gruyeresuisse

31/01/2021

Ann Loubert : visages à portée de coeur

Lou.jpgAnn Loubert, "A visage decouvert", Galerie Chantal Bamberger, Strasbourg, du 30 janvier au27 février 2021.

 
Il faut se méfier parfois des titres des expositions. Certes Ann Loubert en ses pastels sur papier dissipe certaines ombres sans que la blancheur règne. Sur des fonds ambrés des traits y circulent, les visitent, y posent leur onction par le souffle qui anime le geste de la création. L'éphémère se transforme  et crée une effervescence que chacun peut interpréter comme il l'entend.
 
Lou 3.jpgChaque œuvre de l’artiste suisse est ailée, créatrice d'un rythme subtil, trouvé de manière presque instinctive par celle qui en ses chevauchées pénètre l’immobile. L'artiste illumine le superfétatoire, le narratif en ce qui tient d’un mouvement lustral et germinatif là où le moindre donne naissance à des envols insoupçonnés.
 

Lou 2.jpgL’artiste crée des atmosphères infimes qui deviennent démesurées. Le dessin s’affranchit des entraves en un minimalisme et une dilatation éthérée. Chaque œuvre recompose d’incessants échos et des chevauchements de fragments. Le déphasage de la composition tronquée crée une métamorphose de ce qui passe habituellement par l’opulence graphique. Tout semble ici à portée de coeur en une inspiration qui reste profonde pour nos temps présents si troublés.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/01/2021

René Groebli et l'intimité du désir 

Groebli bon.jpgInterrompue par la crise du coronavirus., l’exposition de René Groebli, "The Magic Eye". Cependant, elle peut être visible en 3D sur le Net. Dès la réouverture de la galerie, l’exposition sera reprise avec l’ajout de quelques nouvelles oeuvres. Toutes deviennent un miroir dans lequel nous sommes invités pour nous rappeler nos propres expériences. Et ce, lorsque l'émotion du désir dévore les mots et les ombres.

 
Groebli.jpgL'actuelle vision de l'oeuvre sur le site s'ouvre avec la photographie «Lying Nude» (1952). Elle fut prise pendant la lune de miel de Groebli avec sa femme Rita dans une chambre d’hôtel à Paris. Ils s’y étaient isolés pendant trois jours et témoigne de la l’intimité et la proximité des amoureux dans leurs cérémonies et pratiques nuptiales.  Cette suggestion érotique momentanée s'étend sur toute l'oeuvre du photographe.
 
 
Groebli 2.jpgEt peu à peu le nu est devenu une des marques de fabrique d'un corpus retenu très vite dans l’exposition avant-gardiste d’Edward Steichen "The Family of Man" au MOMA de New York. Le nu est pour le crateur suisse une vision autorisée sur l'intime et sa liberté sensuelle loin des tabous.  Le plaisir deviné dans de telles prises n'est pas plus "scandaleux" que l’amour et la familiarité entre deux êtres. Les clichés de l'exposition suffisent pour exprimer le désir de l'image à l'image de l'amour qu'elle n'apprivoise pas mais laisse vivre.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

René Groebli, "The Eye of Love", Pour faire la visite en 3D de l’exposition en cours dans la galerie: THE MAGIC EYE, Bildhalle,  Zurich, www.bildhalle.ch

23/01/2021

Romina De Novellis en haute basse-cour

De Novellis.jpgAu delà même de l’émergence de l'art du "Care", Romina de Novellis s'élève contre les formes d'expression des mâles où tel dieu le père ils exercent main mise et contrôle. Comme Marina Abramovic elle revendique par sa nouvelle performance un état d’anonymat,  d’effacement, de don, et d’abandon. Existe là  ce qu’on peut appeler  "le complexe de la Pythie" :  l’idée que l’oeuvre est plus importante que la personne qui existe derrière et qu’au fond avec ou sans signature elle demeure. Si bien qu'avec ou sans marqueur temporel, tout ce qui gomme les origines et l’appartenance amène à un regard autre sur le monde.
 
Romina DeNovellis.jpgL'artiste reprend un rituel intime de l'Italie du Sud, selon lesquels les femmes mettaient leurs poules sur leurs genoux pour leur boucher les oreilles afin qu'elles n'entendent pas leurs cris de colère et ce afin d'éviter la stérilité. Cette vision peut paraître très déstabilisante, mais c’est en acceptant d’affronter ce qui change nos repères que nous pouvons donner du jeu et du champ   à ce que nous faisons et à l'état d'une société qui méprises êtres humains et animaux.
 
Romina 3.jpgL’émergence de quelque chose de nouveau passe donc parfois par l'ancien. Cela ne diminue en rien la prédominance de l’invention sans éliminer certains rituels du passé. Une frange de la culture traditionnelle persiste  non par conservatisme ringard mais pour se dégager de certains rites de destruction contemporaines - celui où par exemple les poulets sont tués dans des bains d'eau électrifiée.
 
Jean-Paul Gavar(d-Perret
 
Romina De Novellis, "Si tu m'aimes, protège moi",  Performance et Video-Projection, Galerie Alberta Pane, 22 janvier au 6 février 2021.