gruyeresuisse

13/10/2018

Radoslaw Pujan : l'inversion du voyeurisme (ou presque)

Pujan 3.jpgRadoslaw Pujan est le maître d'un double jeu. Le voyeuriste est mis devant son fait accompli. Mais en même temps l'auteur livre au curieux ce qu'il attend. Certes de manière ironique mais cela n'empêche pas aux fanstames de suivre leur cours.

 

 

Pujan.jpgC'est une manière de jouer d'une double mise en abîme par des reflets ou jeux de miroir. L'ambivalence est donc soulignée par l'insolent praticien là où tout est prémédité. Déclinant en noir et blanc ses stratégies le photographe se comporte en véritable compositeur. L’image devient duale, elle se distribue en secondes et en tierces. La dénudation n’est jamais frontale : elle passe par la reprise incessante de l’expérimentation formelle.

Pujan 2.jpgIl est d’ailleurs possible que dans un tel cadre le recours au nu soit capital puisque tout y est affaire de courbes et lumière et que paradoxalement ce thème touche à l’indicible, au rite plus qu’à la préhension et au tapage. Le corps fixé instruit la duplicité qui n'a plus besoin d’autre commentaire qu’elle-même. Le seul possible est la montée des circonstances  qui préside autant à la prise de vue qu'à son "objectif".

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

09/10/2018

Aurélie Gravas : à l’épreuve du temps

Gravas.jpgAurélie Gravas, « Mad Girl Love Song », Galerie Heinzer-Rezler, Lausanne, 18 octobre au 24 novembre 2018.

Autour des fleurs d’Aurélie Gravas louvoie une forme de volupté. Le regard est caressé par ce que l’artiste déploie de manière légère et maîtrisée dans le vertige des courbes. Tout est en vibration entre terre et ciel. Il ne s'agit pas de fixer le réel mais de le déplacer en des détentes pour une pluralité d'émergence.

Se créent des murmures visuels. Ils ne sont pas seulement le fruit du vent mais de l’art lui-même. Les fleurs deviennent moins un thème pictural que des silhouettes vives et charnelles. Loin de la mélancolie se découvre des passages intimes qui s’enfoncent dans l’inconnu et des élévations propres à chatouiller le ciel. Face aux ténèbres s’ouvre la plus grande clarté. Il y a là du Matisse. Mais du Matisse repris et corrigé.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Mathernité

Mathern.jpgMaîtresse femme et artiste Stéphanie-Lucie Mathern poursuit son travail iconoclaste fondé sur une dérision souvent impitoyable. Dans les jeux d'oppositions entre absolu et désenchantement l'artiste fait éclater les formes et les couleurs au moment où son invité cultive plutôt cinquante nuances de gris. A chacun sa manière à la fois d'évoquer une tristesse voire une détresse mais aussi de s'en moquer.

Mathern 2.jpgLes deux créateurs ouvrent des fondrières où la lumière noire s’évade plutôt que s’amenuiser. Ils ne cherchent pas forcément l’éclaircissement mais témoignent de la complexité de l’existence. Leur « Cosa » est aussi mentale qu’affective. Reste un plein de matière émotive qui secoue forcément en divers états vibratoires et un vertige. L'image tranche ce que les mots ont souvent du mal à séparer (sauf lorsque Stéphanie-Lucie Mathern) s'en empare.

Mathern 3.jpgAfin de suggérer le gachis, les deux artistes parfois accélèrent le temps, parfois le ralentissent. Ils restituent ce qui dans le mouvement est généralement imperceptible - un peu à la manière de ce qu'un Pol Bury proposait. Les deux créateurs ouvrent le chaos du monde mais de manière savamment agencée afin qu'il "parle". C'est là une des manières de structurer l'informe et le figurer de manière saisissante et ludique (comme le titre de l'exposition l'indique).

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphanie-Lucie Mathern, « Je me prostituerai pour la postérité » (avec Alex Sanson en invité), Galerie Bertrand Gillig, Strasbourg, octobre 2018.