gruyeresuisse

30/05/2017

Le labyrinthe optique d’Anne Collier

collier 4.jpgAnne Collier est passée experte dans la décontextualision et la transformation des clichés et conventions photographiques. Tout son travail est fait pour poser la question : qu’est-ce que regarder? Entre Cindy Sherman, Richard Prince et J-L Godard, elle reprend les photos de magazines, de pochettes d’albums, de films ( avec Marilyn par exemple) : elle les re-photographie pour en neutraliser les artefacts et en posant au passage la question du genre. Chaque cliché devient un hublot ou un trou dévasté qui ne cherche jamais à flatter le regard mais à l’interroger par ce qui est montré.

Collier 3.jpgExiste là une des réflexions les plus profondes sur la question de la reproduction et du dépliement du medium au moment où le digital impose sa loi. A travers de telles images la photographe revisite l’histoire de l’art par effet de glissement, vidange et installation « décadrée ». D’où des créations apparemment sans âge mais qui restent à l’acmé d’une postmodernité efficiente. Sous l’aspect quelque peu « romantique » émerge des visions nues, presque abstraites. Elles modifient la notion de portrait et de paysage.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/05/2017

Trop de corps, pas assez : Caroline Fahey


Fahey.jpgA travers sa propre expérience existentielle et sa puissance photographique, dans sa série « Silver Linin », Caroline Fahey scénarise son rapport compliqué avec son corps obèse. Elle le et se photographie frontalement dans son lit, sa salle de bains ou des piscines d’hôtels afin de retrouver un rapport plus positif avec ses lourdes formes. Chaque prise devient un moment de confidence. L’artiste invente des stratagèmes afin d’estomper ses rondeurs et redevenir une Vénus botticellienne qui sortirait de l’eau en acquérant plus de confiance en elle. L’espace reste une cuirasse où elle se montre et se cache.

Fahey2.jpgHormis la photographie, il n’existe sans doute rien de vraiment profond, de vraiment juste dans le rapport que l’artiste entretient avec son réel. Mais en même temps, l’art reste fort peu de chose : à savoir une vanité. Le tout est de tenir les deux vérités en même temps : la photographie est tout et rien. Pour Caroline Fahey à la fois il est impossible de s’en passer et elle doit s’en passer. Ce paradoxe fait œuvre. L’artiste travaille avec comme avec son corps pour se retrouver et se donner une existence, le tout dans une cruauté plus ou moins enjouée de se savoir écartelée entre sérieux et farce et espérée devenir une enchanteresse belle en cuisses, conscient du trop d’un côté et du peu de l’autre.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/05/2017

Ben Hopper : des photos aux poils

Hopper.pngRefusant de considérer comme belle une femme uniquement si elle est épilée, Ben Hopper présente ses modèles les bras levés afin de voir ce que les photos de mode désormais ignorent. Cette vision qui satisfera les Femen et plus largement les féministes. A la prise de force d’un érotisme aseptisé le photographe propose une première fêlure tout en créant une acuité sensorielle accrue, une montée de température.

 

 

Hopper bon.jpgPar l’assouplissement programmé des articulations de leurs bras, actrices et modèles sont totalement conquises et délivrées par leur nouveau rôle et la série d’indices que les mises en scènes et leur faisceau énergétique produisent. Ben Hopper prend sur lui de considérer principes, repères, acquis comme des quasi-hérésies. On lui en sait gré pour le plaisir que cela crée au moment où se et réanime des logiques visuelles oubliées.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.therealbenhopper.com/Projects/Natural-Beauty, 2017.