gruyeresuisse

30/12/2016

Anne Volanthen La free-bourgeoise


Vonlanthen.jpgAnne Volanthen, « Sculpture », Galerie J-J Hofstetter, Fribourg, 20 janvier au 25 février 2017.

 

Anne Volanthen ose vaquer au-delà des lieux où ses pairs en sculpture jouent les zouaves sacerdotaux. Ses travaux ne servent pas d’otages aux images admises. Une évasion a lieu grâce aux culbutes de la créatrice « free-bourgeoise ». Sortant l’art du matériau noble elle réussit des ricochets stellaires sur les ailes d’un insecte anatomiquement curieux.

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L’artiste à sa façon le glorifie avec humour et tendresse. A l’aide de boules de laine elle reconstruit sa forme jusque là immuable. Raboteuse et pleine d’aspérité soyeuse elle devient parfaite et fait de la sculptrice la Gorgone à la Méduse ailée qui n’a rien de timide. Elle amuse les petits et étonne les grands - s’ils ne sont pas trop confits de certitudes. Une telle bestiole ne pompe plus le sang des coquins, elles l’éponge. Et c’est un fameux service. Elle tranquillise ce qui nous tourmente.

Le burlesque est poétique. Nul besoin de piqûre : chaque œuvre est le porte-empreinte ironique de ce qui est attelé à l’homme sans qu’il l’estime.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

27/12/2016

Pascale Miller : avec le temps

 

Miller 2.pngPascale Miller sait capter la femme selon divers points de vue. Jaillit la sourde ou la lumineuse incandescence du corps et de la vie la plus fragile dans l’intensité du temps. La photographe le remonte parfois comme dans sa série « Le Souvenir de Lily » dont l’érotisme subtil est magnifiquement scénarisé. Mais parfois une simple silhouette prenant la route (ou la voie ferrée) dépasse le réel pour atteindre un univers poétique.

 

Miller 3.jpgDe chaque épreuve surgit un mouvement, un équilibre. Le corps devient autant une ombre, une tache blanche ou un fruit qui accordent au passage du temps et jusqu’à l’absence « en marche » une présence universelle et une pulsation de l’intime au sein d’éléments premiers.

Miller 4.pngL’existence ménage ses appuis sur le sol, monte d’un corps incertain voire caché en une écume d’ombre. Du réel Pascale Miller ose brader la ressemblance au profit d’une apparition de l’insaisissable. Par l’infime la présence est accru. Le corps « unique » apparaît dans une succession d’instants où le blanc surprend le noir comme celui-ci s’empare du premier. Il en va de même lorsque les couleurs font irruption. Dans les deux cas l’artiste déplace le centre de notre émotivité visuelle vers quelque chose de plus profond au sein d'un éternel retour, d'un éternel départ.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pascale Miller, exposition à Corridor Elephant, Paris, décembre 2016 - janvier 2017.

Rimel Neffati : cherchons ailleurs l’objet qui nous suffit


Neffati 2.jpgRimel Neffati crée un univers onirique où l’éros jouxte la « vanité » (en tant que genre). Elle révèle parfois une forme de comique discret de l’épouvante déclinée sur le même registre, la clownerie des tabous. Seule la pudeur évanescente ou quasi burlesque dévoile le secret du corps féminin que les hommes amnésient à leur guise.

 

Neffati 3.jpgL’artiste donne des coups sans pour autant afficher une posture militante. Sa révolte est plus profonde. Il s’agit de retrouver une paix souveraine où la femme n’est plus prise pas n’importe qui et pour n’importe quoi.

 

 

 

Neffati.jpgEn conséquence Rimel Neffati ne cesse d’affirmer une liberté souveraine. Le tout en une subtile élégance face aux tabous et la masse pullulante des blessures faites au féminin. Le seul viol revendiqué par la photographe est celui de la pensée. Contre un ascétisme moral qui rejette l’intimité, l’artiste ose un art particulier : il se pare de coquetterie pour laisser apparaître ce qui tenu comme « inconnu », clandestin, absorbé, épongé.

Jean-Paul Gavard-Perret