gruyeresuisse

10/04/2018

Maria Svaborva : les immobiles

Svaborva.pngLes photographies de Maria Svaborva offrent des scènes théâtralisées presque irréelles au sein même d’un réel qui soudain semble se figer. L'artiste fait passer de l’illusion subie à l’illusion exhibée. De l'oeuvre naît une béance particulière qui se dégage des histoires d'objectivité et de choses vues. L’apparence crée par l’artiste ne dissout plus le réel mais le transforme en artificialité au sein d’une sensualité froide.

svaborva2.jpgLe tout dans une succession de narrations frontales et subtilement ironiques là où l’aspect festif se fige dans une esthétique faite de poses strictes. Les notions d’identité et d’individualité se perdent. A la surface de l’eau et des murs de la piscine «répond celle des photographies où les naïades sont de véritables statues.

Svaborva3.jpgLes illusions offertes restent des plaisirs qu’il faut saisir. Un passage demeure possible par l’ « ostinato » des images froides et légères d’une poésie plastique distanciée par une photographe capable de transformer chaque prise en tableaux aussi expressionnistes qu’impressionnistes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Le monde insidieux et féminin de Lilla Szasz

Sasz.jpgL’appareil photo de Lilla Szasz est un regard particulier sur l’éros. Il se fait rodeur et divers. La sensualité n’est pas seulement la langueur du plaisir, la violence érotique mais empreinte de gravité ou de jeux qui délivrent un message intérieur à multiples facettes.

Sasz 4.jpgLa luxuriance crue du corps, la fourrure sombre qui cache tant bien que mal deux seins généreux, le cran des cheveux de jeunes filles qui s’embrassent, des médaillées créent un inavouable révélé face au baiser bref du déclencheur. C’est une histoire d’œil, d’expérience de la sensorialité et d’une forme de méditation plus profonde qu’il n’y paraît sur le monde tel qu’il est.

Sasz 2.jpgLes nuages de la vie ne disparaissent pas toujours au profit d’une forme de jouissance. Les images sont parfois canailles, surprenantes et transforment la banalité. La photographe saisit des sourires, l’insouciance comme la dureté de certaines existences soumises parfois au service d’autrui. Il existe toujours un message implicite en hommage aux femmes, à leurs « travaux » comme l’appel à qui elles sont vraiment.

Jean-Paul Gavard-Perret

« Frau in 3 akten », Fotohof, du 4 mai au 6 juin 2018, Salzburg.

08/04/2018

Odile Massé : ça quel je ?

EMassé 2.pngxquise cruauté. On a beau faire attention. Rien n’y fait. Même près des murs tout blancs on tombe dans le noir. On n’est pas le bon pronom. On est un con. Mais la narratrice non. « Même quand elle dort là tout au fond ». Même quand elle est seule. D’ailleurs elle l’est toujours restée. Même et surtout lorsque les autres sont là et l’assaillent. Elle a beau dire « Moi je veux pas quand ça fait peur » rien n’y fait. Tout est du pareil au même dans une cité des songes, dans un rêve ou un cauchemar, dans la réalité, dans la zone fessière de l’humanité où la Nue se perd. Au fond du trou. Où elle est absorbée. Nous voici dans un château d’ogre. Ou dans la tête de celle qui parle. Sans savoir qui mange qui de l’un ou de l’autre. Le tout non sans humour. Non sans peur et reproches. Là où la traîne de la Nue se traîne - ce qui n’est pas le moindre paradoxe.

Massé.jpgD’où ce soliloque qui empêche au discours de se poursuivre comme de s’arrêter. Il faut que ça suinte et sorte du trou. Pour repartir en chasse, en bataille. Chapeautée. Et bottée. En beauté. Le tout pour faire ripaille. « Oui, oui. oui. Ha ah ah ». Pour que grand bien se fasse et que les choses se passent. Chez les pantins mélancoliques qu’elles côtoient, l’héroïne, ne jurant de rien, sait sinon sauver les meubles du moins les déplacer, porteuse de contes plus ou moins facétieux et où la pulsion de vie l’emporte sur la mort que l’on se donne ou qui nous est donné. Rien ne sert de vouloir en remontrer à la narratrice : elle remonte toute seule. Prière de se garer. Ou de se cacher derrière les masques que Maike Freess proposent pour ouvrir le banc, ponctuer la fable pas toujours affable puis fermer le bal dans le noir. Une fois de plus c’est une couleur. Qui met un peu de calme dans le grand tapage qu’un tel livre engage.

Jean-Paul Gavard-Perret

Odile Massé, « La Nue du fond », Dessins de Maike Freess, lecture l’Olivier Apert, 74 p., 20 E, L’Atelier Contemporain, Strasbourg, 2018.