gruyeresuisse

22/06/2018

Laurence Schmidlin : la distraite - mais pas trop


Scmidlin 2.jpgLaurence Schmidlin, « Le complément d'objets », coll. « ShushLarry », art&fiction éditions, Lausanne, 2018, 92 p., 17,80 CHF.

Grâce à une bourse obtenue par le « Fonds Cantonal d'Art Contemporain », l’historienne d’art s’est permise un détour par la fiction ou l’autofiction en rien complaisante. L’objectif est de donner l'occasion à l’imaginaire de parler de l’art en chemins de traverse. Le titre est la plus belle entrée en matière : entre l’art et la littérature, la chose et sa mystique plus ou moins fantasmée se compose une valse forcément boiteuse et drôle.

Schmidlin.jpgL’auteure s’amuse avec sérieux mais loin du renfort des armures conceptuelles et des questions de méthodes. Elle se transforme en collectionneur solitaire, fantasque et égaré au sein de son quotidien. Son Euphrène (le nom sonne déjà à lui seul comme une verrue sur sa figure) est un éléphant dans un magasin de porcelaine, un atrabilaire amoureux mais qui  s’intéresse moins à ses alter-ego qu’à sa passion. Par ce biais Laurence Schmidlin trouve le moyen de parler de la sienne au sein des collections du FCAC. Elle la développe de manière ludique, impertinente dans le quotidien et les actions de ce personnage dont les traits de caractère se précisent au fil du discours peu programmatique.

Schmidlin 3.jpgS’en suit une série d’impulsions saugrenues. Elles compensent chez Euphrène - que rien n’arrête même quand il se refreine - la dureté du monde tel qu’il est dès qu’il échappe à son domaine d’élection. L’ensemble du livre est élastique à souhait. Il éloigne de l’éther aristotélique. Chaque œuvre abordée au sein des vicissitudes quotidiennes est un peson à ressort aussi mystique que tellurique. C’est aussi un gyrostat propre à faire tourner le monde dans le sens inverse du coucou suisse qui ponctue la vie (elle se voudrait à l’heure mais ne l’est pas) de celui qui rebondit ou s’aplatit selon des abscisses et ordonnées. Elles sont pour lui moins des repères que des patères austères.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Johanna Simon-Deblon : autoportraits (enfin presque)

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Photographe de mode indépendante, Johanna Simon-Deblon poursuit en parallèle des séries plus intimes. « 13 » en fait partie et se compose en majorité d’autoportraits d’un genre particulier car partiellement cachés : l’identité et la féminité y sont interrogées dans le passage de l’adolescence vers l’âge adulte.

 

 

 

 

 

johanna-simon-deblon 2.jpgL’artiste propose pour suggérer l’ambiguïté et l’incertitude de l’accession à soi une symbolique (fleur/femme, images claires / images sombres) où tout s’organise entre tension et douceur. Existent à la fois humour et gravité, légèreté et profondeur.

 

 

johanna-simon-deblon 3.jpgDans la suite de la série « Split » ; « 13 » prolonge le jeu entre ce qui se donne et ce qui demeure caché. L’autofiction prend l’aspect du dédoublement de la propre image de l’artiste. Preuve que le « je » peut-être aussi un autre. Fixant l’intime de la post puberté l’artiste joue aussi sur le passage des saisons afin de renouer avec la question du cycle féminin - visualisé parfois sous l’angle du sang ou de sa couleur qui tranche sur une pâleur habilement programmée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Johanna Simon-Deblon, Abbaye de Tonnerre, du 22 juin au 30 juillet 2018.

21/06/2018

Just Loomis : derrière le rideau

Loomis 2.pngNé en 1957 au Nevada, Just Loomis a commencé sa carrière à Milan en 1983. L’éditeur et galeriste Sozzani lui confie sa première histoire de la mode pour « Vogue Sposa ». L’artiste découvre le monde du « back stage » et la révélation des secrets de la beauté. Il saisit les modèles non en pose mais lorsqu’elles se préparent afin de capter la beauté en "fermentation".

Loomis.pngLoomis quitte ensuite l’Italie pour New York où il travaille de manière régulière pour « Harper’s Bazaar » et « New York Times magazine ». En parallèle il poursuit un travail personnel. Ce nouveau livre (impressionnant) devient une sorte de monographie de ses travaux majeurs. Le monde de la mode se transforme soudain en secrets aux couleurs intenses venues d'un surgissement intempestif. L'image crée un seuil visuel particulier et permet de franchir un miroir. Des flammes restent de glace mais des neiges se transforment en brasier. Des fragments d’éphémère permettent d’imaginer. Beaucoup.

Jean-Paul Gavard-Perret

Just Loomis, « Backstage », Hatje Cantz, Berlin, 2018, 28 p., 50 E.