gruyeresuisse

07/03/2021

Ester Vonplon : la ferveur d'un schisme

 

Vonplon 2.jpgEster Vonplon, "I See Darkness - Diessets ", Galerie Stephan Witschi, Zurich, à partir du 13 mars 2021.
 
C'est en-deçà de la ligne de flottaison qu'Ester Vonplon nous entraîne selon sa méthode et son parcours très particulier. Dans une dialectique du lointain et du proche, du familier et de l’étrange, elle invente par ses photographies une poétique du réel poussé au paradoxe du limbe et d'une forme de vertige dont chaque oeuvre devient le prodige.
 
Vonplon.jpgLa nature vit dans ses oeuvres comme un lieu très magique.  Picturale dans ses jeux d’ombres et de lumière ce travail semble pouvoir avaler le réel à l’infini afin d’en faire surgir des émotions presque sans objet et évanescentes. Existe là un séjour qui fait le lit de l’ambivalence au milieu de gouffres optiques.
 
Vonplon 3.jpgChaque photographie s'éloigne de la gravitation pour ne retenir que l'épars d'une sorte d'inaccomplissement qu'Ester Vonplon finalise. Exit les effets miroirs, l'art devient flamboyant loin des bacchanales des inventaires du réel. Surgit la ferveur d'un schisme dont la nature est le port d'attache et le déversoir. Et soudain s'y formule l'informe vierge encore jusque-là de tout vocabulaire plastique.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

05/03/2021

Isabelle Sbrissa l'exigeante

Sbrissa Bon.jpgIsabelle Sbrissa, "Tout tient tout", Héros Limite, Genève, 2021, 78 p., 14 E..

 
La Genevoise Isabelle Sbrissa après une période consacrée au théâtre puis à la dimension vocale de la poésie (entre autres à travers des performances et des formes de polyphonie), et tout en laissant toujours les sylphes au garage s'appuie désormais sur une poétique de l'espace et de l'espacement pour exprimer ce qui se voit du monde intérieur dépouillé mais tout autant nourri par une vision des paysages selon divers moments.
 
Sbrissa.jpgLes vers se brisent, les mots se segmentent, et ce pour  que les liens se desserrent. L'auteure sans quitter vraiment le sens  se laisse "pro / jeter" pour des interjections majeures. Mais haro sur l'affectif pontifiant. Allant dans la langue qui "in / carne ma / dense labili : té du sens", la poétesse crée une diffusion où tout ce qui se passe (même le temps) prélude à une activité en déficit. A savoir un usage de la langue qui parlant moins dit plus. Entreprendre de telles coupes sombres qui aèrent le discours demande ce que l'auteure possède : à la fois une inspiration, une technique et une culture. De cette dernière l'auteure ne fait jamais état.
 
Sbrissa 2.jpg"Bistournant" les châssis de la versification et de logos, compactant des poèmes en proses aux fractions incisives selon une narration où rien n'a lieu que le lieu, Isabelle Sbrissa évite tout pathos. La mâchoire animale et maternelle (mais en rien maternante) - plutôt que de ressasser du discours - brouillonne dans le  vivant. D'où l'importance d'une telle œuvre et d'une telle auteure. Elle déshabite ses miroirs pour redevenir elle-même par une écriture aussi sobre que puissante.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

04/03/2021

Andrea Wolfensberger : la nature a horreur du vide

Wofensberger.jpgAndrea Wolfensberger, "Naturstudien", Gisèle Linder, Bâle, du  20 mars au17 mai 2021
 
Andrea Wolfensberger est à sa manière une paysagiste créatrice d’un régime figural particulier. De plongée en plongée, d'émergence en émergence elle crée de multiples manières des "objets" mais aussi une conceptualisation  qui, par une économie de moyens,propose la poésie d'un monde jusque-là insaisissable.
 
Wolf 2.jpegQuittant tout souci de narration,  Andrea Wolfensberger recrée le lien du matériel et du spirituel par la mise en jeu d'une idiosyncrasie d'une sorte de conceptualisme romantique décalé là où la dématérialisation de l'art est liée aux phénomènes matériels et bien sûr au paysage lui-même et la beauté qui prennent ici une nouvelle dimension. Surgissent des structures complexes du mouvement  dans par exemple  des stèles en cire ou une bulle de savon dans laquelle se reflète le paysage environnant. L'artiste reprend donc un mouvement majeur de l'art : arrêter le temps, capturer l'instant en un moyen de les fixer sous forme d’objets dans l’espace - sculptures ondoyantes en plâtre ou en carton ondulé.
 
Wolf.jpgL'image - rôdeuse et fille perdue -  recouvre son fluide. Il n'y a plus qu'à se laisser entraîner là où une langue visuelle aussi poétique que sèche crée un spectacle  où la matière joue un rôle particulier. Le sensible est conceptualisé de manière à créer des montages. Leur pulsation bat la chamade sans mesure mais non sans syntaxe. Elle charrie tout un monde qui bouillonne sans fin.
 
Jean-Paul Gavard-Perret