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17/12/2017

Aurélie Pétrel : playground

Pétrel.jpgAurélie Pétrel, « Littéralement et dans tous les sens », CPG, Genève, du 16 décembre 2017 au 11février 2017.

Pour Aurélie Pétrel la photographie n’est « que » le point de départ d’une démarche plus ample. Chaque épreuve devient l’occasion de diverses stratégies, propositions et structures animées au sein de « performances ». Existe une suite de partitions faites pour créer une interrogation entre l’image, son contexte et les conditions de sa création. Le spectateur n’est plus face à l’image mais dedans au sein de White Cubes qui transforment les chambres noires.

Pétrel 2.jpgLe sens de l’image déborde par la confrontation les points de vue afin de développer des pistes au sein de l’interstice entre les medias en des liens qui prennent forme et sens au fil du travail. A la croisée de la photographie et d’autres approches, Aurélie Pétrel architecture l’espace-temps et développe en un certain nombre de facettes qui peuvent évoluer en permanence en différents types d’immersion.

Pétrel 3.jpgLa tentation du récit est évincée au profit d'une réflexion sur la notion d'image même si elle garde la capacité d’introduire du récit dans les installations, de l’évènement dans un évènement. L'artiste nous donne à voir le travail de sape salutaire pour la vraie liberté. Celle qui fonde et qui brise. Celle aussi qui – révélée - tend à occuper tout l’espace loin des stances qui habillent généralement le regard. D’où la présence d’une impudeur très particulière, résolument critique et parfois ironique.

Jean-Paul Gavard-Perret

15/12/2017

Christelle Jornod : territoires et déterritorialisation

Jornod.jpgChristelle Jornod est une jeune photographe ex élève de L’HEAD-Genève dans l’option Information/fiction. En toute logique eu égard à son apprentissage, sa manière de « dévisager » le territoire l’entraîne à sortir de l’imagerie documentaire pour la déplacer vers un lieu de fiction et de construction. L’artiste le résume ainsi « la photographie de paysage, c’est une trace, une sauvegarde, mais aussi une esthétique. ». D’où sa manière de recomposer la montagne suisse selon une subjectivité où le noir et blanc propose des vertiges visuels ou ce que Lacan nomma "une béance oculaire".

Jornod 2.jpgLe figé est à la fois cadré ou recadré dans une marche forcée afin de pousser le paysage vers l’abstraction au moment où le terrain - soumis au temps, à l’érosion, à la fiction de l'éclaireuse   devient un champ d’expérimentation.  En quête de lieux vides, sauvages et de pierriers la photographe suit divers types de traces naturelles visibles ou non. Evitant la lumière trop « blanche » du soleil en son zénith elle saisit le paysage en des moments où l’ombre métamorphose les concrétions et les concaténations. N’abandonne jamais un travail sur la netteté, l’artiste par son noir et blanc comme en ses bleus nocturnes crée une permanence de l’abstraction et figuration autour du paysage.

Jornod 4.pngLa force de la nature et celle des contrastes restent primordiaux. Les lieux semblent retournés, déterritorialisés. L’épaisseur prétendue et apparente du réel est soustraite au simple jeu de miroirs. En surgit une musique d’un inframonde. Et si Christelle Jornod n’avait pas été artiste plasticienne elle aurait sans doute créé de la musique – « le plus abstrait des arts » selon Schopenhauer. Pour elle le réel comme l’image apparaissent comme des voiles qu’il faut déchirer afin d’atteindre les histoires, les choses, ou le chaos qui se trouvent derrière.

Jean-Paul Gavard-Perret

Christelle Jornod, « Littéralement et dans tous les sens » Centre de la Photographie, Genève, Décembre 2017.

Zhang Haier : Femmes

Zhand Haier.jpgZhang Haier, dans les années 80 et avec sa série « Girls » a créé une surprise dans la photographie chinoise. L’artiste échappe à l'intertextualité politique et l’idéologie tout en évitant de les affronter de face. Il a biaisé les tyrannies en imposant sa vision et une « ex-citation » face aux citations idéologiques. Sa provocation fut plutôt considérée comme intrigante par sa façon d'exprimer et de documenter la féminité avec autant d’intimité que de puissance. L’artiste a créé un lien de confiance avec ses modèles et elles ont accepté le jeu de la proximité. Dans un monde où l'identité a été diminuée et dévorée, apparaît toute une diversité que l’occident a tendance a oublié lorsqu’il s’agit de la Chine.

Zhand Haier 3.jpgLa féminité y est multiple, douce ou implacable. L’artiste donne aux femmes autant de spiritualité que de sensorialité. Celle ci avance souvent masquée et par la précision des prises elle est plus intense et créatrice d’émotions qui échappent aux plaisirs vicaires. La dignité de la femme est toujours respectée voire magnifiée. Une imagerie se décline en une suite de portraits kaléidoscopique.

 

 

Zhand Haier 2.jpgInsidieusement chaque image passe ainsi de l’extérieur (socialisation du vêtement), à l’intérieur, à ce qui ne se voit pas forcément mais que suggère une mise en scène où chaque femme est considérée non comme un symbole mais une personnalité inaliénable et qui se revendique comme telle. Zhang Haier reste un photographe à part dans l’histoire de son art. Il ne refuse pas de regarder la tradition mais sait aussi anticiper l’avenir si bien qu’implicitement chacun de ses portraits devient celui de femmes en lutte pour leur intégrité. Elles semblent revendiquer ce qu’elles font et qui elles sont là où le photographe ne cherche pas la séduction à tout prix mais une forme de vérité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Zhang Haier, Exposition inaugurale du Musée de la Photographie de Lianzhou.