gruyeresuisse

02/12/2017

Anne Voeffray : le mouvement qui déplace les lignes

Anne Voeffray.jpgAnne Voeffray, « Mouvements », Galerie Univers, 5, rue Centrale - Lausanne du 9 au 24 décembre 2017

Quittant le visage mais pas forcément la buée Anne Voeffray poursuit sa quête. Elle filtre la lumière et l’apparence par des lueurs et des présences diffractées afin d’approfondir les choses vues et le silence. La photographe refuse de forcer des seuils : le mouvement est toujours feutré.

Il s’agit d’attendre, encore attendre, aller plus avant dans la nudité qui ouvrira le passage. Mais en se retirant. Et retenir des traces en retirer à peine le bâillon face à l’insondable. Ce que la buée recouvre le temps le défera. L’objectif de la photographe est de retenir cet indicible de la vitre dont l’artiste fait pleurer le voile. Un regard y coule pour se mêler à la substance de ce qui irrémédiablement s’échappe.

Jean-Paul Gavard-Perret

16:41 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

Magdéleine Ferru : au nom des femmes

Magdeleine.ferru.jpgLe livre de Magdéleine "Comfort Zone" - écrit son auteure - « porte sur le corps, le respect de la femme et de son corps dans le monde actuel, et surtout, avec la montée du féminisme et des Femens, et des nombreux témoignages de harcèlements sexuels, sur les réactions que cela peut inspirer. ». L’artiste interpelle les femmes pour une réflexion sur le sens de qui elles sont, le non respect qui leur est portée même si elles, dévêtues, elles sont « objet » du désir. Elle montre aussi comment la vision du corps est le fruit d’un héritage culturel social, religieux.

Magdeleine.ferru 2.jpgEt Magdeleine Ferru de préciser la situation qu’induit la nudité : « ne peut-on pas supporter le nu sans être féministe? Ne peut-on pas être à l'aise à montrer son corps comme bon nous semble? Ou à l'opposé, puis-je me cacher, et cacher ce corps pour des raisons qui me sont personnelles ? ». La créatrice se contente de poser les questions afin de permettre aux femmes (mais pas seulement) de méditer sur une telle question par tout un jeu de montages. Dans cette traversée du féminin, la « noire sœur » (Beckett) devient un « lieu » qui reste troublant. Il y a là en son exhibition ce qui habituellement n’« appartient » qu’à l’univers érotique masculin. Mais l’artiste déplace les lignes afin d’évoquer comment se cache ou est spolié le secret de l’identification.

SMagdeleine.ferru 3.jpges portraits de femmes restent aussi énigmatiques que pudique en dépit de leur »mise à nu ». La force centrifuge de la photographie et de ses assemblages de « vignettes » n’est pas là pour soulever du fantasme. Elle rappelle la fragilité de l’existence et les forces des désirs refoulés. L’artiste mène plus loin la nudité selon des voies presque impénétrables. Un « érotisme » particulier apparaît. Il ne s’agit plus de jouer avec des images qui ne seraient que des ancres jetées dans le sexe pour qu’on s’y arrime. Magdéleine Ferru cherche moins l’éclat des « choses » visibles que l’éclat du vivant.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/11/2017

Stéfanie Renoma : le coup du charme

Renoma 2.pngJouant sur les faux-semblants et les artifices, Stéfanie Renoma "répond" aux appétits de se rincer l’oeil à travers les bains de jouvence de cérémonies énigmatiques. Les Vénus et les Apollon deviennent les acteurs d’un théâtre optique en luxe et voluptés. Narrations, mises en scène, prises de vue désaxées jouent du cynisme et du charme. L’exercice du désir n’exclut pas le sarcasme, mais l’ironie élargit la sphère de l’érotisme.Renoma.png Sa « science » devient autant celle de la vie que l’imaginaire. Stéfanie Renoma crée ainsi son cinéma, sa farce sensuelle en retenant des instants « performatives » selon une spectacularisation programmée par la dialectique des récits et des formes.

Renoma 3.jpegNon seulement la photographie a du charme : elle le fait. Elle a aussi du chien par ses divers jeux d’équivalence entre ce qui est et n’est pas. Dans chaque image il se passe quelque chose, mais - avantage de cet art sur le cinéma - au regardeur d’imaginer la suite, de basculer dans les plongées que l’artiste affectionne et propose en recomposant le mouvement avec de l’immobile, et l’immobilité avec le mouvement. Renoma 4.jpegLe flux vital passe donc par un filtre dont l'artificialité ajoute de nouvelles dimensions perceptives pour donner naissance au couple représentation/réalité un surplus de persuasion et d’ironie. A la fois tout est donné et rien n’est donné quoique à portée de main. Le désir compris. C’est là l’habileté de Stéfanie la traîtresse : en son art de la suggestion, de la dramaturgie mais aussi de l’humour-cristal des simulacres libidineux : l’ivresse est programmée mais elle ne peut que se contempler.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéfanie Renoma, « Lost control » - Galerie Art Cube Paris, décembre 2017,« Vibrations » - Nolinski Hotel Paris, décembre 2017.