gruyeresuisse

14/04/2018

Stéphanie Quérité au pied du mur

Quetite.pngDans tout livre il s’agit de savoir qui « parle ». Et ce qui se parle au sein de la langue et dans la confrontation aux autres langues. Il convient en plus de s’interroger de quoi toutes les langues répondent dans leur génie comme dans leur impuissance là où la souveraineté du sujet reste problématique.

L’objet de « L’Hésitation » est d’en trouver les indices pour savoir comment un corps mort se transforme en bouée du même nom. Dans ce but le livre s’emplit de multiples couches : l’auteure se jette dedans, dehors, en un retour, un revenir, un ressentir pour atteindre un double qui ramène à soi-même. Et ce même s’il existe toujours vis-à-vis de soi et des autres une distance qui vient forcément nourrir les fantasmes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphanie Quérité, « L’hésitation », coll. « Les carnets du noctambule », Editions Marie Delarbre, Grignan, 2018, 21 E..

13/04/2018

Michelle Dethurens : les efflorescences de la lumière

Dethurens 2.jpgMichelle Dethurens, « Peinture », Galerie Marianne Brand, Genève, du 19 avril au 12 mai 2018.

Connue surtout comme céramiste, Michelle Dethurens est aussi peintre de la délicatesse et d’une certaine déliquescence d’où néanmoins jaillit un monde coloré, mystérieux et riche. Chaque toile devient la fenêtre ouverte au passage de la lumière. L’artiste crée un monde enchanteur par des « paysages » où s’élargissent les possibilités de l’imaginaire. Elle réussit à évoquer la force poétique du passage bien au delà d’une simple évocation paysagère.

Dethurens 3.jpgLe monde n’est plus enfermé mais s’ouvre là où il flotte et vibre à la manière d’une hallucination. L’artiste refuse de traiter le monde sur un mode dépressif. Sur les abîmes un secret jaillit. Taches et traces créent l’affleurement de la lumière. Les contours et lignes chancellent dans un mouvement sinon de bourrasque du moins de remuements. Le trouble en est le centre : l’univers devient badiane ou anis étoilé, la nuit se change en jour, loin des carêmes. Par fluctuations et floculations le monde se transforme en fiction et la fiction en réalité. L’artiste prouve que l’art peut éclairer mais selon une manière diffuse qui .empêche la grande nuit de tomber sur notre perception et les représentations de la prétendue psyché.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/04/2018

La graine et la Mulâtre : Tereza Zelenkova

Zelenkova 3.jpgNatures mortes, nus, portraits, intérieurs, cabinets de curiosité créent soit le vide soit le trop plein pour exprimer l’existence en creux et de manière duale : il y a la fin et le recommencement, le classique et le baroque, la parure et la nudité, le sensuel et la spiritualité mais toujours selon des visions délétères et riches de détails.

 

 

 

Zelenkova.jpgTout semble sortir d’un autre âge que le noir et blanc de la photographie argentique décale encore plus. Au coeur de l’enfermement se joue une mise en espace à la fois minimale ou luxuriante, lourde du silence que les photographies dévoilent en un effet étrange : celui d’un appel muet vers l’espoir d’un seuil à franchir mais dont le passage et comme interdit et ramène à la clôture.

 

 

Zelenkova 2.jpgNe demeure souvent qu’un vertige angoissant au sein d’un passage espéré où rien n’est possible. La quête du changement, de l’appel avorte au moment une croupe nue, une chute de cheveux, une coiffeuse indiquent une présence - mais une présence cachée puisque du corps rien n’est visible – même si ce qui est montré en dit long…

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Tereza Zelenkova, « The Essential Solitude », Ravinstjin Gallery, avril-mai 2018.