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03/10/2020

Les "traductions" d'Anne Slacik

Slacik.jpgAnne Slacik, "La Bohème est au bord de la mer - Peintures et livres peints", Manoir des Livres, Lucinges, Chablais du 10 octobre 2020 au 28 février 2021.

 

Anne Slacik fait figurer des formes afin que chacun les lise à sa façon là où par le lieu et pour l'occasion leur présence devient une traduction par une sorte d'investissement en hommage à Butor dans cette émigration  où "La Bohème est au bord de la mer".

 

Slacik 2.jpgTout devient - dans des renversements  - question de frontières et de bordures. Il y a dans les peintures et livres peints d'Anne Slacik une immersion en une picturalité matricielle et chromatique qui entre en dialogue avec les textes que l'artise s'approprie et accompagne. Ceux de Bernard Noël, Jean-Pierre Faye, Bernard Vargaftig, Claude Royet-Journoud, Jacques Demarcq, Adonis et Michel Butor entre autres..

 

Slacik 4.jpgL'ouverture de l'oeuvre picturale "fait" le texte que lequel l'artiste intervient dans ces instants de rencontre qui font venir à eux l'image et la lettre dans un temps et lieux de communauté et de dialogue. Existe donc, presque comme sur la peau des mots, moirages et "écritures" par celles qu'Anne Slacik choisit "d'insérer".

 

Jean-Paul Gavard-Perret

02/10/2020

Von Matt-thématiques : révisions

Von Matt.pngAnnemarie von Matt, "Je ne m'ennuie jamais, on m'ennuie", avec des oeuvres de Mathis Altmann, Sophie Jung, Judith Keller, Simone Lappert, Quinn Latimer, Céline Manz, Sam Porritt, Davide-Christelle Sanvee, Manon Wertenbroek, Centre Culturel Suisse de Paris, du 11 octobre au 10 novembre 2020.

 

Von Matt 2.pngAnnemarie von Matt (1905-1967) reste une artiste méconnue, atypique et prolifique. Elle est présentée pour la première fois hors de Suisse sous la curation de Claire Hoffmann (CCS) et Patrizia Keller (Nidwlader Museum). L'artiste est accompagnée dans cette exposition de neuf artistes et autrices contemporaines qui découvrent sa personne et son œuvre. Elles et ils sont là pour les questionner et en donner leur "version". 

Von Matt 3.jpgL'artiste travailla d’abord comme aide ménagère en Suisse alémanique et romande. À Lucerne, elle rencontre l’orfèvre Martha Flüeler-Haefeli et se met à créer à ses côté et appartient très vite au cercle des artistes lucernois des années 1920. Membre du Werkbund SWB et de la Société suisse des femmes artistes  elle participe à partir des années 30 à de nombreuses expositions, reçoit des commandes. En 1935, elle épouse le peintre et sculpteur Hans von Matt mais rencontre également le prêtre et écrivain lucernois Josef Vital Kopp, avec lequel elle entretient une relation amoureuse. Son mariage et l’esprit de l’époque l’entravent. Mais son oeuvre va être innervée par cette relation contrariée

Von Mart.jpgCelle qui pratiqua une multitude de médiums (peinture, dessin, sculpture, arts appliqués, assemblage, photographie, auto-mise en scène) fut aussi obsédée par l’écriture. Portée par une approche ludique du langage elle s'en servit pour riposter à la société conservatrice dans laquelle elle étouffait. L’exposition illustre parfaitement l’aspect disparate de l'oeuvre et permet de l’envisager à travers les performances, installations, dessins ou textes des créateurs invités. Ils ont découverts dans son oeuvre échevelée une créatrice qui répond aux expérimentations de l'art du temps qu'elle anticipa sur bien des points.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/09/2020

Claire Guanella et les filambules

Guanella.jpgClaire Guanella, Gegenwartkunst - Elfi Boher, Zurich, du 3 au 11 octobre 2020.

 

Dans l'oeuvre de Claire Guanella les apparences se dissolvent en un chant plastique qui s'adresse au visible : la peinture résonne dans son espace et s'y établit comme un "objet" concret, tangible même si elle reste pourtant et théoriquement plus indicible que le réel. Le tout en des chemins sensoriels où se produisent des translations dans des opérations où la peinture appelle la projection du songe pour des visions désobstruées et afin de créer un mystère là où celle-là est rehaussée par une circulation de bulles d'air.

 

Guanella2.jpgTout est constitué de trames visuelles aux consistances souvent diaphanes. Le subtil et précieux est souligné de fils qui se referment souvent sur eux-mêmes. Ils semblent suggérer l'âme qui voltige en funambules ou «filambules». Existe une tendresse dans une sorte d'attention et de finesse là où tout évolue selon un désordre apparent qu'impriment de telles présences.

 

Guanella3.jpgLe réel revient totalement de ce qu'il est ou du moins tel que nous nous le représentons. Tout ici est intime mais en rien impudique. Une telle "écriture" plastique montre la vie mais en s'en distanciant. Surgit une histoire de regard, mais autre chose encore. L’image défait les liens du visible pour que l’insaisissable prenne paradoxalement corps. Claire Guanella le révèle: tiré hors du sommeil de larve il devient papillon. Le cosmos rejoint le microcosme et la terre, l’éther en cheveux d'écume. L’étreinte du temps ne se resserre pas pour autant entre de minces filets qui, faisant de subtiles barrages, donnent à l’informe une possibilité de cadences.

 

Jean-Paul Gavard-Perret