gruyeresuisse

02/07/2018

Clara Abi Nader : décalages et pas de côté

Nader.jpgLa libanaise Clara Abi Nader, par décalage géographique et culturel, en aménageant à Paris a trouvé un espace libre et plurivoque que traduisent ses images sur la matière brute de la réalité où les inserts phrastique ne traduisent pas directement ce qui est montré. C’est comme si une voix off perturbait le propos iconique.

Nader 2.jpgLa créatrice assujettie au guet, à l'inconstance de temps, se faufile à l'instinct dans la ville : rapide et lente, toujours sur le fil du rasoir elle garde un regard empreint de légèreté et de drôlerie. Son geste de prise n'approche rien d'établi, il mise sur l'occasionnel qui sert de tigelle de l'esprit et de l'affect.

Nader 3.jpgLe monde est pour elle un terrain de jeu mais de quête Si bien que l’effet de voyeurisme s’ouvre à une autre circulation : « Clara dans la rue » est donc l’état que l’auteur nomme « une collection de brèves de rue, fictives mais tirées du réel ». Existe donc un balancement perpétuel entre ces deux champs.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.instagram.com/claradanslarue/
La créatrice double sa série de petits tirages tamponnés avec le hashtag #claradanslarue, dans les parcs, bus, métro. Histoire de poursuivre ses histoires là même où elles ont été saisies.

30/06/2018

Alice de Kruijs ou le charme perturbant du portrait

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Alice de Kruijs ne cesse de chercher la beauté en dehors des canons classiques. Passionnée par l’Afrique elle construit un monde imaginaire à la fois conceptuel et symbolique où le féminin se démultiplie. Initiée par son père à la photographie, puis après avoir étudié la mode à la Fashion Academie d’Amsterdam et travaillé 10 ans dans ce domaine, elle a choisi de naviguer en solitaire.

 

 

 

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Le corps d’une femme aux forces obscures semble issu d’archétypes fétichistes pour se moquer de ceux que les hommes ont inventés pour elles de peur de n’être qu’un souffle provisoire, un courant d’air dans leur boîte crânienne et jusqu’aux orteils. La créatrice ne cesse donc de jouer des figurations qui dopent l’esprit en des images faussement votives.

 

 

 

 

Kruijs 3.jpgAlice de Kruijs transforme en gouffre optique sa déesse au crâne rasé. Nul folklore néanmoins en cet arsenal. Surgissent d'étranges icônes de notre civilisation occidentale. Fondées sur l'insolite chaque photographie permet d’entrer dans le domaine de l'insondable. Complexes et composites les portraits tiennent de l’histoire des Mystères du Moyen-âge comme de l’aventure plastique postmoderne. Se conjuguent diverses combinaisons et agglomérats de signes en leurs juxtapositions insolites qui mettent au défi les attentes visuelles.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/06/2018

Blaise Reutersward le romantique

Reut 3.pngLoin de toute expulsion d’agressivité ou de libido, Blaise Reutersward propose des images en des espaces scéniques particuliers qui racontent des histoires énigmatiques. La femme y règne en maîtresse absolue face à divers types d’architectures. Le photographe invente un formalisme particulier héritée d’Allemagne et de Russie où jaillit un romantisme surréaliste.

BlaiseReutersward bon.jpgUn silence règne là où la femme se libère de ses entraves sans pour autant faire la part belle au voyeur. Il a le souffle coupé par de telles présences. Elles n’appartiennent pas à son monde : il ne peut que les rêver mais en toute lucidité sur le peu qu’il représente à leurs yeux. Une errance se poursuit inexorable : jamais il n'en connaîtra le point d'arrivée, l'échéance finale.

 

 

 

Reut.pngRéduisant l'impression de réalité, rejetant implicitement la notion de représentation, le photographe parvient à ce fameux "Troisième sens" que Barthes assigne au visuel et qui selon lui n'a encore jamais vraiment émergé, si ce n'est dans quelques plans d'Eisenstein. C’est ce « jamais » que Blaise Reutersward tente d’atteindre par son photogénie ou sa photogenèse au moment où le théâtre du monde désigne un autre lieu contraint d'émerger hors du signifié et du réel en rappelant que l’image commence là où cesse le langage.

Jean-Paul Gavard-Perret

Natalia Goldin Lundh, “Blaise Reutersward”, Hatje Cantz, Berlin, 2018, 30 E.