gruyeresuisse

12/03/2020

Femmes entre elles au Musée Jurassien de Moutier

Jura.png"Entre femmes ! Les collections du musée", Musée Jurassien des Arts de Moutier, du 15 mars au 8 novembre 2020.

Dans sa tradition d'expositions thématiques, le Musée Jurassien apporte sa pierre au rééquilibrage de la présence des femmes dans l'histoire de l'art. Et ce, dans le but de contrebalancer des statistiques nettement en leur défaveur et afin de faire évaluer les mentalités et les représentations féminines.

Jura 3.pngBrigitte Jost, Daniela Keiser, Mireille Henry, Jeanne Chevalier et une vingtaine de leurs consoeurs illustrent les visions autant du corps, du paysage que de l'étrange. Toutes ces oeuvres questionnent la représentation et ses techniques à l'image de la vidéo "Kunstpillgerreisse" de Marinka Limat dont la performance est un pèlerinage sur les lieux d'art de Fribourg à Berlin afin de s'y faire bénir. Mais au nom de l'art.

Jura 2.pngSe découvrent aussi des assemblages étranges où les artistes femmes se montrent très sensible à l'autre comme dans les dessins de rite de Romana del Negro. Le corps féminin garde toute sa place au moment où il est "pris" par un regard féminin - celui d'Anouk Richard par exemple qui le désacralise sans le réduire à une simple apparence libidinale. Toutes ces artistes femmes optent pour un «je», détaché de l’égo et en conséquence propre à opérer un tutoiement  conséquent : celui de la vie et de la réalité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Isabelle Pilloud : Femmes en lutte et "je" anatomique

Pilloud.pngIsabelle Pilloud, "HEROÏNES", du 23 décembre 2019 au 16 aout 2020. Espace Jean Tinguely-Niki de Saint-Phalle. Fribourg et livre "HEROÏNES", coll. Artt, éditions Faim de Siècle, 112 p, 30 CHF, 2020.

 

Pilloud 2.pngL’exposition « HEROÏNES » d'Isabelle Pilloud présente des peintures, oeuvres graphiques et installations dont la démarche artistique est liée à la condition féminine : "qui sont les femmes ? que font-elles ? sont-elles heureuses ? où vont-elles ?" écrit l'artiste qui souligne :« C’est un work in progress et une oeuvre participative pour le public ». Elle a brodé avec sa mère et sa tante les cinq continents sur une toile à peindre brute qui accueille les visiteurs. Eux-mêmes sont invités à coudre une perle à l’endroit où trouver «leur» propre héroïne.

Pilloud 4.pngIls (elles) peuvent aussi déposer un témoignage en racontant leur histoire. "Le but est que la carte du monde s’illumine grâce à des centaines de perles !" écrit l'artiste. Les oeuvres et leurs genres dépendent des témoignages récoltés. « La technique m’est dictée par le sujet, c’est  un moyen, pas le but » précise-t-elle. L’exposition se décline en six séries : les héroïnes nationales, les visites du chantier, Pussyhat, collages, portraits-souliers et « Elles ont pris les armes ».

Pilloud 3.jpgCertaines rencontres ou témoignages traversent plusieurs séries. Des leitmotivs aussi  et ils  figurent également sur une longue tapisserie accrochée entre les deux étages de l’Espace. L'artiste y évoque des corps atomisés, emplis parfois d'une puissance qu'on a voulu foudroyer. D'autres déversent la souffrance d'organes, concassés, éreintés que la colonne des images relève. Un "je" anatomique féminin s'ose et s'assume. Le corps jusque là gisant s'éloigne des isolements et humiliations et ne se réduit pas à une bouche muette.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/03/2020

Sissi Farassat et Erwin Polanc : contours de la présence

Polanc.jpg

 

Les deux photographes se répondent là où au silence de l’effusion enfouie dans langage de muets désirs surgissent des équilibres fragiles. Transparaissent (ironiquement chez Farassat et plus gravement chez Polanc) la crainte, la blessure d'être mais aussi un espoir.

 

 

Farassat.jpgS’éveille aussi le choc de ruptures. Il s'agit d'arracher ou de retirer l’écharde du réel là où suinte le cri du creux de la chair et où s’étiole l’esquisse d’un impossible phrasé où la parole s’épuisait. Les images froissent certaines failles afin que, à la poussière des chutes, fasse place un chant encore entravé.

Polanc 2.jpgExistent des tournoiements, des retournements contre ce qui broie les femmes et plus généralement le monde. D’impudiques ripailles semblent soudain des possibilités. Si bien que les deux photographes cicatrisent des failles et créent d'infimes effractions afin que se scellent des chimères. Et ce, par ricochet contre des amputations et les turbulences morcellées d'anatomies en instance d’être. Elles pourraient ne plus s'égarer dans leurs écartèlements

Jean-Paul Gavard-Perret

Sissi Farassat / Erwin Polanc, Fotohof, Salzburg, du 10 avril au 6 Juin 2020. (Photos 1 et 3 Polanc, Photo 2 Farassat)