouant avec la lumière et l’espace. Ses oeuvres déclenchent une réaction presque instinctive de plaisir mais tout autant de recul. Elles rappellent d’autres images qui nourrissent notre imaginaire. Le photographe s’en nourrit : il les métamorphose pour leur donner un nouveau sens.

Milton Green 2.jpgMilton Greene a fait ses classes auprès d’un pionnier de la photographie : Elliot Elisofen maître de la composition, puis est devenue l’assistant de la photographe de mode Louise Dahl-Wolf. Très vite ses photos paraissent dans Life, Look, Harper’s Bazaar, Town & Country et Vogue. Chaque narration ou portrait sexy du photographe convoque, presque malgré nous, une foule de « clichés », au double sens de « photographies » et de « stéréotypes ».Mais l’artiste reprend ces images flottantes pour constituent d’autres « clichés » plus intelligents, perfides, sidérants.

Milton Green 3.jpgSous l’aspect globalement lisse et séduisant de ses photographies aux poses un peu surjouées jaillissent souvent des détails transforment complètement notre perception de la photographie. Un regard plus attentif nous apprend que l’ « objet » que nous croyons voir suggère un autre. Si bien que l’appareil photo devient une arme - apparemment inoffensive - mais qui entretient des connivences avec l’arme à feu. Certes elle ne tue pas : elle fait l’inverse : elle cicatrise par divers types d’opérations - entendons ouvertures. De tels portraits n’ont rien de sinistres. Bien au contraire. Ce sont des farces mais pas du bluff : Marilyn en fut souvent la victime consentante et l’égérie absolue de Greene.

Jean-Paul Gavard-Perret

Milton H. Greene, « Women », Museum of Art, Arlington, Texas, Du 13 mai au 6 août 2017

20/05/2017

Michaële-Andréa Schatt : carapaces-ciel et dessous-terre

Satch.jpgPour sa nouvelle installation, Michaële-Andréa Schatt, présente un autre aspect de sa création : des céramiques noires et blanches (coiffes, oiseaux et fragments de corps). La pleine pesanteur de la terre cuite crée l’épaisseur vivante et ludique de ressauts où s’affrontent la métaphysique de l’envol et la physique des corps.

Aux flancs blancs des œuvres s’ajoutent des plaies noirs. Pour autant l’artiste joue avec les situations qu’elle scénarise avec ça et là des taches ironiques de rouge sang. Livrée aux pigments et à la terre chaque pièce devient une carapace-ciel et un dessous-terre. L’énergie de chaque œuvre garde la tension du feu souterrain et la mémoire de l’enfermement. Tout se tient et se retient dans les courbes et leurs noyaux de lumière où brûle encore le désir de noces qui débordent de chaque œuvre : l’âme et le corps y vont et viennent avec humour.

Jean-Paul Gavard-Perret

Michaële-Andréa Schatt, « Masques et mascarades », Galerie Isabelle Gounod, Paris, du 20 mai au 17 juin 2017

 

 

19/05/2017

Catherine Boss brouille les cartes

Boss.jpg

 

A travers son travail Catherine Boss pose la question de ce que la peinture montre et dans quel véritable « spectacle » sa vision s’inclut. De telles prises fascinent par leur mélancolie impalpable, leur solitude extensive et lumineuse. Entre des arpents de lumière et des nimbes de couleurs pâles où le noir et le blanc gardent un rôle important là où la segmentation abstraction/figuration n’a plus de prise.

 

 

Boss 3.jpgChaque œuvre reste béante et fermée. L'inclinaison du temps y demeure imperceptible. Une simple courbe et l’ombre qui la souligne disent combien la créatrice ne se permet pas la moindre digression, le moindre geste fantôme. Créer revient à identifier quelque chose de subtil qu’il ne convient pas de détruire mais d’isoler, de retenir.

 

 

 

 

Boss 4.jpgL’ombre se distingue du référent par ce que Catherine Boss fait apparemment « perdre voir». Néanmoins par cet effet surgit une ostentation subtile, elle participe à la présence d’une sensualité latente. Certes le corps n’est plus directement présent : il a perdu : sa couleur, son épaisseur, sa tactilité. Pour autant Catherine Boss inclut paradoxalement un plus d’éros. Dans les effets d’ombre surgit ce que l’image en sa lumière ne pourrait montrer.

Jean-Paul Gavard-Perret