gruyeresuisse

19/04/2020

Chloé Julien et l'homme assorti

Chloé Julien 2.jpg

Chloé Julien ressemble à Sharleen Spiteri lorsque celle ci était jeune avec son "Texas". Dans ces collages la placticienne se permet de nous donner un aperçu de l'homme ou l'amoureux idéal. Est-ce son "futur "? Ou un double ? En tous les cas les voyeuses et voyeurs en seront pour leurs frais. Les voici déboussolés car l'homme est en morceaux, il est épars, disjoint dans une déconstruction des plus fidèles... 

 

 

 

Chloé 4.jpgPour fonder un foyer ou juste une aventure pourrait-il faire l'affaire ? Et dans un ou l'autre cas il faut n'en retenir qu'une part (la meilleure si possible). A chacune de choisir là où l'image trépigne, se tortille.C'est comme si Chloé Julien faisait le ménage et aidait les hésitantes à choisir. C'est aussi une manière d'éloigner la médiocrité et de conserver des portions ésotériques (mais pas forcément) en un assortiment de choix. Il y a donc là du ciel et des fesses car il faut que le regard et le corps exultent. Mais rien d'obscène pour autant. Celle qui se veut chatte joue de l'allusion.

Chloé Julien.jpgExistent des sortes de tableaux en colliers où des hommes gruyères (suisses) sortent de leurs trous. L'artiste en garde ce qui lui fait plaisir ou sourire. Ses découpages n’offrent pas un rituel de la ruine mais une manière de revisiter l'espace dans un imaginaire aérien. Le vide comme le plein sont corrigés sans les combler des habituels bourres et repères cartographiques. Toute une scénographie traverse le portrait. Il reconvertit l'espace selon des modèles masculins aux propositions puissantes mais pas forcément phalliques.

Jean-Paul Gavard-Perret.

(Voire le Site de l'artiste: http://www.chloejulien.com/)

 

18/04/2020

Yoram Roth chevalier blanc de l'Eros

Roth.jpgGrâce - entre autres - sa propre galerie "Camera Work" le  travail de Yoram Roth est connu dans le monde entier même si, contrairement à ce qu'on pense, la nudité est dans notre monde de  plus en plus mal considérée. Disney Production vient de créer des ajouts à sa Sirène  dont Tom Hanks tombe amoureux pour cacher plus nettement son séant... On croît rêver.

Roth 3.jpg

 

Quant à Yoram Roth, la façon dont il présente le nu dérive sur l’abstraction et des aspects éthérés qui n'ont rien d'obscènes. Il a été néanmoins désinvité de Photofair San Francisco l’année dernière et n'a même pas pu montrer son site Web à Dubaï. À San Francisco, son travail était perçu comme politiquement incorrect, dans l’émirat, il était considéré comme du pornographique.

Roth 2.jpgLe photographe cherche et trouve l’inspiration dans le monde de l’histoire de l’art. Ses séries «Personal Disclosure», «Brutalism» et «Spatial Concepts» font référence au baroque espagnol, à l’architecture de Berlin Est, ou à des spatialistes italiens comme Fontana.  Comme de telles références il accorde un caractère sacré au corps humain. Et par ailleurs il ne cesse de rappeler que la photographie n’est pas intimidante et c'est là le problème. Tout le monde peut se croire photographe et ne se rend pas compte qu’il faut plus qu’une combinaison intelligente de boutons pour réaliser une bonne photo. L’artiste doit avoir des compétences, un point de vue et surtout un regard. C'est le cas de Yoram Roth. C'est pourquoi ses projets intriguent fascinent ou dérangent.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/04/2020

En attendant l'été : Anna Zerdib

Zerdib.jpgPour présenter son livre Anna Zerdib écrit : « C’était l’hiver après celui de la mort de ma mère, c’est-à-dire mon deuxième hiver à Montréal. J’ai rencontré Noah et j’ai eu ce secret. Tout s’est produit pour moi hors du temps réglementaire de la perte de sens". Et d'ajouter une peu plus loin : " Pour le secret, je ne suis pas certaine, il était peut-être là avant, un secret sans personne dedans."

Et soudain, aux heures de confinement que nous vivons, ce roman plein d'émotions est encore plus prégnant. S'y mêle la disparition, la mort (d'une mère), mais aussi l'amour, ses fantasmes, ses désillusions qui servent de" petits arrangements avec le réel" en des ruses nécessaires pour tenir et attendre l'été. C'est donc l'"ostinato" d'une sortie en attendant que la glace de neige qui recouvrait le corps finisse par disparaître.

Zerdib 2.jpgIl s'agit de savoir comment remarche la vie et de reprendre la route un temps arrêtée. Il faut déclore la chair, redonner de l'élasticité à la peau de nouveau poreuse à la caresse. Ce qui demeure dans le moment qu'Anna Erdib décrit reste plus le trajet et le but. Celui-ci sera révisé plus tard. Pour l'heure l'objectif est de ne plus rester prisonnier de la saumure morbide. Il faut donner à l'âme son élan, rester rebelle aux harcèlements de temps puis attendre les hirondelles. Pas à pas. Corps à corps. Elles arrivent

Jean-Paul Gavard-Perret

Anna Zerdib, "Les après-midi d'hiver", Collection Blanche, Gallimard, Paris, 176 p., 2020.