gruyeresuisse

19/02/2019

MG : en voiture

MG.jpgMG crée des images dont "les lignes noires parcourent la toile en une mise en plomb qui forme au fur et a mesure le cadre d’un vitrail, dont les couleurs apparaissent à l’intérieur en une superposition parfaite d’aplats". Les sujets y sont souvent érotiques, un rien (voire plus) pervers afin de suggérer divers types de sensations ou d'émotions. Toute l'oeuvre prend sa source avec l’arrivée du mouvement street-art que l'artiste reprend à sa main.

MG 2.jpgLe corps s'ouvre et se referme. D'autres paupières se soulèvent dans la mémoire. La femme s'expose comme énigme. Une pulsation reste ce qui sourd du plus profond mangé d'ombres. MG les éclairent ou les brouillent moins pour la sensation que l’émotion qui troublent les cartes du tendre comme celles d'une certaine violence.

MG4.jpgExiste une sorte de merveilleux B-D. Il transforme un naturalisme pour le porter vers un cinéma hollywoodien noir et blanc ou en couleurs. Sous des poses plus provocatrices qu'ingénues tout un monde s'agite. Les femmes deviennent des étoiles filantes ou des naines brunes ou blanches. A  la sauvagerie brute se substitue le suspens qui peut la laisser sourdre. Voire plus : aucune limite ne semble pouvoir l’arrêter sinon le bord d’une robe ou le promontoire d’une dentelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

MG, "The soft exhibition", Galerie Berrtrand Gillig, Strabourg, à partir du 21 février 2019.

18/02/2019

Memymom : presque tout sur ma mère

Mennimon.jpgMemymom est le nom utilisé par le couple mère et fille Marilène Coolens (1953) et Lisa De Boeck (1985) depuis 2004. Tout a commencé dans les années 90 lorsque la mère prenait des photos de sa fille et lui faisait jouer des contes de fées pour stimuler son imagination. Comme si ce n'était - du moins à cette époque - que seul l'enfance fait des êtres de parfaits acteurs parce que nul n'est encore quelqu'un de précis.

Mennimon 2.jpgLe résultat (concluant) fut de nombreuses archives de photos analogiques rassemblées plus tard sous le titre ‘'The Umbilical Vein’". A mesure que la fillette grandissait les rôles changèrent. Lisa devient à la fois photographe et réalisatrice et Marilène modèle et actrice. Si bien qu'un rapport d'équivalence et d'échange a progressivement pris forme là où de l'innocence les oeuvres glissent à la sensualité.

Mennimon 3.jpgAu jeu spontané a fait place d'autres explorations : le "me and my mom" sans devenir un "tout sur ma mère" et au sein d'un projet conceptuel, passe maintenant à l'ère du digital. Le monde y navigue entre le rêve et le fantasme : les émotions de la mère et de la fille restent présentes même si le jeu et le dialogue évolue. Demeure la préexistence d'un double regard - la vie est saisie par un double point de vue. Les deux femmes le savent bien : leur morale est la recherche, la quête, l'exercice d'une sélection d'un certain mode de regard qui n'appartienne qu'à leur univers

 

J-P Gavard-Perret

 

Memymon, "Solo Show", Maison de la Photographie, Lille du 5 Mars ou 4 avril 2019.Livre :  Memymom, "Ludion", 2019.

14/02/2019

Marie van Berchem : "Je suis un immense collage"

Marie van Berchem fourmille d'idées et de générosité. Elle a par exemple inventé "La bateauthèque" devenue "une ressource participative dédiée à la pensée critique, décoloniale, anti-raciste et féministe qui émerge du contexte spécifique de Genève." Tout son travail engage à une réflexion collective en vue de tenter d'enrayer les débâcles du monde.

Et ce pour une raison majeure : "Parce que je suis minuscule. / Parce que je suis un immense collage / Parce que je ne peux pas raconter tout ce qui veut être dit. / Parce qu’il y a des cris qui cherchent des oreilles". Mais aussi  - et "Parce que mes mots seuls ne suffisent pas" - elle opte  pour les images. Elles deviennent des langues narratives qui divergent de la façon la plus flagrante entre un récit de la perte de la bonne réputation suisse et une narration de l’aliénation essentielle à travers le concept de "différance" tel que Derrida l'entend.

 

Berchem.jpgLe même devenu étranger à soi se transforme dans la phénoménologie de l' esprit corrosif et non hégélien de Marie Berchem. Elle propose par ses images sa critique de l’économie politique et également la brisure de la psyché dans laquelle l'art se complait. Bref l'artiste rompt le récit officiel pour le faire devenir pensée dans des figures ou des narrations mentales qui évitent à ses compatriotes et aux autres de ne pas finir chocolat.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie van Berchem, "Helvetia – Une légende au bon lait suisse", Indiana, Collectif Rats, Vevey, du 23 février au 22 mars 2019